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dimanche, 25 février 2007

À PROPOS de la DÉRIVE des SONDAGES

medium_images.42.jpgBILLET du 25 Février 2007

Les innombrables sondages qui se superposent ou se contredisent les uns après les autres truquent-ils, ou non, la campagne électorale ? Embarrassante question.

Je pense qu’il s’est créé une sorte de malentendu chronique entre, d’une part, les sondeurs et, d’autre part, les lecteurs des sondages.

Un sondage - faut-il le rappeler ? - n’est que la photographie d’un instant donné, déjà faussé sitôt le premier moment suivant. Quand donc un sondeur succède à un autre sondeur, même de façon très rapprochée, faut-il s’étonner d’avoir deux clichés différents ? Y a-t-il tromperie ? Non !

Par contre, il apparaît aujourd’hui des pratiques nouvelles que je juge inadmissibles : les instituts de sondages sont maintenant de plus en plus souvent placés sous la pression de leurs clients qui veulent, eux, du “sensationnel” pour mieux “vendre du papier”. Le sondage est devenu un outil de “marketing”.

Dans le cadre de la campagne actuelle, que demande en fait le lecteur aux sondages ? Ce n’est pas de savoir comment sera placé son candidat préféré au 1er tour, ni, à un autre degré, s’il sera présent ou non au second : il veut savoir qui gagnera le 2ème tour.

Et là, on commence à avoir tout faux. Un commentateur que j’entendais récemment appelait cela, avec juste raison, une “escroquerie”. Oui, c’en est une.

Pour exemple, lors des dernières élections de 2002, qui, à 2 mois du scrutin, aurait dit que Mr Chirac allait être réélu à 82% ? On l’aurait alors pris pour un fou. En 1995, un certain Nicolas Sarkozy s’était même aussi adressé publiquement à Jacques Chirac pour lui dire : “Vous voyez bien que vous avez perdu. Retirez-vous au profit d’Édouard Balladur”, le favori des sondages du moment. On sait la suite : Mr Chirac a été élu et, depuis, il n’a jamais pardonné à Mr Sarkozy son insolent appel.

Eh bien aujourd’hui, on ne fait pas mieux. On fait même pire : on fait des simulations de 2ème tour avec des candidats dont les sondages eux-mêmes ne certifient même pas encore qu’ils y seront présents ! Mais les lecteurs ne demandant que çà, pourquoi les en priver ? Même s’il s’agit là d’une parfaite escroquerie au second degré ! Et ce n’est pas l’utilisation de l’imparfait qui peut gommer ces forfaitures.

Ceci est né du goût de plus en plus démesuré des lecteurs de la “politique-spectacle”. Ils veulent du catch, du match, des coups, des bosses, des griffes, de la fosse aux lions : il faut donc toutes les semaines inventer quelque chose de nouveau.

Alors, pourquoi pas demain se lancer, par exemple, dans un sondage à propos d’un (improbable) duel au 2ème tour Besancenot-Bové ? Ou encore imaginer quel sera le futur Premier Ministre de “X”, ou “Y”, qu’il soit éligible ou non ?

Surtout que, finalement, seuls 3 candidats - peut-être 4 au maximum ? - ont quelque chance d’être présents au 2ème tour. Tous les autres n’en ont aucune : ils feront une apparition, témoigneront, puis s’évanouiront.

Le comportement des sondés a donc, lui aussi, un rôle majeur car il a complètement changé. On leur propose des sondages sur Internet auxquels ils peuvent répondre librement. Ils sont aussi appelés au téléphone. Et ils se mettent à répondre en fonction du résultat qu’ils ont envie de voir et pas du tout en fonction de ce qu’ils pensent.

Alors on assiste à ces cas de figure : “Tiens, aujourd’hui je vais répondre Royal parce que je l’ai vue pas mal à la télé”. Et la semaine suivante, si elle a pris trop de points : “Tiens aujourd’hui je vais voter Sarkozy car je ne veux pas qu’elle monte trop haut”. Et la semaine d’après : “Tiens, ces deux-là, je les ai assez vus. Il y a Bayrou qui parait pas mal : je vais donc voter aujourd’hui pour lui”. Et ainsi de suite.

On ne peut oublier qu’en 2002 39% des électeurs ne se sont décidés que dans les 3 derniers jours ? On peut donc conclure que tous les sondages qui précédent les 3 derniers jours n’ont aucune valeur.

Face à ces phénomènes de flux et de reflux aussi versatiles de l’opinion, phénomènes que les sondeurs n’ignorent pas, quel peut être le rôle de ces derniers ?

Il y a d’abord affaire de méthode. Il y a les méthodes reconnues comme “sérieuses” : celle dite “aléatoire” ou celle encore “par catégorie”. Et il y a les autres. Dont celles qui consistent à faire des sondages de 2ème tour quand le 1er tour n’a pas encore eu lieu et qu’on est trop loin pour en supputer des résultats fiables. Toutes ces méthodes-là ne sont que pure spéculation à objet commercial.

Ce sont là des comportements irrationnels, non pas de la part des sondeurs (ils se contentent de satisfaire leurs clients), mais des sondés eux-mêmes qui constituent la base même cette clientèle. Et ce au détriment du sérieux.

Il faut aussi observer que ce phénomène des sondages, de l’attention que leur porte généralement l’opinion, est un phénomène typiquement franco-français qui n’a nulle part ailleurs son équivalent dans le monde. La lecture qu’on en fait ailleurs est beaucoup plus rationnelle et “froide”. Elle n’a nulle part ailleurs ce côté “magic-circus” qu’on lui donne en France.

À la question que je posais en introduction : “cela truque-t-il ou non la campagne ?”, on doit admettre que, pour le moins, cela la pollue.

Mais, s’il n’y avait pas ces sondages, qu’aurions-nous à nous mettre sous la dent ? En France, pour des raisons déontologiques, pas grand chose. La campagne est d’une tristesse lassante : il y a quelques grands meetings, quelques émissions à la télé, et, à côté, presque rien.

Enfin, parlons des sondages eux-mêmes et des manipulations manuelles dont les résultats bruts sont toujours l’objet avant la publication des résultats.

Manipulations ? Oui, c’est un mot qui peut faire frémir. Et pourtant elles sont menées dans un souci d’une meilleure approche de la vérité de l’opinion.

Prenons l’exemple des sondés dont la sympathie allaient vers Mr Le Pen. Quand on les interrogeait, et ceux-ci sachant que le seul nom de Le Pen sentait plus ou moins le souffre, ils étaient en grande partie enclins à cacher leur inclinaison et à répondre toute autre chose. Et les instituts de sondage, en pleine connaissance de ces réflexes, estimaient que le résultat brut enregistré pouvait être multiplié par deux : donc ±7% en brut donnait en résultat publié ±14%. C’était une méthode très éprouvée par l’expérience. Aujourd’hui, çà ne marche plus. Pourquoi ? Simplement parce qu’entre temps Mr Le Pen s’est mis une couche de vernis de respectabilité, ses électeurs ont moins de retenue, quand on les interroge, pour affirmer leur choix. Et les sondeurs ne savent plus quel coefficient rectificatif appliquer aux résultats bruts. La mécanique est grippée.

Alors quand des amis m’évoquent maintenant certains résultats parus, on peut comprendre ma profonde perplexité.

Commentaires

Bonjour François,

Merci pour cette analyse très à p