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jeudi, 16 novembre 2006

À PROPOS DE L'APRÈS-RUMSFELD

medium_images.18.jpgBILLET du 17 NOVEMBRE 2006

G.W.Bush vient de se faire administrer une sévère “raclée” en perdant sa majorité dans les deux chambres US.

Chacun connaît depuis longtemps, ne serait-ce qu’au travers de mes précédents “billets”, l’opinion que j’avais sur ce personnage atypique et son entourage, si peu représentatifs de la grande Amérique que vous connaissons et aimons. Je ne peux que me réjouir, à titre personnel, de voir la caricature qu’ils en ont faite ainsi s’estomper pour revenir à une autre conception du rôle des USA dans le monde.

Et, quant à l’élimination qui en a découlé de Donald Rumsfeld, - anti-européen grossier et odieux goujat (la “vieille Europe” !), anti-français primaire et parfait abruti qui a conduit les USA aux défaites (si lourdes de conséquences au plan international) sur les différents fronts qu’il a ouverts fort imprudemment - voilà la meilleure des nouvelles qu’on pouvait entendre.


On sait en effet sa responsabilité dans l’agression désastreuse, car mal préparée, contre l’Irak, l’introduction de méthodes abominables dans les armées, (sous prétexte de 11 Septembre, dont la torture), les zones de non-droit qu’il a instituées comme les geôles de Guantanamo, son soutien à l’agression lamentable et injustifiée d’Israël contre le Liban, etc.... Même les militaires US se réjouissent aujourd’hui de cette élimination ! Puisse son successeur - Bod Gates - en revenir à une politique un peu moins détestable. Ce qui ne sera pas difficile !

Ce qui vient donc de se passer aux USA est une chose salutaire et qui va peut-être permettre une réconciliation entre, d’une part, cette grande nation et, d’autre part, la “vieille Europe” où elle a toujours ses racines profondément plongée dans son histoire. Réconciliation d'autant nécessaire que tous les dangers (économiques ou militaires) ne cessent de croître partout de par le monde.

Pour autant, cette défaite va-t-elle conduire à un virage à 180° de la politique US ? On peut en douter, ne serait-ce qu’en raison des énormes pouvoirs que la Constitution américaine donne à ses Présidents, donc encore aujourd’hui à G.W.Bush.

Pourtant la situation en Irak est arrivée à un tel niveau de catastrophe que, même s’il n’y avait pas eu ce revers électoral de Bush, celui-ci aurait été contraint, de toutes façons, d’infléchir sa politique : il avait déjà, tout récemment, nommé une commission (à laquelle participait d’ailleurs le nouveau Secrétaire d’État nommé à la place de Rumsfeld), commission chargée d’étudier l’opportunité et les conditions de la poursuite de l’engagement US en Irak.

Ensuite, les démocrates - dont on peut croire qu’ils voudront reprendre la présidence US dans 800 jours - trouvaient là “pain béni” pour les aider à cette reconquête. Mais, dans cette affaire, nul n’avait intérêt à ce que les choses continuent d’empirer.

La cohabitation, imposée par ces élections - et dont on s’aperçoit que ce n’est plus une exclusivité française ! - ne va pas laisser les démocrates adouber silencieusement, à leur propre détriment, la poursuite de la précédente politique de Rumsfeld.

Les américains vont-ils pour autant retirer leurs troupes d’Irak ? Ce n’est pas évident, ou du moins pas avant qu’ils n’aient essayé de gommer l’immense pagaille qu’ils y ont semée ; faisant se succéder à un régime dictatorial un autre régime (chiite) qui l’est tout autant (application de la charria) et dont la conséquence est une guerre civile qui a déjà fait de 5 à 600.000 morts dans la population civile.

Pourtant, républicains et démocrates étaient initialement favorables à cette guerre, du moins sur le principe. Mais ils voient bien aujourd’hui que le vrai problème est l’Iran (et non l’Irak) et que l’objectif de stabiliser l’empire perse au travers d’une stabilisation de son voisin irakien a échoué. Le retrait américain sur un total échec irakien serait la vraie victoire de l’Iran que plus rien ne pourrait contenir.

Il reste donc l’Iran, le seul vrai problème, même si une guerre civile chez son voisin en resterait un autre.

Il serait étonnant, qu’enfin débarrassé de Rumsfeld, G.W.Bush ne songe pas à rouvrir des négociations directes avec l’Iran. Et chacun de ces deux grands pays y trouverait certainement son propre intérêt, notamment en écartant - du moins peut-on l’espérer - l’inévitable armement nucléaire iranien. Avec, à la clef, un probable “coup de main” iranien qui suivrait pour mettre fin à l’actuelle anarchie irakienne. Car l’Iran en a les moyens. Plus que les USA, car totalement différents.

C’est, à mon sens (sauf erreur de ma part), vers cette voie que vont s’orienter les USA sous l’influence désormais démocrate et des nombreux membres les plus modérés de ce parti, réduits jusqu’ici au silence par Mr Rumsfeld.

La défaite des néo-conservateurs, c’est-à-dire ceux qui ont mis en place la politique suivie depuis 6 ans par le couple Bush-Rumsfeld, est bien véritable : la plupart de ses responsables ont été éliminés par les électeurs, malgré l’extraordinaire pénétration qu’ils avaient dans l’opinion américaine. Mais c’était des gens qui n’avaient aucune analyse ni davantage de vision globale de la situation. Et les électeurs ont fini par s’en apercevoir et les ont écartés.

Si donc la nouvelle politique américaine est bien en place, c’est dans son exécution que se pose désormais son problème. C’est un peu semblable à l’affaire somalienne et des réactions, notamment des “humanitaires”, sur l’intervention américaine dans ce pays. Sur le plan de la puissance et la technologie militaires, les USA sont bien toujours la première puissance au monde. Mais, que ce soit en Somalie ou en Irak, ils sont "nuls" et, à chaque fois, ils se “plantent” : ils ne cessent de faire le contraire de ce qui devrait être fait. Ils sont “à côté de la plaque” quant aux méthodes à mettre en œuvre pour en venir à bout. Leur puissance militaire devient une véritable cause d’impuissance sur le terrain.

Il y a donc contradiction entre l’idée directrice de ces interventions et leur exécution. Et si les démocrates ne veulent pas être défaits dans deux ans parce qu’ils ont pris aujourd’hui, en apparence, une part du pouvoir, ils ont tout intérêt à faire changer les stratégies mises actuellement en place.

G.W.Bush ne demandera pas mieux de leur “céder la patate chaude”. Belle épreuve de force entre les deux camps politiques américains opposés, même si, dans les faits, c’est bien toujours G.W.Bush qui garde la maîtrise des forces armées et sans quelque contre-pouvoir que ce soit des démocrates.

C’est une situation qui n’est pas sans rappeler les cohabitations françaises avec un Président de gauche qui ne cédait en rien sur ses prérogatives et un gouvernement de droite qui “disait” mais ne pouvait pas agir. On sait pourquoi celui-ci était ensuite régulièrement battu aux élections qui suivaient. Mais la comparaison s’arrête là, les USA n’ayant, en matière de culture politique, rien de commun avec la mentalité française.

Tous les espoirs sont aujourd'hui permis. Une chance immense s’ouvre. Pourvu que nul ne la laisse passer.

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