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jeudi, 08 mars 2007

À PROPOS DE LA PRESSE et LA POLITIQUE

medium_images.43.jpgBILLET du 8 MARS 2007

Je n’ai pas à défendre particulièrement tel ou tel journaliste, même quand celui-ci s’appelle Alain Duhamel : celui-ci, pour avoir affirmé sa sympathie pour François Bayrou il y a plusieurs mois lors d’un colloque privé à Sciences-Po, vient d’être suspendu d’antenne pour plusieurs mois. Certains se sont indignés. D’autres ont applaudi. C’est un vrai débat qui, encore aujourd'hui, se poursuit.

La question qui se pose est celle de savoir si un journaliste a, ou non, le droit - et est-ce son rôle et son devoir - de dire pour qui il va voter ?

Quand on y réfléchit de plus près, ce n’est pas, en effet, le travail d’un journaliste d’afficher ainsi ses choix politiques. Et quand il le fait, ce ne peut être qu’en tant que citoyen, pas en tant que journaliste.

Mais au fond, est-il toujours inutile pour un lecteur (ou un auditeur) de savoir ce qu’il y a derrière les analyses que présente tel ou tel ? N’y a-t-il pas là aussi un devoir de transparence ? Y a-t-il réelle incompatibilité entre le journaliste et le citoyen qu’il est aussi ?

Pour ma part, je ne le crois pas. Il y a d’ailleurs foule de journalistes qui n’ont jamais caché leur sympathie ou leur philosophie politique, voire même leurs engagements, et qui continuent d’être quotidiennement les grandes signatures de journaux de toutes tendances.

Je crains que l’on soit donc ici en pleine confusion entre l’information et le commentaire.

L’information, c’est la relation la plus objective que possible des faits tels qu’ils se sont déroulés. Cette relation doit être la plus proche que possible de la vérité et le devoir du journaliste, quelle que soit sa propre opinion, est de recouper ses sources et de les vérifier.

Et il y a le commentaire. C’est là une grande tradition française. Le commentaire peut être celui de tout citoyen s’exprimant par ses propres moyens : et là on voit le rôle phénoménal que joue aujourd’hui Internet avec l’explosion des “blogs”. Mais c’est aussi celui du journaliste qui s'exprime dans son journal ou dans le média qui l’emploie. Mais dans la grande tradition démocratique française, depuis Victor Hugo, Chateaubriand, Tocqueville, Zola, Maurras, il y a toujours eu des femmes ou des hommes qui, étant soit des intellectuels, soit des personnalités politiques, ont donné leur position et qui proposaient.

L’important n’est pas de dire qu’il a, ou qu’il va, voter pour ou contre mais qu’il propose des analyses et qu’il explique pourquoi. Cela peut en effet aider grandement les citoyens, que ce soit en réaction ou en accord avec ce qui est exposé.

Mais le type de média peut imposer aussi sa propre déontologie. Dans un journal télévisé, peut-on imaginer qu’un Patrick Poivre d’Arvor ou une Claire Chazal expose ainsi ses préférences et s’expose ? Non, il doit s’abstenir car l’auditeur ne choisit pas son journal télévisé - dont l’audience s’adresse à tout public de toutes opinions - alors qu’un lecteur peut choisir son journal papier car il sait son orientation politique ou philosophique.

Cet exemple démontre qu’on ne peut donc confondre l’information et le commentaire : le présentateur télé se doit d’observer une stricte neutralité par simple respect de l’opinion des gens qui le regardent. L’exercice est difficile car exigeant. Même la forme des phrases a son importance : quand un présentateur dit (par exemple) : “le Canard Enchaîné révèle que....”, il n’est plus neutre car il soutend que c’est une “révélation”, alors qu’il aurait du dire : “le Canard Enchaîné prétend que....”. Ces deux formulations n’ont pas du tout le même sens. Et c’est ainsi que l’on peut, insidieusement, déformer le jugement et l’opinion des citoyens.

Et puisque nous évoquons l’information par le média télévisuel, devenu aujourd’hui le plus puissant de tous, parallèlement au journaliste qui présente le journal, il y a l’éditorialiste, ou le chroniqueur, dont le rôle n’est plus seulement d’informer mais de commenter, voire de critiquer et même de dire : “je suis d’accord” ou “je suis en désaccord”. Il relève alors de la simple honnêteté de savoir à partir de quel point de vue cet éditorialiste s’exprime, que ce soit en bien ou en mal, sur tel ou tel point de l’actualité ou autre personnalité politique ou philosophique dont il parle.

On voit là alors combien le procès fait à Alain Duhamel - homme dont chacun sait la modération habituelle des commentaires, toujours très équilibrés - est d’un grotesque inouï. Mr Duhamel a le droit d’avoir ses propres opinions. Il ne les a pas exprimées en public mais seulement dans un cercle privé. Seule une Webcam a piraté, à son insu, son propos pour le diffuser ensuite sur le net. Et patatras : il devient banni d’antenne.

Nous voici ramenés en plein régime à la mode soviétique de la plus belle époque.

Observons d’ailleurs au passage que d’autres chroniqueurs, exprimant ouvertement sur nos écrans, leurs sympathies mais pour des courants “dominants”, n’ont eu, eux, aucune sanction. Il y a bien là deux poids, deux mesures.

Enfin, comment expliquer ce réflexe stupide qui conduit à user aussitôt du terme de “trahison” dès lors qu’un citoyen appartenant à un camp politique ou philosophique déterminé, se met à exprimer une certaine sympathie pour tel ou tel point de vue exprimé par un citoyen appartenant à un autre camp ?

La démocratie française, telle qu’une certaine culture dominante nous l’a léguée, est en bien piteux état.

Alors quand un journaliste, ou un chroniqueur, dit publiquement comment il vote(ra), il prend certes des risques, il expose son crédit vis-à-vis de l’opinion. Mais cela permet à chacun de voir les choses de façon plus objective.

Loin de moi de prétendre que la presse française serait pourrie, même si elle a de pesants maîtres financiers. Elle s’est beaucoup rapprochée au fil des ans d’un certain idéal, celui anglo-saxon qui est de séparer le commentaire, qui lui est libre, de l’information.

Il faut aussi admettre qu’Internet a, depuis, tout bousculé. On peut observer l’actuelle campagne présidentielle pour constater la domination absolue d’Internet dans la transmission de l’information.

Enfin, une émission télé, comme celle de TF1 “J’ai une question à vous poser” où un panel soigneusement trié de citoyens était sensé poser des questions à des candidats, donne vraiment à réfléchir. Dans ce “dialogue” entre des candidats et des citoyens, on avait volontairement éliminé la place des journalistes. On a vu le résultat : des questions majeures ont été ignorées du débat et celles posées étaient d’intérêt tout-à-fait marginal, corporatif, égocentrique, voire microscopique. Et là, l’absence des journalistes patentés et dont c’est le métier s’est fait cruellement ressentir : eux auraient en plus posé des questions majeures. Le décalage a été abyssal.

C’est bien pour cette raison que j’ai le plus grand respect pour les journalistes, acteurs majeurs de la démocratie.

Commentaires

Au Royaume Uni où j'habite, dans la presse, tous les grands sujets sont traités en deux articles : l'un d'informations factuelles et l'autre en tant qu'éditorial où le journal exprime son opinion.

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Écrit par : Philippe SARRUT | jeudi, 08 mars 2007

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