Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

jeudi, 22 mars 2007

À PROPOS DE L'HÉRITAGE CHIRAQUIEN

BILLET du 22 MARS 2007medium_images.47.jpg

Ainsi donc Mr CHIRAC a décidé de jeter l’éponge et de renoncer à briguer un nouveau mandat. Juste conséquence de ce que les sondages exprimaient, à savoir que les français ne l’auraient plus suivi.

Une page de près d’un demi-siècle de carrière politique se tourne donc définitivement.

Sa sortie s’est voulue empreinte d’une certaine dignité que tous ont unanimement reconnue et saluée (sauf l’inénarrable Mr LE PEN qui s’est une fois de plus montré à cette occasion sous son vrai visage : odieux et méprisable).

Une fois l’écran éteint sur l’image de ce départ annoncé, le regard ne peut s’empêcher de se porter ensuite en arrière sur ce personnage hors du commun, non seulement de par la longévité exceptionnelle de sa vie politique, mais aussi sur le personnage lui-même : il avait un certain côté romanesque qui lui convenait assez bien. Un peu d’ailleurs à la manière d’un François MITTERRAND.

Jacques CHIRAC, on ne peut le nier, avait un fort pouvoir de séduction, un charisme que nul n’a jamais songé lui contester. Le charme qui se dégageait naturellement de sa personne était un des éléments les plus puissants de son autorité.

Mais, pour autant, j’ai été déçu et consterné par la teneur de son allocution d’adieux.

Voici donc un chef d’État qui achève 45 ans d’engagements politiques et qui nous tient, en cette circonstance solennelle, un discours abstrait, désincarné, bourré de mots creux, des mots “valises”, évoquant ici le “modèle social français”, là “l’égalité des chances”, s’aventurant même d’une mise en garde “contre l’extrémisme”. Un patchwork de bonnes intentions, de concepts creux, de grandes expressions dépourvues de tout sens.

Il n’y avait, dans ses paroles - par ailleurs de belle apparence - aucune réalité concrète, aucune expérience vécue, pas même la moindre idée ou la moindre projection d’avenir. Tout était abstrait et relevait de la “langue de bois”
.
On aurait pu s’attendre aussi, après 45 ans de pratique d’un pouvoir exercé à un tel niveau, avoir un discours sincère, concret, authentique. Il n’en a rien été.

Cela m’a consterné au plus haut point. Ai-je été seul à ressentir cette déception ? J’en doute fort.

Peut-on expliquer cette attitude dans le fait que Jacques CHIRAC a toujours été un maurassien de gauche ? Il ne faut pas s’étonner d’ailleurs que les gens de gauche lui dressent aujourd’hui des lauriers.

Et quand on cherche l’homme véritable, on regarde évidemment entr’autres quels sont ses goûts personnels. Jacques CHIRAC est quelqu’un qui n’aime pas le 18° siècle français, pas plus le 17°, il n’aime pas l’Occident, il préfère de beaucoup le monde arabe à Israël, et que les États-Unis à fortiori. Sur le plan de la littérature ou de l’Art, il n’a d’yeux que pour tout ce qui est anti-occidental ou extrême-oriental et il déteste tout autant la période des “Lumières” dont s’honore pourtant la République.

Ce qui a protégé Jacques CHIRAC d’être un homme de droite, c’est qu’il n’y a chez lui aucune trace ni de racisme ni d’anti-sémitisme. Cela fait de lui un personnage très complexe car à la fois c’est fondamentalement un homme de gauche et en même temps un maurassien.

On peut donc lui donner acte d’avoir essayé de réconcilier les français avec une certaine idée d’eux-mêmes et de la Nation. On peut aussi lui reconnaître d’avoir combattu une tentation latente qui existait dans son camp de pactiser avec le Front National.

Mais le reproche le plus grave qu’on peut faire à Jacques CHIRAC, c’est celui de son échec sur l’Europe. Il l’a d’ailleurs candidement reconnu lors du dernier sommet européen : “Je n’ai pas fait tout ce que j’aurais du faire à propos de l’Europe”. Aveu ? Ou Regret ?

Sa responsabilité est en effet énorme : il y a eu d’abord ce calamiteux Traité de Nice qu’il a si mal conduit, puis ensuite le référendum raté. D’abord - et je le faisais remarquer récemment à un haut responsable européen que je rencontrais - on ne fait jamais un référendum à un an de distance ; puis ensuite il a mal mené la campagne en transformant de fait ce référendum en une sorte d’éxutoire anti-Raffarin.

On sait bien que Jacques CHIRAC n’a jamais été un européen de cœur mais plutôt un européen de raison. Sur ce point, il était assez proche, là encore, de François MITTERRAND.

L’autre échec de Jacques CHIRAC est de ne pas avoir attaché son nom à une réforme de politique intérieure qui aurait permis à la France de repartir, comme l’Allemagne est actuellement en train de le faire, et avec quel brio. Que ce soit sur le plan moral, sur le plan intellectuel ou encore sur le plan réel, Jacques CHIRAC laisse une France en pire état qu’en 1995, quand il l’a trouvée après 14 années de mitterrandisme : l’Université n’a pas progressé, les écoliers apprennent moins bien à lire et à écrire, la dette a atteint un niveau inégalé jamais connu de toute notre Histoire et qui sclérose plusieurs générations de français à naître, l’Europe ne s’est pas faite (ou plutôt, elle se fait maintenant sans la France), la prise de conscience (ou la lucidité) des français sur la réalité du monde et de ses exigences n’a pas progressé, loin de là. Jacques CHIRAC, en ce sens, n’a pas été un vrai Président de la République car il n’a pas pris la dimension du rôle que lui conférait cette responsabilité.

Et quand Jacques CHIRAC nous dit qu’il a “aimé la France et les français”, je ne suis pas seul à penser qu’il a surtout aimé passionnément la politique et le pouvoir. Ce n’est pas la même chose. Et c’est là qu’on voit que son discours n’est pas réel, qu’il est abstrait car il n’a aimé de la France et des français que le pouvoir qu’ils lui ont si longuement apporté.

Être Président de la République c’est quand même tout autre chose que cet amour-là du pouvoir sans partage.

Pis d’ailleurs : dans son sillage, Jacques CHIRAC a entraîné des milliers de sbires ou d’affidés que l’on trouve à tous les échelons de responsabilité de l’État, jusque et y compris dans nos collectivités territoriales, et qui, soit par mimétisme - ou peut-être par déficience intellectuelle ? - ont adopté la même posture de conduite des affaires en ignorant les règles les plus élémentaires de la démocratie (peut-être trop exigeantes pour eux ?) pour adopter la posture et l’exercice du pouvoir solitaire.

Il est d’ailleurs intéressant de constater que Mr CHIRAC soutient maintenant, même si ce n’est que du bout des lèvres, un candidat - Mr SARKOZY - qui a le même appétit de politique et de pouvoir sans partage que lui. Où est la rupture promise par ce candidat ? Il n’y a nul danger qu’il ne change quoique ce soit qui puisse faire ombre à cette pratique confortable de “monarchie républicaine” où le peuple doit assister impuissant et muet aux désirs du prince.

Funeste perspective si c’était celui-là qui serait élu pour succéder pendant 5 ans au prince sortant. Funeste pour les les citoyens. Funeste pour la France.

Commentaires

Ce que l'on aimerait entendre dans les prochains meetings de Bayrou -et donc dans les médias qui reprendront les temps forts! Après la conviction et la vision (F. Bayrou excelle dans ce registre ... donc 1ère partie) , les exemples concrets sur "ce qu'il faudrait faire", les quelques mesures que F.Bayrou mettra en oeuvre (2eme partie). Piocher dans le programme et imaginer de nouvelles idées : service civique obligatoire ; vote obligatoire aux élections pourquoi pas ; la nation bien représentée c'est aussi le non-cumul des mandats ; mettre en relief le rôle de l'école avec l'histoire, l'éducation civique, du primaire au lycée, qui peut faire beaucoup pour transmettre ce patrimoine commun ; soutenir une vraie culture populaire et permanente à travers associations, centres culturels, artistes et n'oublions pas les médias (pourquoi pas des téléfilms et documentaires forts pour connaître notre nation) ; mettre en place une cérémonie civique -pour la remise de la carte d'électeur, pour l'accès à la nationalité un peu comme aux USA ... On peut même s'amuser : pourquoi pas un jour férié dans toute l'Europe intitulé "jour de l'Europe des nations unie(s) dans la diversité"...?
_____________________________________________
Que pensez-vous de la nation ? En quels termes en parler ?
Le "débat" actuel est révélateur des maux de notre système politique comme de son double, le paysage médiatique avec un thème central, la nation ; une mauvaise manière de le traiter, l'identité nationale (mais pourquoi donc ? nous tombons tous dans le piège, subtil et redoutable pour la santé de la démocratie et la liberté des pensées, d'en parler en ces termes…).
Le débat politique se réduit plus que jamais à de la communication où les grands candidats imposent leur tempo et le contenu du commentaire politique, bien aidés par les grands médias qui ne relaient que leurs petites phrases. La nation, thème important ? Mais Sarko parle d'identité nationale…va donc pour cette expression et c'est parti pour des variations infinies (drapeau, fierté nationale…), des critiques scandalisées (PS 1er temps), des "voici ma version de l'identité nationale" (Royal en ce moment). Nous voilà donc enfermés, les autres candidats obligés de répondre, les évolutions de fond (civisme, valeurs collectives, culture et valeurs républicaines, place de l'État-nation dans des cercles plus vastes -Europe, monde…-, nouveau visage de la société française…) renvoyées à plus tard (ou à jamais ? mais ne soyons pas nihilistes ou fatalistes...).
Décidément la campagne prend une drôle de tournure avec les développements et surenchères sur ce thème. Sarko joue les gros bras et occupe tout l'espace des valeurs traditionnelles qui rassurent dans notre époque (travail, autorité, nation forte…). Vraie fausse rupture qui plaît aux gens modestes comme aux possédants qui se frottent les mains (travail libéré -du droit du travail- donc la voie est libre pour une expérimentation de l'ultra-libéralisme ; Sarko aux manettes donc gauche et syndicats mis à distance, déplacement des questions sociales vers les questions de société etc…). D'accord je caricature mais c'est la petite musique que l'on va entendre jusqu'au 1er tour. Tant pis pour les débats et les vrais enjeux ; tant pis pour l'ampleur des problèmes à régler. Les yeux rivés sur les sondages, il faut tenir, garder la main, envoyer des messages sur ce qui semble plaire à l'opinion (Sarko très clair, disait qu'il avait raison puisqu'il avait gagné 4 points depuis qu'il avait parlé de l'identité nationale et donc qu'il ne se priverait pas de continuer…), garder ses adversaires à distance.
Et si cela faisait le jeu de JM Le Pen ? N'est-on pas sur son terrain ? Après 2002 et une campagne bâclée et axée autour de l'insécurité, une nouvelle effervescence autour de ce nouveau paradigme de la pensée politique ? Pour quels résultats, quelles désillusions? Une nation un peu plus disloquée et en crise dans dix ans, comme une société un peu plus fragmentée et inégale et des groupes "cabossés" et en souffrance de plus en plus nombreux douze ans après les promesses sur la "fracture sociale" ?
François Bayrou a essayé de remettre le débat sur de bons rails, avec un peu plus de sagesse, de mesure. Souhaitons que cet angle prime sur les autres pour mettre sur la place publique les grandes questions et que les citoyens gardent les yeux ouverts et tout leur esprit critique : l'adhésion à la nation ne se décrète pas ; la France a ses propres ressources pour renouer ou réinventer le sens de l'appartenance à la nation, ce n'est pas le temps d'un sprint électoral ou d'un concours entre grands magiciens-candidats à la magistrature suprême qu'on pourra ressouder les multiples fractures du corps social.
Retrouver le sens de la nation ce serait d'abord traiter dignement les électeurs et proposer un projet qui rassemble, ce serait rappeler qu'elle est indissociable du politique au sens premier c'est-à-dire comme "vivre et décider ensemble dans la cité". Ce serait rompre avec l'électoralisme et la démocratie des sondages ou de l'opinion et redonner le dernier mot aux électeurs responsables et matures, autrement dit la souveraineté populaire qui aura le dernier mot dans quelques semaines. M. Bayrou peut-il être cet homme qui saura parler vrai et juste au risque de "stagner dans les sondages", qui pourrait perdre cette élection si elle se joue autour de cette mascarade-là mais peut-être bien la gagner si les Français comprennent qu'il leur parle en ce moment à eux, la nation ...?

Écrit par : Philippe JACQUES | dimanche, 25 mars 2007

Entièrement d'accord avec vous. Pour parler franchement, je ne vois pas pourquoi on attendait quoi que ce soit de cette allocution qui tranche avec ce à quoi Chirac nous avait habitué, langue de bois et hypocrisie. Et pourtant le même texte dit par un politique qui donne à ces mots le poids des convictions et du combat politique à long terme, cela changeait tout.
Je me demande si d'avoir mis Sarkozy en position de devenir président n'est pas, de tous les échecs de Chirac, le pire. J'espère bien il est vrai n'avoir jamais l'occasion de le constater.

Écrit par : CRATYLE | mardi, 27 mars 2007

Les commentaires sont fermés.