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vendredi, 29 décembre 2006

À PROPOS DE LA PAUVRETÉ

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BILLET du 29 DÉCEMBRE 2006

Des images nous sont sans cesse projetées de ces SDF s’abritant sous des tentes, SDF auxquels se joignent maintenant volontairement des “nantis” qui s’aventurent à passer une nuit sous ce logement de fortune, histoire de témoigner de leur solidarité avec ces déshérités de notre société.

Politique spectacle ? Fait de société ? Vrai misère ? Que penser ?

Notre surprise est avivée quand on apprend que 30% de ces SDF ont un travail “régulier”, qu’ils perçoivent un salaire décent (au moins égal au SMIC) qui devrait les mettre à l’abri de cette misère absolue où ils paraissent.

La France serait-elle aussi pauvre que cela au point de ne pouvoir fournir des logements décents à tous ses citoyens, ceux qui travaillent, comme ceux que la vie semble avoir brisés ?

Des chiffres tout récemment publiés nous apprennent qu’il y aurait en France 7 millions de personnes qui vivent avec moins de 800 € par mois. (En Allemagne ils seraient près de 11 millions dans ce cas). 800 €, pour qui vit à Paris ou dans une grande métropole, c’est intenable, alors que le revenu moyen en France est de l’ordre de 1.400 €, le SMIC étant, lui, à un peu moins de 1.000 € net. Ce n’est pas énorme. Et quant au RMI, il est un peu supérieur à 400 € : à peine de quoi survivre.


Si donc, dans un foyer, il y a deux salaires, c’est encore "supportable". Mais si vous êtes seul et dans une grande métropole, çà ne l’est plus.... À moins d'aller vivre à la campagne.

Cela pose un problème particulier quand çà se passe ici, en France. Si quelqu’un touchant le SMIC habitait (par exemple) en Inde, il serait très riche, presque dans une opulence relative. Mais nous vivons en France dans une société entourée d’un déferlement d’incitations à la consommation - il suffit de regarder ce qui se passe pendant les fêtes ! - et cela rend la situation insupportable. Et si, dans de ces foyers, il y a des enfants, ne pas pouvoir leur offrir la même chose que ce qui est offert à d’autres enfants plus favorisés (ordinateur, téléphone portable, etc...., objets considérés maintenant comme "courants"), çà en devient révoltant.

Ce phénomène, aussi cruel soit-il, est bien lié à notre société de consommation. Quand vous la regardez, quand vous parcourez les allées d’un grand magasin ou d’un hypermarché, vous observez qu’elle devient une sorte de drogue : la tentation y est omniprésente et elle vous conduit à augmenter les doses d’achat et à les rapprocher de plus en plus. Ce conditionnement à acheter plus, et plus souvent, est bien devenu une sorte de drogue.

Cela crée une situation explosive, surtout pour ceux dont les revenus sont les plus faibles.

Alors, quand on pense à tous ces PDG du CAC 40, ceux des stock-options faramineux qui gagnent 3 à 400 fois le SMIC par mois, à tous ces marchands de foie gras, de champagne, de produits fins ou autres produits de luxe - cette population, tout autant privilégiée soit-elle, étant composée pour la plupart de gens parfaitement estimables - il faut bien constater que ces gens-là vivent dans un monde totalement déphasé par rapport aux autres réalités. Il y a entre eux et les autres une sorte de vitrine fermée derrière laquelle ils sont et où ils s'offrent en spectacle aux plus démunis. Comment ne pas imaginer qu’un jour ces derniers ne seront pas tentés de briser cette vitrine face à tant d’inégalités exposées ?

Dans la société d’hier, très hiérarchisée et aristocratique, c’était encore "relativement admissible". Mais aujourd’hui, dans cette autre société où nous sommes, cet étalage est devenue obscène.

Tout est d’ailleurs relatif. Un grand quotidien faisait récemment une étude sur les “classes moyennes”, autre couche importante de notre société. Et il disait la révolte d’un cadre moyen qui était outré de n’avoir pas pu payer à ses enfants un écran plasma pour la Coupe du Monde, comme beaucoup l'ont fait ailleurs. Il était scandalisé et se sentait profondément humilié. Même si, face aux SDF, cela parait fort dérisoire !

Révolte, donc et encore ici, alors que nous nous situons là dans une toute autre tranche de notre société. Révolte qui vient s’ajouter aux autres révoltes.

Quand je vous parlais de société explosive....

On peut donc considérer qu’il y a deux formes de pauvreté :
• il y a les pauvretés absolues, celles frappées par la hausse du prix des loyers, du mètre carré, de la vie en général. Et on a alors raison de parler de la “vie chère”, et non plus du “pouvoir d’achat”, même si d’autres produits ont, parallèlement, fortement baissé depuis 50 ans.
• il y a à côté de ces pauvretés absolues, une autre pauvreté : mais celle-là est surtout vécue dans l’imaginaire. Quand on constate que 50% des français craignent de devenir un jour des SDF (ou qu'il leur parait en courir le risque), une telle proportion prouve que la vision du futur qu’ont les français est totalement inversée. Pourtant, il y a trente ans, les choses étaient autrement plus difficiles et le revenu moyen nettement moins élevé. Mais nous étions alors dans une spirale ascensionnelle. Alors qu'aujourd’hui nous nous situons dans une spirale subjectivement inverse, c’est-à-dire descendante vers des jours qui deviendraient beaucoup plus difficiles ou aléatoires. Et cela fait naître inquiétudes et désespoirs. Ce phénomène est spécifiquement français.

Cela nourrit donc les thèses des "déclinistes", les français l’étant devenus eux-mêmes. Mais il est exact que la génération montante sera bien la première à ne plus pouvoir progresser au même rythme que celles d'hier ; et cette progression pourra même être appelée à devenir négative. Ce serait alors un déclin confronté pourtant à la même pression d'un appel à la consommation. Cela créera donc un décalage entre la réalité du pouvoir d’achat et l’idéal de vie que nous présentent les médias.

Que faire alors ?

Prendre aux riches pour donner aux pauvres ? C’est totalement idiot car c’est retirer aux riches leur capacité d’investir et de créer des emplois ; et ce pour donner trois fois rien aux pauvres tant ceux-ci sont beaucoup plus nombreux. Il n’y a guère que les gauchistes ou le PC pour entretenir cette utopie.

C’est donc un problème dont doivent se saisir d’urgence les “politiques”, étant entendu que la mondialisation n’autorise plus une augmentation sensible des salaires au risque d’aggraver la perte de compétitivité de nos produits, les délocalisations et le chômage. Problème d’une exceptionnelle complexité mais qu’il faut pourtant prendre d‘urgence à bras le corps si on veut éviter une explosion de notre société.

Les solutions ne résident pas davantage dans une augmentation des aides sociales, véritables gouffres sans fond qui ne résolvent rien et entretiennent même les mécontentements les plus profonds. C'est pourtant une tentation qu’ont souvent nos politiques, soit par facilité, soit par fatalisme face à un phénomène considéré par eux comme inévitable.

En tout cas, ce n’est certainement pas le rôle premier de l’État que d’aider les pauvres : ce n’est qu’un de ses rôles secondaires, même s'il reste indispensable à titre intérimaire. Le rôle fondamental de l’État est, et ne peut être, que de faciliter la création de richesses nouvelles : seule en effet la création de richesses nouvelles pourra faire reculer cette pauvreté rampante, celle absolue des plus démunis et celle autre ancrée dans les imaginaires.

Là est la réalité. C'est une révolution des esprits qu'il nous faut conduire. C'est un vrai défi de civilisation. Le vrai défi de notre siècle commençant.

Commentaires

La Babole a trouvé un "plan B" pour les SDF... Quand deux mesures gouvernementales peuvent dramatiquement se compléter : http://lababole.arviblog.com/article-112300.html

Écrit par : La Babole | vendredi, 29 décembre 2006

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