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mercredi, 20 juin 2007

CHAPEAU SARKO !

e6b8138c0ce08c97441b68e47c888cd6.jpgIl est bon. Il est même excellent. Eh oui, je parle bien de Nicolas Sarkozy!

J’ai été suffisamment critique, satirique, alarmiste envers lui pour maintenant autocensurer les sentiments positifs que Sarkozy m’inspire aujourd’hui,  après ses débuts à l’Élysée, la formation de son gouvernement et  l’image de ”gagneur” qu’il sait donner à une France qui a effectivement besoin de voir ses structures (et bien des têtes) dépoussiérées, secouées, modernisées.

Son entretien ce 20 Juin avec PPDA et Claire Chazal était un petit chef d’œuvre de prestation télévisuelle pour un Chef d’État qui doit incarner la Nation et représenter une France qui avait perdu ce dynamisme et ce moral  sans lesquels l’avenir est bouché. Entre nous, Sainte Ségolène, dans la même situation, m’aurait sans doute fait lever les yeux au ciel. Sarkozy, lui, m’incite à regarder droit devant. C’est peut-être d’abord cela, ”l’effet Sarko”. Pauvre Ségolène: avec elle, la photo aurait été (parfois) bonne. Figée. Avec Sarko, c'est l'image et le son qui font impression. En mouvement.   


Suis-je à mon tour victime de l’”état de grâce” ? De cette hypnose collective, qu’évoque fort bien l’éditorialiste Daniel Riot, déclenchée par ce magicien (que j’évoquais dans une récente note) ou du moins, comme le dit Tapie, cet excellent comédien ? Victime de cette ”sarkomania” ambiante ? Non, bien sûr. Je juge l’image et l’habileté. Pas le fond du programme mis en route et l’étrange manière de confondre démocratie sociale et bonapartisme à peine voilé, avec ce que tout ce peut comporter de positif et d’inquiétant.

Mais reconnaissons-le : il faut être excellent pour réussir aussi bien à siphonner l’électorat de Le Pen, à piller sans vergogne dans la boîte à outils de Bayrou (seul leader politique dont il ne cite d'ailleurs pas le nom, bien qu’il l’ait reçu comme d’autres à l’Élysée !), à accentuer encore le coté ringard et archaïque du P.S., et à prendre à rebrousse poils sa propre majorité condamnée soit au masochisme confortable du chien de la fable de La Fontaine soit à la vie du loup qu’elle serait bien incapable de supporter.

Le Chef et le Troupeau

Le plus frappant, en ces lendemains d’élections, au niveau des images, c’est le contraste saisissant entre l’image du Chef, du Guide, du ”Superman de l’Élysée” et le troupeau (au sens noble du terme, disons biblique, bien sûr) de l’UMP, de ses apparentés et de ses valets de Chambre (des Députés, évidemment) : même les plus jeunes de ces notables réunis semblent très vieux dans cette digne assemblée d’élus du peuple.

Bien sûr, il y a des exceptions, ne caricaturons pas. Mais elles confirment la règle. Heureusement que, selon son propre commentaire, les ”Français ont été sages (!) dimanche dernier” en limitant la masse du conservatisme crasse. Un vrai désaveu pour ceux qui préconisaient à l'encan une "large majorité" !

Le plus drôle, dans le même ordre d’idées, c’est le terrible décalage entre ce rassemblement d’élus par ”l’effet Sarko” et la jeunesse, la diversité, et la qualité (mais oui !) de la plupart des Ministres (je ne parle évidemment pas de Santini, de Besson et de quelques autres en place plus par calculs politiciens classiques et trop connus que par choix de forme ou de fond).

La gauche la plus bête du monde !

Les socialistes peuvent toujours parler ”d’équipe pour les caméras”, ”de casting pour la frime”. On a déjà vu nettement moins bien ces dernières décennies. Avec moins de jeunes, moins de femmes, moins de représentants de la ”diversité française”, comme on dit pour gommer un peu les effets désastreux d’expressions du type ”d’origine étrangère”, ”issus de l’immigration”, des ”banlieues”.

Un autre aspect remarquable de ce gouvernement ”Fillon 2” : les femmes ! Avec deux ministères ”régaliens" (Intérieur pour Alliot-Marie et Justice pour Rachida Dati) et la ”forteresse” de Bercy (Christine Lagarde), plus quelques ministères ”techniques” mais emblématiques (Culture, Logement, Santé, Recherche), les femmes se taillent une vraie place de premier plan dans le nouveau gouvernement.

Pas mal, effectivement ! Et les socialistes peuvent toujours exclure de leurs rangs ceux (et celles) qui se sont ralliés à Sarkozy : la gauche française est devenue ce qu’on disait de la droite voilà peu encore (avec raison) : ”la plus bête du monde”.

BAYROU avait raison !

Consolation pour les électeurs de Bayrou : preuve est ainsi donnée, par ricochet, qu’en cas de victoire, le patron de l’UDF - Mouvement Démocrate (“MoDem”) n’aurait eu aucune difficulté pour réunir les meilleures compétences dans un gouvernement d’union nationale. Il aurait même pu faire mieux, sans doute. Mais pourtant que de railleries l’a-t-on couvert quand il parlait de ”faire travailler ensemble” des hommes et des femmes venus d’horizons différents.

Tristesse pour ces mêmes électeurs de Bayrou : la République aurait été modernisée et assainie dans ses structures mêmes, non par des réformettes qui vont perpétuer la confusion et la concentration des pouvoirs, les tentations politiciennes de ”ralliements au rata” et non d’”alliances”, et l’existence d’une Assemblée toujours coupée en deux et non devenue vraiment constructive comme on aurait pu le souhaiter grâce à des ”accords de législature”, comme le préconisait déjà Pierre Mendès France. Et aussi grâce à une vraie revalorisation du travail parlementaire.

Pas de regret à avoir : l’Histoire ne se refait pas..., elle continue. Et elle ne se fait pas uniquement par des effets d’annonce et des prestations (même très réussies) à la télévision. La loi du "tapage médiatique” qu’avait conceptualisée Kouchner a des limites. Comme disait De Gaulle :  ”Il n’est pas possible de se faire élire sur un programme et de l’appliquer. Car le choix est simple : ou l’élu trompe ses électeurs, ou il trompe l’intérêt du pays”.

En attendant la suite, avec une vigilance critique comme il se doit, mais aussi dans l'espoir de pouvoir applaudir à quelques actions ”utiles et justes” pour la France et les Français, chapeau Sarkozy !

Commentaires

Belle, honnête et pertinente analyse au sujet de Bayrou, mais aussi, ironie de l'Histoire, de la gauche ...

Écrit par : Guy | jeudi, 21 juin 2007

L'ambition de Bayrou était de faire bouger les lignes, de rénover la France. Aussi soyons ouverts à notre tour : si le style est nouveau, si l'ambition est sans faille de donner une respiration à notre pays, alors on peut espérer que l'expérience Sarkozy aura du bon et pourquoi pas applaudir aux pas en avant.

Un certain nombre d'écueils existent cependant à cette réussite, d'où l'intérêt d'une opposition critique dans le bon sens du terme. Les risques d'un statu-quo voire d'une accentuation de la crise ne manqueront pas de se produire d'ici peu :
• si le sectarisme refait surface en ne voyant comme horizon politique qu'une majorité monolithique préoccupée de son seul renouvellement et auto-satisfaite des délices du pouvoir.
• si le clientélisme, le lobbying fléchissent l'élan réformateur et donnent le premier mot aux intérêts particuliers et aux final des plus puissants ou des plus frileux (que ce soit sur la question des OGM ou encore des menaces de blocage et de conflit social ou étudiant qui commencent déjà du côté de l'UNEF par exemple à propos de la réforme de l'Université…).
• si l'idéologie et les promesses de campagne font perdre le sens du réel, du pragmatisme, de l'horizon de la France dans 10 ou 20 ans. On peut le craindre sur la question du "paquet fiscal" car que veut-on privilégier : une France de rentiers, de propriétaires consommateurs, de spécialistes en gestion du patrimoine ou une France tournée vers l' investissement dans les forces productives, la connaissance et l'innovation, une France qui rassemble ses forces pour mieux prendre sa place dans la mondialisation ?

Nicolas Sarkozy a les défauts de ses qualités si l'on peut dire : son obsession des sondages et de la côte de popularité dans l'opinion lui donne à la fois une sensibilité aux attentes de l'opinion mais l'emprisonne aussi dans une "politique marketing" et les enjeux du court-terme et de la pression médiatique ; sa culture du résultat et de l'efficacité, son goût pour l'action et son volontarisme lui donnent la capacité d'agir et de bousculer les immobilismes mais lui font aussi courir le risque de la décision précipitée et néfaste à long terme.

On en a l'illustration en ce moment avec le Sommet européen (faut-il un accord à tout prix au risque de gâcher les chances d'une Europe politique ?) ou bientôt avec la session parlementaire de juillet (est-il opportun de réformer à marche forcée et sans concertation au risque d'un retour de bâton à l'automne ?).

Si N.Sarkozy sait surmonter ses propres limites et celles de sa famille politique, parvient à se surpasser et à endosser la stature d'un homme d'Etat comme il a su le faire depuis son élection ; si en face et à ses côtés on a une France intelligente, loyale et critique. Alors on pourra espérer encore un peu et engranger les bons points, non pas pour faire plaisir au président et à sa majorité, mais pour l'intérêt de notre pays et des générations nouvelles…

Écrit par : Philippe JACQUES | vendredi, 22 juin 2007

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