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jeudi, 16 novembre 2006

À PROPOS DE LA DÉMAGOGIE

medium_images.17.jpgBILLET du 16 NOVEMBRE 2006

Un "candidat à la candidature" à la Présidence de la République a récemment fait une proposition tendant à instituer une "surveillance populaire" des élus. On l'a même entendu évoquer des "jurys populaires tirés au sort" !

Un beau tumulte s'est aussitôt emparé de tous les camps. Et ce candidat de rajouter, comme pour se justifier, que "les français ne voulaient plus simplement être convoqués une fois tous les 5 ans aux urnes" mais qu'ils "avaient en permanence leur mot à dire".

Si on s'en référe à cette seule dernière affirmation, ce n'était pas tout-à-fait du "populisme". Mais, quant au contexte et la méthode proposée....

Ce candidat est pourtant bien connu, pour qui observe ses déclarations successives, pour sa culture de l'ambiguïté. Mais là, il faut admettre qu'il a vraiment "fait très fort" : tous les médias ont aussitôt rebondi sur cette proposition, tous les discours s'en sont emparé ; c'était devenu soudain "le" débat politique par excellence.


Devant le tollé ainsi soulevé, ce candidat s'est ensuite empressé de remplacer le mot "jury" par une autre formule guère plus rassurante : "comité de surveillance populaire". Nous étions apparemment précipités en plein maoïsme, ou dans des méthodes à la Pol Pot, ou celles de Vichy, ou encore dans les excès les plus condamnables de la Révolution française.

Ce candidat voulait instituer, de fait dans son projet, une société fondée sur la défiance permanente des pouvoirs publics et de tous ceux qui en ont la responsabilité. C'était une dose d'inquisition transplantée comme en régime révolutionnaire.

Enfin , cerise sur la gâteau, voici que ce candidat proposait ensuite que les délibérations des Conseils des Ministres soient désormais publiques !

Même en 1789, on n'était jamais allé aussi loin ! Les citoyens y avaient bien parfois le droit de participer à la Convention, mais jamais aux Comités de Salut Public.

Face à telle proposition, il n'y avait plus de doute : nous étions, selon certains, en plein "populisme".

Alors, assez curieusement, qu'ils soient de droite ou de gauche, tous les autres candidats sont soudain "tombés dans le même panneau". Et tous de crier en chœur "au scandale !", d'affirmer leur attachement à la démocratie représentative, de clamer avec force leur contribution en faveur de la participation des citoyens dans l'élaboration des grands projets, etc....

Était-ce, de la part de ce candidat, une improvisation permanente ? Ou une straétgie bien élaborée pour faire tomber ses adversaires "dans le panneau" ?

Même sans réponse à cette question, il faut bien admettre que "çà a marché" ! Ce fut le triomphe de l'ambiguïté. Même Mr De Villepin s'est aussitôt fendu d'une proposition : "après tout, les Conseils des Ministres télévisés, pourquoi pas ?". Proposition aussitôt condamnée avec fermeté par l'actuel locataire de l'Élysée. (On reste pantois face à ce Premier Ministre, habituellement si vertueux, et qui perdait soudain toute raison, si ce n'est complètement la boussole !).

Outre cette anecdote, revenons cependant à la proposition initiale des "jurys populaires tirés au sort" destinés à évaluer en permanence l'action des élus.

On ne peut ignorer les sondages : ils laissent entendre que, pour une majorité de français, la préoccupation fondamentale des élus ne serait pas l'intérêt général mais de "rouler pour eux". C'est une vraie défiance à leur égard, même si on veut bien reconnaître qu'ils ne sont pas tous "pourris".

Cela pose pourtant un problême de fond : lorsqu'on critique la démocratie d'opinion - "tarte la crème" du républicanisme classique - on oublie trop souvent que la rue çà existe, le droit de grève aussi, tout comme aussi la presse. Et si cette démocratie d'opinion n'est pas la totalité de la démocratie, elle en fait cependant partie. On ne peut pas faire "comme si" l'opinion publique et le peuple n'existaient pas. On ne peut davantage dissoudre le peuple : il faut en tenir compte. Il est un élément fondamental de toute démocratie.

Mais...., il n'y a pas, pour autant, que la démocratie représentative. Ceci rejoint notre problême de fond : même si la proposition de ce candidat est un parfait gadget, c'est comme tel qu'il fallait le traiter ; et non pas en disant que c'est du "vox populisme", du Vichy ou du maoïsme : car personne n'y croit.

On pouvait répondre à la place : "c'est une très bonne proposition ; mais outre son côté gadget, il faut aller beaucoup plus loin". Et il fallait surtout traiter cela comme une chose toute simple et banale. Ce d'autant que cela existe dans nombre d'autres démocraties.

Ceci nous ramène aux principes de la démocratie directe des anciens, quand le peuple se réunissait sur l'agora pour faire et écrire la loi : il n'y avait alors ni représentants, ni députés, ni sénateurs. Et c'est l'évolution même de nos civilisations - où chacun avait aussi d'autres choses à faire que de s'occuper de légiférer - qui a conduit à nos démocraties représentatives. Puis, l'écriture de la Loi est devenue, par la complexité des choses, affaire de spécialistes et dont c'était devenu le "métier".

Il est donc vrai que cette démocratie représentative n'est pas toujours très satisfaisante ; même si la représentation élue a permis de nous débarrasser de la charge de la peine de penser et de nous préoccuper de chaque détail de l'organisation de notre société.

Il nous faudrait donc, peut-être, en revenir une démocratie plus participative ; mais dans un contexte où la défiance à l'égard des élites ne serait pas le principal conducteur.

La proposition de ce candidat, même dépourvue d'un grand intérêt et relevant plutôt du gadget, posait donc quand même un problème de fond.

Fallait-il pour autant que tout le "mundillo" politique, de droite comme de gauche (Premier Ministre inclus), "tombe ainsi dans le panneau ?" Ils se sont marqués eux-mêmes comme des représentants obtus de la démocratie représentative.

Il fallait donc rappeler simplement que la démocratie d'opinion a précédé la démocratie représentative : c'était à l'époque de Rousseau, de Malesherbes, en plein 18° siècle, le siècle des Lumières ! Sauf que cette démocratie-là était alors exercée par les élites, et non au suffrage universel. Celui-ci fut un progrès. Mais il a aussi conduit à une certaine distanciation entre le peuple et le pouvoir, distanciation imposée par le nombre.

Il est donc difficile, sinon impossible peut-être, de faire un partage absolu entre la démagogie - qui s'appuierait sur la démocratie d'opinion - et la "vraie" démocratie qui serait celle républicaine. On ne peut faire ce partage parce qu'entre la conquête du pouvoir (qui suppose qu'on soit à priori très populaire) et l'exercice de celui-ci (qui oblige souvent à devoir être très impopulaire), il y a souvent incompatibilité.

C'est bien là qu'est le problème.

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