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samedi, 05 mai 2007

À PROPOS DU CENTRE ET DES AUTRES

BILLET du 5 MAI 2007


Pierre Pflimlin, voyant un jour François Bayrou "désobéir" aux ordres que lui donnaient les maîtres du pouvoir RPR/UMP pour des élections européennes, avait lancé : "Je vois ma famille politique ressusciter". Et de poursuivre : "L'union (avec les gaullistes) est d'abord un combat, un combat pour que les valeurs du centre authentique ne soient pas écrasées. (Je relevais cette anecdote dans un excellent article de Daniel RIOT). C’est ce combat qui a d’ailleurs fait sacrifier à Pierre Pflimlin une partie de sa carrière ministérielle : il ne voulait pas se laisser piétiner par "un grand homme", quelle qu’en soit la taille ou l’envergure.

À coté de cette droite fière de l'être, il faut (enfin !)  un vrai Centre, lui aussi décomplexé, fier de lui et de ses convictions. Vraiment  central, et non pas hémiplégique ! C'est ce qui fait de Bayrou un homme à abattre pour Sarkozy-le-triomphant.

Cet énoncé n’est pas  dicté, chez moi,  par un ”anti-sarkozysme primaire” : l'homme mérite le ”respect”. Je ne juge Sarkozy que sur ce qu’il a dit et a fait, et non sur ce que racontent les animateurs du TSS.

Mais que ceux des centristes qui se reconnaissent si bien dans les valeurs de Sarkozy, qu’ils se hâtent de rejoindre l’UMP ! Vite et sans fard. Avec logique. Pour une  droite ”décomplexée”, oui : ce sera plus clair !

Mais en quoi, peut-on s’interroger, cette droite Sarkozyste a-t-elle besoin de ces ”prisonniers volontaires” d’une droite complexée, avec  ses faux-nez et ses masques de girouettes, qui  ne sont sensibles qu’aux vents de droite et se posent en héritiers  d’un milieu qu’on appelait le  ”Marais”. Ce centrisme-là s'est auto-empoisonné et tout autant auto-déconsidéré : il ne faut pas confondre ”milieu” et ”Centre”.

Dans ce contexte, il nous reste un espoir : c’est ce Centre, un vrai Centre, un Centre ”central” qu'incarne Bayrou, un Centre lavé (sans kärcher) des impostures des notables, ou des apprentis notables droitistes, qui se réclament du centre sans s’apercevoir que la droite de Sarkozy est effectivement en rupture avec les droites précédemment au pouvoir.

Cette rupture, chez Sarkozy, se comprend d'ailleurs tout-à-fait : la droite à la sauce Chirac a tellement mal gouverné la France qu’on peut être tenté d’en changer ! Et Sarkozy va sans doute gagner ce 6 Mai parce qu’il a réussi à en convaincre les français. Puis faire ce que Hollande, lui, n’a pas su faire : vertébrer son parti pour ce faire…

Le seul problème, c'est que Sarkozy le fait en rompant aussi avec ce qui restait de gaullisme en Chiraquie et la saine détestation de Chirac pour les idées extrémistes. Ces idées ont été si bien digérées par l'UMP de Sarkozy - en dépit de quelques professions de foi rassurantes qui n'engagent que ceux qui les entendent - qu’elles en ont complètement déshabillé Le Pen.

Un vrai Centre, disais-je. Et ce Centre, de deux choses l’une :

• soit on n’a rien compris aux idéaux de la démocratie chrétienne, du christianisme social, du personnalisme fondateur (chrétien ou non), de l’esprit de résistance, du culte de la liberté, de la volonté d’un ”Vivre ensemble harmonieux” et d’une République capable de concilier Nation et Société, progrès collectif et épanouissement individuel. Et dans ce cas notre naïveté serait impardonnable !

• soit le goût de la soupe, le sens de la carrière, le suivisme du plus fort, les attraits du ”camp du vainqueur” vaudraient plus que les valeurs proclamées, les principes  chantés, les idéaux fêtés. Le Centre ne serait alors qu’un Ventre. Certains préciseraient même, sans tarder, de dire un ”ventre mou” !

Et l’on retrouverait alors ceux qui adorent vraiment se complaire, vautrés dans des strapontins, au milieu des ors de nos palais, dans leur rôle de ”(faux) témoins de (fausse) moralité” d’une droite qui ferait passer ses engagements partisans et la défense d’intérêts plus particuliers que généraux avant tout. Et qui s'inspirerait d'une idéologie franchement néo-conservatrice, si peu française. Je l’ai déjà dénoncée ici.

Quels que soient les résultats de ce dimanche (qui apparemment laissent peu de place au suspense), l’heure de la recomposition politique va sonner. Elle exige des clarifications. A droite, à gauche comme au Centre.

C’est là affaire de morale. De moralité civique. De propreté intellectuelle. Et d'honnêteté politique.


Rien ne pourra alors être comme avant. Et surtout pas comme en 2002.

Commentaires

En ce jour de second tour, laissons le suffrage universel s'exprimer ; tout est possible, les électeurs ont la parole.

Mais je pressens déjà qu'une ère nouvelle s'ouvre avec le probable succès de N. Sarkozy vu son score du 1er tour, sa réelle popularité dans de larges couches de la population (inversement proportionnelle à l'appellation "jeunes populaires" qui sonne faux…), l'habileté d'un homme qui aura su incarner, avec des trésors de communication, le changement... les faiblesses de S. Royal (et surtout de son équipe) enfin qui, malgré sa combativité et son esprit d'ouverture, n'a pas su créer la dynamique nécessaire depuis le 1er tour et clarifier suffisamment son programme. Surtout, comme le dit François Van de Ville, la recomposition politique dans notre pays est en marche et François Bayrou y a toute sa part.

Je souscris pleinement à cette analyse lucide et courageuse. Oui le temps est venu pour que gauche et droite se reforment après les années Mitterrand et Chirac, après les soubresauts trop nombreux qui ont éprouvé notre démocratie : cohabitations conflictuelles ou, au contraire, trop consensuelles sur fond de dérive monarchique ; menace de l'extrême droite et de la tentation protestataire ; manque d'audace des majorités à réformer sans diviser et en donnant une vision acceptable de notre avenir commun ; malaise des banlieues et des salariés, dislocation du lien à l'Europe et à notre République…

Après ces déceptions, il y a un espace politique et une attente urgente du corps social pour un centre rénové face à cette gauche en morceaux et cette droite qui redéfinit sa doctrine sur le modèle néo-conservateur.

Cet espoir, je ne trouve pas de meilleur mot, qui a rassemblé des centaines de milliers de sympathisants prêts à s'investir, des millions d'électeurs séduits par ce discours nouveau de François Bayrou (si on regarde bien, les deux candidats du 6 mai ont largement puisé dans l'argumentaire et les propositions de FB, et pas seulement pour récupérer des voix, mais par ce qu'ils ont compris que là était le nouveau rapport entre les hommes politiques et les citoyens), doit se poursuivre par la réflexion et l'action.

Le 6 mai c'est aujourd'hui ; on ne peut que souhaiter que "le meilleur gagne", que le futur hôte de l'Elysée ait la légitimité, l'audace et le sens de l'Etat pour mener à bien sa politique tout en permettant cette recomposition politique et cette rénovation en profondeur qui seule compte si on se projette à 10 ans ou davantage, à l'échelle de l'Europe et du monde.

Si Ségolène Royal l'emporte, ce que je souhaite malgré tout, on peut espérer que sa conception du dialogue et de la démocratie sociale lui permettra de faire les bons choix, peut-être avec le centre comme l'a souhaité Cohn-Bendit. Si Nicolas Sarkozy est élu, on aimerait croire à sa métamorphose, à la liberté d'un homme vis-à-vis de son propre camp, à son soudain enthousiasme en faveur de l'intérêt général ou de l'Etat impartial.

Comme j'ai de sérieux doutes j'attends beaucoup de François Bayrou et de tous ceux qui sont restés fidèles à son idée de troisième voie pour incarner cette opposition constructive mais aussi sans concession.

Ce soir ne sera pas le grand soir mais une étape importante de notre démocratie et de notre histoire commune. Espérons (et imposons!) que, dès ce soir, dans les médias, les assemblées, les conversations, tous les arguments puissent s'exprimer sans animosité, tous les électeurs soient respectés dans leur diversité, que l'intérêt général et les valeurs de la République soient au dessus de l'appartenance au camp du "vainqueur" ou du "vaincu".

Écrit par : Philippe JACQUES | dimanche, 06 mai 2007

Nicolas Sarkozy a gagné... sincères félicitations à lui.

Il a été le meilleur pour convaincre les français dans cette élection. J'espère simplement que les craintes que j'ai écrit sur votre blog ne seront pas fondées. On verra bien.

Le Mouvement Démocrate est en route et bien en route. L'allocution de François Bayrou de ce soir a été limpide et complète. Il est dommage que les grand médias n'aient pas jugé bon de la passer en intégralité car cela l'a vidé de son sens. Heureusement, celle-ci est disponible dans son intégralité sur http://www.bayrou.fr (d'ailleurs à ce sujet, on comprend facilement la puissance de vérité que représente internet aujourd'hui).

Je suis comme vous, j'espère que les centristes vont s'unir dans ce nouveau parti, et que les membres de l'UDF qui ne se sentent pas réellement bien au centre prendront la décision d'éclaircir leur position en adhérant à l'UMP.

Dans tous les cas, le MD ne doit pas se retrouver à nouveau avec cette étiquette de parti de droite. Pour ma part, nouvel adhérent à UDF (et futur adhérent au MD), je m'y emploierai, tant dans ma vie de tous les jours, que lors de nos futures réunions de parti.

Localement, au plus tôt, nous devons rassembler nos propres forces et monter en puissance avec les personnes qui, grâce à cette élection, adhèrent à la raison d'être de notre mouvement centriste. Notre existence, notre indépendance est aujourd'hui nécessaire pour la démocratie.

Écrit par : Vincent BONNAL | dimanche, 06 mai 2007

Je suis menbre du parti socialiste et je suis tout a fait d'accord avec votre analyse.

Je suis pour une profonde refonte de la vie politique faite sur le dialogue, l'écoute, sur le savoir s'entendre sur des sujets importants qui nécessicent l'adhésion de tous (chomage, banlieues, etc..).

Souhaitons nous une gauche rénonée et un centre fort pour faire bouger les lignes dans la durée.

Cordialement

Écrit par : Didier LAHAIE | mardi, 08 mai 2007

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