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mardi, 24 octobre 2006

À PROPOS DE LA TORTURE

medium_torture.jpgBILLET du 24 OCTOBRE 2006

Une loi adoptée par le Congrès US, et ratifiée par G.W.Bush, vient de légaliser la torture aux USA.

De fait, le texte voté précise que la torture “est interdite”, mais il ajoute que le Président des USA a le “droit d’interpréter” comme il l’entend - et “en fonction des circonstances” - les Conventions de Genève.

Est-ce une nouvelle forme élaborée du cynisme en politique ?

Quoiqu’il en soit, cette Loi est une formidable régression. On est tenté de dire qu’une nouvelle fois Al Qaïda a gagné : si en effet l’Occident n’est pas capable de défendre ses propres valeurs, qu’est-ce qui le distingue alors de ses adversaires ?

Peut-on oublier que l’Occident a gagné la guerre contre le communisme conquérant (et ses ravages) sans qu’il ait été besoin de tirer un seul coup de feu ? Et ce uniquement parce que l’Occident s'est considéré aux yeux du monde entier comme économiquement plus efficace pour élever le niveau de vie de ses populations, et moralement meilleur par l’espace de liberté qu’il leur ouvrait.


Cette régression des USA est-elle la seule conséquence de ce que les mentalités sont en train d’y bouger ? Et que même G.W.Bush est contraint de reconnaître aujourd’hui que la guerre en Irak devient un nouveau Vietnam ?

3.000 morts US en Irak. Même ramenés à l’échelle des 300 millions d’américains, c’est peu. Mais c'est cependant énorme : car au-delà de ce chiffre lui-même - et c’est ce qui est le plus grave - c’est que ces 3.000 morts s’avèrent inutiles, pendant que la situation ne cesse de se dégrader. Et pas seulement en Irak : alors que les américains s’y engluent au point d’en devenir paralysés, d’autres dangers extrêmement graves se profilent, que ce soit en Corée du Nord ou, surtout, en Iran. La dissémination nucléaire ne cesse de s’étendre et devient plus menaçante que jamais pour le monde entier.

De ce point de vue, je nous trouve, en France, fort peu attentifs. Nos Ségolène, Laurent, Nicolas, Jacques ou autres Olivier me donnent parfois l’impression d’être très éloignés de ces problèmes qui concernent pourtant l’humanité entière (et nous avec !). Y compris ceux de notre environnement et l’avenir de notre planète, comme l’exposait brillamment, il y a peu, Al Gore, l’ex Vice-Président des USA (il se trouve quand même que des américains....).

Il est vrai que depuis 1945 et les bombes sur Hiroshima et Nagasaki qui ont mis fin à la seconde guerre mondiale, nous nous sommes habitués, en France et en Europe occidentale, à vivre dans une paix relative (si on exclut quelques guerres locales). Et nous avions, pour imposer cette paix, deux gendarmes : l’URSS et les USA dont l’équilibre des forces de terreur qu’ils détenaient ont puissamment contribué à maintenir la paix sur notre continent.

Depuis, l’un de ces deux gendarmes s’est écroulé : l’URSS, avec la disparition du lien du communisme et l’indépendance retrouvée de nombre d’États satellites qu’elle avait mis sous tutelle. Elle a perdu sa puissance.

Il nous restait donc, à défaut que l’Europe ne prenne le relais, qu’un seul gendarme : les USA. Qu’on les critique ou pas, c’était comme çà.

Aujourd'hui, avec la dissémination du terrorisme, y compris celui nucléaire, l’enlisement progressif des USA dans des bourbiers sans fin, non seulement ce gendarme n’est plus en mesure de l’être, mais les USA viennent de se discréditer : il n’y a donc plus du tout de gendarme dans le monde !

C’est une situation complètement nouvelle : on devrait y réfléchir d’urgence. Qui peut désormais assurer ce rôle dans le maintien de la paix mondiale ? L’ONU : avec quels moyens ? Les USA : sont-ils encore capables de se ressaisir et peut-on espérer qu’ils vont le faire à l’occasion des prochaines élections de mi-mandat ? L’Europe : va-t’elle enfin se réveiller ? Autant de questions qui demeurent sans réponses.

La situation, sans exagération aucune, est extrêmement grave. Que nous voilà loins de nos petits problèmes franco-français, du sort de nos 35 heures ou autres régimes de retraite !

L’Occident perd actuellement une guerre : celle de l’éthique. On l’avait déjà constaté par les scènes de torture US dans les geôles d’Irak, ou les conditions de détention hors toutes les règles de droit à Guantanamo. Le mal est fait et cela discrédite l’Occident tout entier.

Sur le plan moral, c’est insupportable. Peut-on prétexter que les irakiens, ou les iraniens, font usage courant de la torture - au mépris des droits de l’Homme les plus élémentaires - pour en faire autant. Même si les objectifs ne sont pas les mêmes, les méthodes, elles, le sont.

Outre les 3.000 soldats US morts en Irak, cette guerre c’est encore 5 à 600.000 morts dans la population civile : c’est effroyable. Je le disais déjà dans un précédent billet (à propos de la guerre au Liban) : quand on entreprend une guerre, ou on est sur de la gagner, ou on ne la fait pas. Et, aujourd’hui, perdre une guerre avec à la clef 600.000 morts civils “pour rien”, et pour aboutir enfin à une guerre civile qui ne fait que débuter, c’est l’erreur du siècle, la faute absolue. Une guerre civile, c’est pire qu’une dictature sanguinaire, fusse-t-elle celle de Saddam Hussein.

Peut-on aujourd’hui critiquer les USA de “faire le mal” dans la transparence plutôt que dans l’hypocrisie ? Il faut admettre que çà commence “à bien faire” : les USA, qui passaient jadis pour un parangon de la vertu et donnaient des leçons de morale au monde entier, ont commencé, sous le coup du 11 Septembre, à accepter et user de pratiques qu’ils reprochaient jusque là sévèrement, même à leurs propres alliés. À commencer par la France qui était accusée par eux d'avoir eu recours à la torture en Algérie (même s’il est vrai que la France a mis plus de trente ans pour le reconnaître et faisait même condamner ceux qui l’affirmaient pour l’avoir vue ou même pratiquée sur ordre de leur hiérarchie !).

Et voici qu’aujourd’hui, ce sont les USA qui adoptent des lois autorisant ces mêmes graves pratiques que la France a, depuis, récusées ! Il n’est plus un pays civilisé qui puisse aujourd’hui accepter de telles entorses aux droits et à la dignité d’êtres humains. Sauf les USA, version Bush Jr.

Espérons que ce n’est là qu’une parenthèse passagère que le bon sens du peuple américain refermera vite et fera oublier dès le départ de cette administration qui a perdu repères et boussoles.

Pour conclure, ce qui me choque le plus - et que je veux dénoncer ici - est l’apathie de la presse française qui fait preuve, devant des faits aussi graves, d’une totale indifférence.

Il est vrai qu’elle a aujourd’hui d’autres préoccupations beaucoup plus sérieuses : les déclarations débiles de certains prétendants à la magistrature suprême - quand il ne vont pas se faire adouber par le même G.W.Bush ! - ou la couleur de leurs maillots de bains.

Nous sommes toujours les mêmes gaulois, à la mode Astérix.

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