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samedi, 09 juin 2007

À PROPOS de l'EXERCICE DU POUVOIR

BILLET du 9 JUIN 2007

44582e7898fc256705e7cee40a99595f.jpgUn Président de la République doit-il gouverner ou présider ? Au train où les choses s’annoncent, la question risque d’être récurrente.

On voit aujourd’hui, par exemple, Mr Sarkozy recevoir les syndicats d’enseignants avant que toute décision ne soit prise par le Ministre de l’Éducation Nationale sur la réforme de l’école.

Nouveau style ? Pour une nouvelle politique ?


Faut-il se cantonner dans les seuls problèmes institutionnels même si, pour ma part, je reste très attaché à l’esprit et à la lettre de notre Constitution ? J’admets que sa pratique, et l’évolution de notre société, exigent vraisemblablement que nous la refondions. Mais une Constitution, quelle qu’elle soit, quel qu’en soit le numéro, c’est d’abord une architecture qui permet l’équilibre des pouvoirs et le fonctionnement de la démocratie.

La Constitution de 1958, écrite pour De Gaulle par Michel Debré, devait garantir ces principes fondamentaux : mais voici bien longtemps que nos Présidents successifs n’en ont plus cure. Et c’est ainsi que notre démocratie est quotidiennement bafouée : face à un pouvoir fort, il n’y a plus de parlement indépendant qui fasse contrepoids. Si nécessité il y a donc de dépoussiérer certains textes fondateurs, donc de réécrire une nouvelle Constitution pour une nouvelle République, il faut faire un choix : ou nous appliquons à la lettre les textes existants de l’actuelle V° République, ou nous nous hâtons d’établir une autre Constitution pour une autre République. Mais il est certain que l’actuelle pratique de notre démocratie ne peut perdurer.

J’en reviens donc à celle instaurée par Mr Sarkozy.

Notre nouveau Président a fait le choix de s’exposer à un point jamais égalé jusqu’ici. Il le fait totalement à la place de ses ministres, voire même de remplacer son propre Premier Ministre. Un Président recevant des syndicats hors tout tumulte ou toute manifestation de rue, c’est une première ! Le Président de la République prend ici des risques extraordinaires.

Une nouvelle génération de dirigeants

Mais, ce qui est plus intéressant derrière cette question - et si on regarde les choses d’un point de vue européen - on constate qu’on a à faire à une même nouvelle génération d’hommes (ou de femmes) politiques et qui changent considérablement de style.

Il y a derrière cela un problème de fond, et pas seulement un problème de “look”. Tous nos pays européens se posent la même question, que leurs dirigeants soient de droite ou de gauche : “comment adapter nos vieux pays, nos vieilles démocraties, nos vieilles social-démocraties à ce qu’on appelle généralement dans le monde la “globalisation”, ou en France la “mondialisation” ?

C’est là un problème d’adaptation, de modernisation - qu’on déteste ou non ce mot - et cela entraîne une profonde transformation de la gouvernance de nos nations. C’est adopter une sorte de pragmatisme face à l’environnement mondial où se trouvent placés et confrontés nos vieux “état-providences”.

Cette question-là, qui ne touche pas que la France, est, je le crois, au cœur de l’Europe d’aujourd’hui : à la fois ce pragmatisme - adaptatif ou adaptateur - donc forcement moderniste qui s’accompagne de l’apparition de cette nouvelle génération d’hommes politiques au premier plan : c’est à la fois totalement nécessaire mais aussi totalement insuffisant.

Nécessaire parce que si on ne le faisait pas, ce serait plus de chômage, moins de pouvoir d’achat, des archaïsmes destructeurs que l’on maintiendrait et qui empêcheraient nos nations d’entrer dans la modernisation.

Insuffisant, par contre, parce que cela ne définit aucun horizon de vie commune. Ce n’est pas çà qui donne du sens à la politique. Il fallait pourtant le faire et c’est fort bien qu’on ait une génération moderne pour le faire. (C’est d’ailleurs ce que Chirac n’a pas fait ou pas su faire). Mais, en même temps, ce n’est pas suffisant en soi. Et c’est là que se situe le vrai débat : que va-t-on faire de plus même si cette adaptation est très difficile à faire ?

Présider ou diriger ?

Il y a donc nécessité de réformer, tant sur la forme que sur le contenu. Ce qui n’empêche pas qu’on puisse exprimer une certaine réserve : est-ce que le pouvoir n’a cependant pas toujours besoin d’un certain recul pour être exercé ? De Gaulle, dont l’exemple et l’enseignement restent majeurs dans cet exercice, avait théorisé dès ses livres de jeunesse la nécessité de distanciation du pouvoir face aux événements. Et il l’a toujours pratiqué. Ce qui n’est pas pour autant, en soi, une forme d’opacité du pouvoir.

Est-ce que derrière cela il y a la nécessité de concevoir le pouvoir différemment dès lors que les états ne sont pas souverains, parce qu’ils sont limités soit volontairement (par exemple dans le cadre européen), soit involontairement dans le cadre mondial par la concurrence ou la complémentarité des économies.

Nous devons constater qu’avec l’arrivée aux affaires de Mr Sarkozy nous assistons à une véritable présidentialisation du régime. C’est exactement ce que les partisans de la 6° République demandaient en retour au parlementarisme. Sauf que Mr Sarkozy veut aller jusqu’au bout du présidentialisme. Pourquoi, alors, ne pas supprimer le poste de Premier Ministre puisque celui-ci est déjà “court-circuité” dans les faits ? Le pouvoir est totalement passé de Matignon à l’Élysée. Mais cela sans changer les institutions.

La question est aujourd'hui de savoir - car la question est déjà posée - si Mr Sarkozy ne va pas se “griller” en six mois.

L'échec de Sarkozy....

....serait l'échec de la France


S’il arrivait quelque chose de mal à Mr Sarkozy, ce serait quelque chose de mal pour la France : ne nous y trompons pas. On ne peut pas le souhaiter. Mais nous ne sommes pas aux USA où, en effet, le Président n’a ni “fusible” ni recours. Mais la France use ses gouvernants beaucoup plus vite que les citoyens américains, ne serait qu’en raison du harcèlement incessant dont ils sont l’objet de la part des partis, des syndicats ou encore des milieux d’influence. Est-ce qu’actuellement Mr Sarkozy ne brûle donc pas toutes ses cartouches en même temps ? Et même si on peut apprécier d’avoir un Président qui accepte de courir des risques - ce qui est assez peu habituel chez nous - on peut appréhender d’avoir un Président qui échouerait. Car ce serait aussi la France qui échouerait avec lui, qu’on l’admette ou pas.

Réformer notre démocratie : une priorité

Alors, peu importe le style, que la Président soit vu transpirant en jogging ou habillé en costume cravate : ce ne sont qu’apparences et politique-spectacle. Mais il importe par contre qu’il y ait un vrai débat qui s’instaure sur nos institutions, sur la pratique de la démocratie, sur la modernisation de l’État, sur la nécessité d’établir des contre-pouvoirs qui ne soient pas des formes d’opposition systématique mais des garde-fous pour permettre de mieux canaliser l’action du gouvernement afin qu’il puisse atteindre les objectifs fixés par les français par leurs suffrages.

Et cette tâche devient une priorité.

Commentaires

Mr Sarkozy a été élu sur un programme et la France n'a pas les moyens d'attendre. C'est mal pour la France de faire de la politique politicienne et ne pas aider l'action déjà commencée par le Président. Il faut respecter le vote des francais.

Écrit par : BV | lundi, 11 juin 2007

Je trouve votre billet particulièrement pertinent et brillant.
Nous avons bien besoin de reprendre nos esprits et de revenir aux fondamentaux y compris institutionnels. La stratégie politique de notre mouvement me laisse pour le moins réveur......

Écrit par : Philippe RIBOT | mardi, 12 juin 2007

Les commentaires sont fermés.