samedi, 07 juillet 2007
AIMER L'EUROPE
Le titre, à lui seul, avait de quoi attirer. J’ai aimé lire, non sans une certaine avidité gourmande, le livre de Robert Toulemon : “AIMER L'EUROPE”.
Que Mr Sarkozy se pose en ”sauveur de l’Europe” est une chose. Que l’Europe soit sauvée en est une autre....
Nous ne pouvons ne pas cerner les limites du ”succès” du dernier Conseil Européen : l’abandon des symboles mais aussi l’absence de toute correction des lacunes et des faiblesses du Traité Constitutionnel. On espérait un renforcement des dispositions relatives à l’énergie, au climat, à l’immigration, au social. On pouvait espérer une composition de la Commission assurant mieux son autorité. Au lieu de cela, l’élimination de la mention de la concurrence non faussée des objectifs de l’Union - dont elle demeure un instrument essentiel - apparaît comme une concession, heureusement sans portée, aux tenants français du "non" de gauche.
FAIRE SAUTER LE VETO ANGLAIS
Mon grand regret, c’est l’inexistence d’une Europe politique. Il faut faire sauter ou contourner le veto anglais : cela devient un impératif et une urgence !
Cette Europe politique, c’est évidemment celle que Nicolas Sarkozy devra débloquer s’il veut que son auto satisfaction actuelle se justifie dans un proche avenir. AIMER L’EUROPE : C'EST LUI DONNER UNE EXISTENCE POLITIQUE
Robert Toulemon, ancien Président de l'Association Jean-Monnet, n'a jamais cessé de plaider la cause du fédéralisme. D’un fédéralisme intelligent, raisonnable, fondé sur une subsidiarité synonyme d’efficacité. Ce qu’on refuse encore de l’imaginer et de la comprendre dans notre France si jacobine.
La France, Robert Toulemon l’aime bien sûr ; mais il la rend (avec raison) largement responsable des échecs européens. Son action, dit-il, souffre d'une contradiction fondamentale : d'un côté, elle défend l'idée d'une Europe forte, et de l'autre, elle lui refuse les moyens de le devenir.
Eh oui ! Toujours cette cassure entre De Gaulle et Monnet. Toujours cette manie nationale de ne pas (ou rarement) se donner les moyens de ses ambitions.
Selon lui, nombre de Français ne veulent pas comprendre que ”la coopération entre États conservant leur libre arbitre peut être fort utile”, mais qu'elle ne saurait suffire à donner à l'Europe ”une voix qui lui soit propre”. La France fut, certes, à l'origine du projet communautaire. Mais, dès le début, ses motivations sont ”ambiguës” et sa détermination ”hésitante”, relève Robert Toulemon. Plus qu’une opinion : des constats. Suscités par les effets d’un terrible malentendu : une ”Europe européenne” si réclamée ne peut pas être une ”Europe française” si rêvée.
Rappels de quelques faits : c’est après le fiasco de la Communauté Européenne de Défense (CED), en 1954, l'objectif d'une communauté politique est ”renvoyé à des jours meilleurs”. Des jours qui se sont toujours pas là. Pour le Général De Gaulle, le Marché Commun ne sera jamais autre chose qu'un ”traité de commerce” et ”surtout pas l'amorce d'une union politique”, estime Toulemon .
C’est vrai. Même si cela mérite d’être nuancé : ”L’Europe politique ? Dans cinquante ans !”, disait le Général. Voilà plus d’un demi-siècle....
UNION MONÉTAIRE SANS UNION POLITIQUE : ERREUR !
Ni Georges Pompidou, ni Valéry Giscard d'Estaing n'infléchiront vraiment cette stratégie. Même François Mitterrand laissera passer l'occasion de la modifier. Tout l'art de la diplomatie française au cours de la négociation du traité de Maastricht consistera à obtenir l'Union Monétaire sans l'union politique souhaitée par le Chancelier Kohl. Erreur ! Faute fatale !
Cette union politique aurait pu - et du - naître ”sur les ruines du mur de Berlin”, dans l'enthousiasme de la ”libération” de ce pays intrinsèquement ”européen”. Il n'en a rien été.
Manque de vision d’avenir. Et encore cet excès des pesanteurs britanniques. En 2005, le rejet du Traité Constitutionnel a sanctionné ces ”inconséquences françaises” et quelques autres . En attendant que renaisse un jour le projet d'une Europe politique. L'Union doit reprendre sa marche en avant pour devenir, aux yeux des citoyens, un ”motif d'espoir” plutôt qu'une ”source de craintes” : Nicolas Sarkozy vient de dire un peu la même chose. Mais en étant plus verbal que concret.
Nous nous devons d’aimer l’Europe ”pour ce qu'elle est ”, ”pour ce qu'elle peut devenir” et ”pour les services qu'elle peut rendre à l'humanité” en contribuant à l'émergence d'un nouvel ordre mondial. ”Aimer l'Europe pour lui donner une existence politique”. Avant que les forces de la dislocation viennent mettre à mort les espérances d'une unification à vocation irréversible, mais à consistance fragile. Une leçon de vérité et de conduite : ”Aimer l’Europe, c’est s’aimer soi-même”.
Il nous faut cesser d’urgence de faire de l’Europe ce bouc-émissaire trop facile dont on l’accuse trop d’être la source de tous nos maux. Alors que leur source est surtout chez nous.
10:10 Publié dans DÉBATS | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : UDF, Politique, Bayrou, Mouvement Démocrate, Débats de Société

























Commentaires
Écrit par : J. ARGENCE | lundi, 09 juillet 2007
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