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mercredi, 14 mars 2007

À PROPOS D'AIRBUS et l'EUROPE

medium_images.45.jpgBILLET du 14 MARS 2007

Les difficultés d’Airbus (EADS) - ou plutôt les difficultés des avionneurs en général (quand on sait celles qu’a traversées Boeing et celles qu’il doit encore affronter aujourd'hui) - outre qu’elles se sont ”invitées” en France en pleine campagne électorale quand on ne les attendaient pas, ces difficultés révèlent la très haute exigence de ces industries de pointe dès lors qu’elles sont confrontées à une crise, quelle qu’en soit l’origine.

EADS doit donc aujourd’hui envisager la suppression en Europe de 10.000 emplois.

Ce n’est pas là un simple accident sur le parcours d’une aventure industrielle, jusqu’ici exemplaire, qui est ici en cause : c’est bien notre sort et celui de l’Europe tout entière qui est ici en cause.

On a déjà entendu, notamment au cours de cette campagne électorale, les anti-européens (les partisans du “non” au référendum européen) nous répéter : “L’Europe institutionnelle ? Mais on n’en a pas besoin. Regardez il suffit que les pays se mettent d’accord entr’eux, qu’ils forment de grands consortiums et çà nous donne ces industries admirables comme.... Airbus”. Hélas, aujourd’hui, cet exemple-là....

Il est vrai qu’on a connu, il y a peu encore, Airbus qui volait de succès en succès, notamment face à son concurrent Boeing, et raflait nombre de marchés. Mais quand, aujourd’hui, il va mal, à qui est-ce la faute ?

Ce n’est en tout cas pas la faute de l’Europe. Dans Airbus, il y a en effet tout ce qu’on veut, des composants venant de tous les pays, des intelligences issues d’un peu partout, mais il n’y a une immense absence : l’Europe.

Dans cette affaire, chaque pays - et dans ce cas la France et l’Allemagne - raisonnent de façon étroitement nationaliste. Et çà en est devenu une défaite pour l’Europe, une véritable défaite pour l’esprit européen : on en vient même aujourd’hui à examiner à la loupe si, dans les suppressions d’emplois envisagées, un pays devra en supporter quelques centaines de plus que l’autre.

Pour ma part et à ce sujet, je respecte autant le travail, ou le chômage, d’un ouvrier français que celui d’un ouvrier allemand. Autrefois on appelait cela “l’internationalisme prolétarien” ; j’appelle çà aujourd’hui la “solidarité internationale”.

Si donc, face à cette crise, il ne reste plus que le nationalisme étroit, c’est la preuve que s’il n’y a pas un minimum d’Europe politique, un minimum d’Europe institutionnelle, on ne peut pas construire l’Europe de l’industrie, ni davantage l’Europe sociale. Nous touchons là, dans le cas présent d’EADS, les dividendes de cette absence d’Europe.

Que s’est-il donc passé ?

Les gouvernements (de gauche comme de droite, ce serait pareil), en créant ce conglomérat industriel, se sont mis d’accord sur une “côte mal taillée” : ils ont inventé une entreprise gérée parallèlement par deux dirigeants - l’un français, l’autre allemand - lesquels ont passé l’essentiel de leur temps à défendre chacun leur “pré-carré” et leurs propres intérêts nationaux en se “tirant mutuellement dans les pattes”.

Cà ne peut pas marcher : c’est honteux. Et voilà pourquoi cette grande ambition est aujourd’hui menacée.

De toute manière, il fallait faire des restructurations. Boeing, qui a été dans un état pire que ne l’est aujourd’hui Airbus, a du supprimer 40.000 emplois (contre 10.000 “seulement” pour Airbus).

On peut pourtant observer qu’en France tous les politiques, de la droite à la gauche, sont tombés d’accord pour aider EADS à le sortir de cette mauvaise passe en le recapitalisant : ils sont tous soudain devenus “étatistes” malgré leurs idéologies contraires.

Voilà enfin une saine conception du libéralisme, comme on en voit souvent l’usage aux USA, que de considérer que l’état doit d’abord être au service des entreprises. C’est tant mieux !

Mais, au milieu de ce concert, on entend la voix, un peu solitaire, de l’ancien - et fort talentueux - Président de la SNCF devenu aujourd'hui le Président d’EADS - Mr GALLOIS - qui, lui, n’a qu’un seul message à faire passer (pour cavalièrement résumer) : “F....-moi la paix !”.

Ce grand patron (de gauche) a la solide réputation de savoir négocier avec les syndicats ; il nous dit qu’il n’y a nulle nécessité de recapitaliser EADS et il souhaite qu’on le laisse mettre en place en paix son propre plan. Et que, pour ce qui est de la gouvernance, qu’on le laisse faire.

Voilà qui nous met singulièrement en porte-à-faux avec le réflexe habituel des gouvernements d’intervenir à tout propos.

EADS a du en effet, ces derniers mois, cumuler toutes les difficultés : retards de livraisons, poids d’un euro fort, difficultés managériales. Si, maintenant, on lui met des bâtons dans les roues pour mener à bien son plan de restructuration, et si on conditionne les aides à l’absence de licenciements, autant décréter tout de suite la mort de l’industrie aéronautique européenne.

Ce discours de Mr GALLOIS me parait être un discours de bon sens : laissons ce patron faire son travail et on jugera après. D’autant que, dans son plan, il n’y a aucun licenciement “sec” de prévu.

EADS est une entreprise qui doit être gérée comme une entreprise. Que l’État veuille remettre de l’argent est une chose, mais ce ne peut pas être une solution définitive ni reproductible : c’est simplement pour aider à passer un moment de crise. Les syndicats, dont on peut comprendre la préoccupation, auraient tort de compliquer les choses : ce serait au détriment de leur entreprise.

Pour vraiment repartir, il faut qu’EADS devienne réellement une entreprise européenne, tant dans les faits que dans son esprit, et non plus une entreprise française avec participation allemande, ou l’inverse.

Tant que nous n’aurons pas compris cela, tant que les raisonnements ne cesseront pas d’être nationalistes et ne deviendront pas enfin européens, la menace sur EADS, avec ou sans recapitularisation, demeurera.

Il est urgent de sortir du piège où cette entreprise est aujourd’hui enfermée.

Commentaires

Faire mentir les discours sur la "bulle" Bayrou...

Un bon accueil dans les déplacements, une bonne image dans les enquêtes d'opinion, une posture qui plaît pour se libérer des carcans... Tout cela a servi F. Bayrou et lui permet d'afficher ses ambitions aujourd'hui.
Mais on peut s'inquiéter du manque de netteté de son programme ; des attaques sur le manque de consistance du projet et d'alternative crédible aux deux autres "grands" candidats. L'opinion est versatile, les appartenances fragiles ; les adversaires et les détracteurs ont compris qu'il fallait semer le doute sur Bayrou non sur son positionnement politique mais sur ses idées et ce qu'il allait faire.
Aussi il serait grand temps que le programme soit clarifié, annoncé et largement disponible (ce n'est pas le cas sur le site de campagne) et que Bayrou communique haut et fort sur ses propositions autour de quelques grands axes forts. Sinon la campagne risque de tourner en rond et la cote de popularité s'étioler et se tasser. Ce serait dommage!
Il me semble que le point de convergence du projet de Bayrou et ce qui le distingue des deux autres c'est un certain pragmatisme pour relancer l'activité, des valeurs fortes sur le pacte social et un souci de l'intérêt général loin du clientélisme et des effets d'annonce. Bayrou doit choisir, dire où il investira (rien n'est plus insupportable que les accusations de sur-place) et s'il ne peut pas tout faire, qu'il se donne des étapes, des priorités en fonction des marges de manoeuvre ou de sa tactique. Il pourrait en effet tout aussi bien dire que sa politique visera à libérer des initiatives et des énergies et qu'en dehors de quelques domaines prioritaires qui souffrent d'un "trop peu d'Etat", une grande partie des réponses se trouveront sur le terrain, se dénoueront par des négociations, touveront des solutions par une meilleure répartition des tâches, par exemple en renforçant les échelons locaux ou régionaux.
Mais tout ça qu'il le dise!! J'ai écouté une énième démonstration sur le jeu des partis hier soir à France 3 ; les formules changent peu et je crains la sclérose... On est en droit d'attendre une ligne claire pour l'avenir sans quoi le débat retombera dans le ronron Ségo-Sarko, sur la démagogie et la guéguerre permanente des doctrines et des camps retranchés.
Bayrou a convaincu du caractère stérile de ce débat politique "à l'ancienne". Qu'il montre maintenant qu'il peut gouverner autour d'un programme cohérent ; les citoyens pourront alors choisir de continuer avec lui ou non.
Qu'il évite enfin de se laisser enfermer dans les questions sur sa stratégie entre les 2 tours, après la présidentielle...Là aussi je pense que les Français ont compris que le panorama politique sera bouleversé en cas de nouvelle donne à l'Elysée.
L'opinion est d'accord pour reconnaître la compétence de cet homme politique, sur sa vision lucide de la situation et sa connaissance des capacités de la France ; lui faisant crédit, elle est prête à s'engager avec cet artisan d'une refondation durable. Les Français veulent à présent que l'architecte dévoile ses plans et reste à l'écoute pour peaufiner son programme et améliorer encore le dessin de la future présidence...

Écrit par : Philippe JACQUES | jeudi, 15 mars 2007

Merci, Monsieur, pour vos commentaires sur AIRBUS.

Merc. pour la clarté de votre analyse sur Monsieur Bayrou

Écrit par : B.V. | lundi, 19 mars 2007

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