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samedi, 14 avril 2007

L'AVERTISSEMENT de ROCARD

medium_image_27211930.jpg”Voter BAYROU, c’est s’opposer à l’extrême droitisation du candidat de l’UMP et c’est faire un pari gaullien du redressement de la France par le rassemblement des Français”

Michel ROCARD sait ce qu’il dit. “Elle ne peut pas gagner”, lâche-t-il, avec regret, en parlant de Mme ROYAL.

Les derniers sondages sur les intentions de vote lui donnent raison, les études sur les lignes de forces de l’opinion aussi. C’est sociologique autant que politique. Même si les R.G. démentent les informations données par le Nouvel Obs, l’éventualité d’une élimination de Mme ROYAL dès le premier tour est de plus en plus crédible. Selon certaines analyses, elle n’arriverait que quatrième derrière SARKOZY, BAYROU et LE PEN. Cela fait peur effectivement ! Mais cela se comprend…

Comme l'exprime fort bien le journaliste Daniel RIOT : Mme ROYAL a fait la meilleure campagne qu’elle pouvait faire, c’est-à-dire la moins mauvaise possible dans les conditions de sa sélection en interne. Le P.S. paye la lourde facture de deux analyses de fond manquées :

• celle de l’échec de JOSPIN (à cause du P.S. et non des voix perdues sur CHEVÈNEMENT et TAUBIRA)

• celle de la victoire du Non au référendum à cause d’un P.S. qui a fait pencher la balance d’une façon décisive offrant ainsi à l’ultra-gauche et à l’extrême droite une victoire que ces deux camps revendiquent en toute irresponsabilité…(Merci FABIUS !)

 Résultats : un programme du P.S. incohérent, des propositions présidentielles inconsistantes, une campagne en dents de scie, des thèmes qui ont fait le jeu d’une droitisation extrême de l’UMP, une absence totale de crédibilité économique et sociale, un grand flou sur les orientations européennes et internationales, un mystère total sur les conditions dans lesquelles elle pourrait Présider avec une majorité de gauche minée d’avance par des divisions internes… de fond.

Ce n’est pas en jouant à la fois sur ses qualités de séduction féminine si bien exploitée (d’une manière même parfois sexiste) dans les magazines pendant la campagne interne du P.S. et sur les réflexes machistes dont elle n’a pas été victime (c’est heureux !), mais qu’elle a mis en avant en jouant maladroitement sur une parano cultivée qu’elle pouvait redresser la situation… Elle avait été élue par les supporters (et non les militants) du P.S. parce qu’elle avait réussi à faire croire (avec la complicité de François HOLLANDE et de la plupart des responsables de Fédérations) qu’elle était la seule à pouvoir battre SARKOZY. A huit jours du premier tour, elle apparaît (et pas seulement dans les sondages) comme celle qui serait battue d’office par SARKOZY.

On aurait pu souhaiter une femme à l’Élysée. Mais ne voter pour une femme  que parce qu’elle est femme serait une attitude bien discriminatoire, ségrégationniste, sexiste. Un réflexe ”sarkozien” si l’on peut dire dans les logiques perverses de la ”discrimination positive” et de la… ”sélection choisie”.

Mme ROYAL a du pouvoir une vision mystique, un peu comme Mr SARKOZY. Mais si celui qui veut ”décomplexer la droite” en jouant avec le feu de l’extrêmisme fait peur parce qu’on sait où il est capable d’aller, dans une ”tout est possible”, même le plus ignoble, la Présidente du Poitou-Charentes inquiète parce que personne se sait où elle va et où elle irait.

Dans ces conditions, Michel ROCARD voit juste et le dit bien. Avec ce même courage qu’avait MENDÈS-FRANCE. Avec cet esprit de Résistance qui est la première des qualités politiques. Avec cet amour de la France et son souci des Français qui différencie les politiciens et les Hommes d’État.

Michel ROCARD n’a jamais incarné la ”deuxième gauche”, mais la première : celle qui rassemble celles et ceux qui fondent leurs politiques sur des analyses sérieuses de l’Histoire et de ses évolutions, des réalités d’aujourd’hui et de l’anticipation des impératifs de demain.

En fait, si le P.S. voulait entendre l’avertissement de ROCARD dans toute sa gravité et son ampleur, Mme ROYAL devrait se retirer maintenant de la compétition.

Les socialistes sont prévenus.

DERNIÈRE MINUTE : au moment de mettre en ligne ce papier, j'apprends qu'à son tour Mr Bernard KOUCHNER, ancien Ministre socialiste de la Santé et humanitaire mondialement connu, lui-même proche de Mme ROYAL dans son équipe de campagne, a rejoint dans un appel la position de Mr ROCARD. Il semble que Mme ROYAL a de plus en plus de soucis à se faire.

Commentaires

Avertissement, est-ce le mot qui convient ?
C'est d'abord la conviction intime d'une personnalité qui jouit d'une grande autorité "historique" et morale.
Ca se passe dans un contexte tout à fait nouveau, une présidentielle très indécise et ouverte où les clivages s'estompent plus que jamais, où l'aspiration au renouveau est immense. Un temps tout à fait inédit, où les passions s'échauffent, où les risques de division et de "poussée de fièvre" sont grands aussi.
Dans cet avant-veille électoral à forte intensité dramatique, je vois la tribune de Michel Rocard dans le Monde comme l'appel d'une voix de sagesse, celui de réunir des gens de bonne volonté qui veulent mettre l'intérêt supérieur du pays avant toute autre considération. C'est une main tendue vers ceux qu'on a trop pris l'habitude de considérer comme adversaires sinon comme ennemis dans notre système binaire corseté (l'esprit sectaire dont parle B.Kouchner un peu plus tard). C'est un plaidoyer pour l'ouverture (la vraie) qui rappelle d'autres périodes fortes de notre Ve République -et déjà la période où il était 1er ministre.
Certes ce discours donne raison à la stratégie et au credo de F.Bayrou sur l'affrontement perpétuel à dépasser et sur "l'arc républicain" à inventer.
N'oublions pas pour autant que Michel Rocard - et avec lui tant d'autres, anonymes, élus, observateurs attentifs qui se retrouvent dans cet appel- souhaite faire travailler ensemble des gens de famille politiques ou de "philosophie" différentes mais très proches sur un petit socle de valeurs fondamentales. Il faut donc du respect, de la critique constructive, y compris pour Ségolène Royal (oublions un peu la mise en scène très égocentrique de sa campagne et prenons acte de sa volonté réformatrice par rapport à l'aile doctrinale du PS!). Je comprends bien que FB doit pousser son avantage mais il aura peut-être à s'entourer de personnalités proches de SR s'il gagne les élections et veut construire une majorité...
F. Bayrou continuera d'avoir raison de prendre de la hauteur, de sortir des discours stéréotypés, de proposer son projet pour la France. Parmi les personnes "de gauche" qui ont les mêmes idées que Rocard, certaines ont été fortement séduites par le discours courageux et différent de F.Bayrou, d'autres vont l'écouter davantage. Mais attention, elles vont hésiter jusqu'au dernier moment et peuvent encore voter pour S.Royal -voire pour un autre candidat- par conviction et fidélité à la gauche. Il faut donc de la pédagogie, du dialogue (tôt ou tard il viendra) autour de ce nouveau pôle de la social-démocratie qui va naître de toute manière.
A François Bayrou de montrer qu'il a des valeurs républicaines et humanistes , dans lesquelles peuvent se reconnaître la droite modérée comme la gauche. A lui de convaincre de sa "stature" et de sa vision. Je retiens encore une fois cette courte intervention ( voir vidéo sur son site) où il parle des enjeux au Proche-Orient , de son inquiétude et de sa conviction, où on ressent sa conception d'un modèle laïc et humaniste à défendre pour l'avenir . Pour moi cette approche du monde, au-delà de nos petites querelles dérisoires de campagne -pensons-y à l'heure où ça "pète" à Alger, à Bagdad, où on défile à Ankara, à Moscou...- le met nettement "au-desus du lot".

Pour terminer sur Michel Rocard contentons-nous déjà de lui témoigner de la gratitude d'avoir élevé le débat. Cette prise de position d'une grande intelligence, c'est peut-être le pas décisif qui va permettre de faire tomber les frontières absurdes que nous trainons depuis des lustres.
Prenons le temps de la méditer et de lui donner une chance de réussir.

Écrit par : Philippe JACQUES | samedi, 14 avril 2007

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