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samedi, 16 juin 2007

LA MAGIE de Mr SARKOZY

0b0dcf7ad350801e30309da3d347105b.jpgQu'il s'agisse des résultats de l’UDF-Mouvement Démocrate pour dimanche ou ceux du P.S., ils sont indignes de leurs scores aux Présidentielles. Pour le parti de François Bayrou, c'est moins grave. Mais le P.S., lui, est totalement dans les choux : les socialistes sont déjà - et toujours - plus préoccupés par leur campagne interne que par les Législatives. Mauvais opposants, ils l'ont été durant cinq ans. Le peu de meubles qu’ils sauveront seront pour eux des cadeaux, non du ciel, mais d’un mode de scrutin qui ne nourrit que les gros.  

Les explications de cet état de fait ne manquent pas. Plus ou moins rationnelles…


Injustice et caractère anti-démocratique du mode de scrutin, archaïsme du découpage des circonscriptions (qui date de 1986 et se base sur le recensement de 1982 !), spirale ascendante des supporters de Sarkozy, effet bulldozer de l’UMP, prime aux sortants (y compris au P.S. !), conséquences de la stratégie élyséenne de vampirisation du  ”bayrouisme” (avoué publiquement par le Président).

L’une de ces explications, il importe de le reconnaître, vient des qualités affichées par Nicolas Sarkozy dans ses habits neufs de Président.

L'effet d'image

Une affaire de ”com’” et d’images ? Un peu (beaucoup bien sûr). Les Français aiment bien son coté ”Lapin Duracell”, avec ses piles gonflées à bloc, son dynamisme  et son activisme, son discours dignes d’un ”Zizou de la politique” sur  ”la France qui gagne” , son sens de l’autorité face à ses ministres, ses dons d’ubiquité, son art d’adapter ses postures et sa voix aux circonstances, sa convivialité délibérée avec ses interlocuteurs syndicalistes, sa volonté d’appliquer son ”projet” vite et bien. Et ses ”castings” réussis à commencer par  Kouchner le ”populaire sollicité parce que populaire” et  Rachida Dati qui donne, d’un coup, vingt ans de plus à MAM, etc....

L’effet d’image est d’autant plus efficace que le contraste est frappant avec le style de son prédécesseur.... Du Roi fainéant à l’Empereur sans peur et sans reproche.

”Illusionniste” dit Hollande ? Peut-être. Mais un bon prestidigitateur. Un excellent même. Même quand on n’est pas dupe de ses ficelles, de ses tours et de ses trucs, on est sous le charme. Bluffant ! Sarkozy : un vrai pro de la politique spectacle, cet enfant de la télé qui a tout compris du maniement des images, qui sait trouver (ou bien utiliser) les mots slogans, cet artiste qui sait piquer, grappiller, plagier ceux qu’il combat, à commencer par Bayrou !

L’effet d’amplification des médias, l’effet ressort de l’omniprésence quotidienne ou presque et l’effet spirale de la victoire qui appelle la victoire font le reste : un coté de popularité sans précédent, un ”état de grâce” jamais vu, un gommage complet des aspects inquiétants de  son image d’imprévisible, de caractériel, de chef cynique, d’obsédé du pouvoir pour le pouvoir, de néo-bonapartiste à la mode des néo-conservateurs.

L'auréole du pouvoir

La ”Sarkomania” ambiante  donne même à cette personnalité composée de plusieurs personnages  un charisme qu’il n’avait guère avant son sacre : le pouvoir ne crée pas que l’organe, il fait aussi l’auréole. Surtout dans cette République plus monarchique que jamais.

De Gaulle en imposait ; Sarkozy, lui, s’impose ! De Gaulle enthousiasmait les foules par sa dimension historique, son épaisseur humaine, sa culture d’honnête homme ; Sarkozy, lui, déchaîne les passions comme une bête de scène envoûte ses fans. Ou comme un champion fait rêver les enfants qui rêvent de performances. Superman à l’Élysée ! Que demande le peuple ?

Le peuple est content. Heureux même. Ses troupes de militants, ou plutôt de supporters,  sombrent  presque dans ce culte de la personnalité si dénoncé chez d’autres en d’autres temps. De la magie? Jusqu'à l'hypnose collective...  

”L'hypnose est un savoir, non un pouvoir”

Résultats : avec lui, tout semble devenu vraiment  ”possible”, du moins en apparence. Y compris la réélection de députés sortants au bilan déplorable et la victoire de candidats par procuration qui n’ont qu’un seul mérite :  leur étiquette politique collée sur un flacon de docilité.   

L’UMP joue d’ailleurs les Législatives comme pour inscrire son score dans le Livre des Records. Ah ! Si cette Chambre pouvait n’être que bleue ! Pourquoi pas au point où l’on en est ?

A quand Besancenot au gouvernement ? ”L’ouverture va continuer” assure le Président qui doit secrètement rêver d’être candidat unique d’un parti unique au plébiscite présidentiel de 2012. Je ne plaisante qu’à moitié.

L'état de grâce

Mais l’état de grâce, par définition, n’a qu’un temps. Le temps que les mines deviennent grises. Et que les joggings télévisés du Président ne fassent plus oublier la sueur des ”Français qui se lèvent tôt” ou qui se couchent tard pour gagner durement leur vie, pour tenter d’assurer une bonne éducation à leurs enfants, pour soigner leurs parents dans des maisons de retraites chères et souvent peu confortables, pour épargner en vue d’une retraite non garantie. Ou, tout simplement, pour payer l’électricité, le chauffage, le loyer, une mal bouffe” et des fringues en solde ou d’occasion.

Ce tsunami électoral  aura un coût, en effet. Devinez qui va payer ? Il est des cadeaux chers, très chers. Entre 12 et 20 milliards d'euros, selon des estimations d’experts non engagés politiquement,  rien que pour le ”choc fiscal” que le chef de l'État et son équipe veulent provoquer.

Mais, heureusement, il y a des limites à la duperie. La détaxation des heures supplémentaires est une manière de petit chef d'œuvre diabolique : en rapprochant le coût pour l'employeur d'une heure supplémentaire d'une heure travaillée normalement, la durée légale du travail existe peut-être encore dans les textes mais, concrètement, les 35 heures c'est fini. Même si ça n'encourage pas spécialement l'embauche, et donc la baisse du chômage. Qui paie ? L'État. C'est-à-dire nous. Même chose pour l'ISF, avec le bouclier fiscal à 50% de tous les revenus, qui prend en compte la CSG et le CRDS : le sigle ISF reste, mais l'impôt qui s'y rattache, lui, a quasi ment disparu.

C’est peut-être bien. Mais quels en seront les vrais bienfaits pour les ”Français moyens” et sur l’économie française, donc sur cette croissance qui nous fait tant défaut ?

Trois remarques

Le coût de ces cadeaux faits aux plus favorisés (ce qui était dans son programme) va alourdir la dette (ce qui n'était pas dans son projet). D'ores et déjà, la France se fait sévèrement rappeler à l'ordre par le Président de l'Eurogroupe : Toutes les bonnes et les mauvaises idées doivent être prises selon les règles du pacte de stabilité et de croissance”.  Cela n’a rien de dogmatique, c’est une leçon d’expériences : ”Ce qui marche en Europe”, comme dirait Nicolas Sarkozy,  montre que lorsque la croissance repart, c'est le moment où il faut baisser les déficits, pas les augmenter. Ce qui va pourtant être le cas pour la France, seule de la Zone Euro. Avec le Portugal.

• Les ±15 milliards d'euros qui permettraient de financer des réformes structurelles ne seront plus là pour les entreprendre, et il faudra quand même les mettre en chantier ! Ce qui nous promet des impôts supplémentaires, donc sans doute, une hausse de la TVA payée par tous, qu’on l’appelle TVA ”sociale” ou ”anti-délocalisation”.

Le problème français actuel, ce n'est ni la demande, ni la consommation qui tirent la croissance depuis 1999, mais l'état de l'appareil productif en partie inadapté, la faiblesse des P.M.E., l'engagement dérisoire en ce qui concerne la recherche et l'état de l'enseignement supérieur. Ce n'est pas le choix qui a été fait. À sa façon, avec d’autres cibles, Sarkozy fait les mêmes erreurs de stratégie économique qui étaient inscrites dans le programme de.... Ségolène Royal.

François Mitterrand, en grand connaisseur de la politique qu'il était, prétendait qu’il fallait appliquer les grandes lignes du programme sur lequel on avait été élu, quel qu'il soit. On rectifierait après. "Même si c'est cher, très cher" ajoutait-il. Nicolas Sarkozy veut-il faire un ”remake” de François Mitterrand ? Après 81, il y a eu, effectivement, 83.

La démocratie d'opinion

Mais deux ans de fausse route dans la situation où nous sommes, c’est grave. Mais qu’y pouvons-nous ? Sarkozy a tellement de qualités qui répondent aux critères de la démocratie d’opinion. Un ami UMP que je rencontrais et à qui je confiais mes craintes m’a dit : ”Mais vous méprisez le suffrage universel et vous prenez les Français pour des cons”

Je n’ai jamais méprisé les gens qui s’émerveillent du génie d’un excellent magicien. Mais, je n’oublie pas non plus le mot de De Gaulle : ”Les Français sont des veaux”. Le mimétisme de masse n’est pas une garantie de lucidité. D’où l’extrême versatilité de ce qu’on appelle l’opinion.

Le respect du suffrage universel, c’est d’abord le devoir, pour ceux qui en tirent la légitimité de leur pouvoir, de mener des politiques qui ne font pas illusion. Ou qui sacrifient le futur au présent. Il ne suffit pas de faire taire les Cassandre.

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