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lundi, 11 septembre 2006

À PROPOS DU CHIISME TRIOMPHANT

BILLET du 11 Septembre 2006medium_200306281.jpg

Quel bilan peut-on tirer de cette brève guerre du Liban ? Je crois qu’il ne faut pas hésiter à dire que c’est un véritable désastre. Cette guerre a été une gigantesque erreur. Pire : une gigantesque faute.

Au-delà de l’aspect moral (on a déplacé près d’un million de personnes, on a tué des milliers d’innocents, on a détruit un pays), quand on prend semblable décision, au moins doit-on remplir une condition : c’est celle de gagner. Or cette guerre a été perdue par Israël (et l’opinion publique israélienne ne s’y trompe pas). Pis : le Hezbollah en sort moralement renforcé.

Mais, ce qui est plus grave encore, la haine d’Israël dans le monde arabe - et au-delà du monde arabe - est plus grande que jamais. Jamais Israël ne pourra construire quoi que ce soit de durable sur cette haine qu’il inspire désormais dans cette vaste région du monde. Région qui, de plus, est celle qui détient les ressources énergétiques qui nous sont les plus vitales.

Aujourd’hui, la survie d’Israël est vraiment posée : un jour ou l’autre, une telle concentration de haines se trouvera - si elle ne les a déjà ! - les moyens de détruire Israël. Et ce n’est pas en menant des opérations comme celle du Liban qu’Israël a construit quelque chose de positif pour sa propre survie. Là est le premier désastre.

L’autre désastre est que l’Iran en ressort clairement renforcé : l’Iran est devenu la vraie clef du Moyen-Orient.

Cette opération guerrière est pire qu’une faute : c’est une erreur politique gravissime. Israël, en tombant stupidement dans le piège tendu par l’Iran, via le Hezbollah, a entrepris une guerre débile et a détruit une vieille nation, l’une des rares démocraties de la région.

On ne peut plus aujourd’hui considérer qu’Israël a encore le droit de mener des opérations de ce type sans consulter ni avoir l’accord de la communauté internationale. Parce que c’est finalement nous, pays européens - et la France en particulier - qui payons cette aventure : on va devoir dépenser des milliards d’€ pour reconstruire tout un pays qu’Israël n’aura mis que quelques semaines pour en détruire les infrastructures essentielles. Et ce pour rien ! Et même pour un résultat pire que négatif !

Parce que nous sommes tous dans le même bateau, Israël a perdu le droit - si tant est qu'il l'ait eu un jour - de conduire seul des affaires qui peuvent avoir des répercussions aussi graves pour tous, autant que pour lui-même.

Et, quand nous parlons d’Israël, il ne faut pas nous voiler la face : aux côtés d’Israël, il y a cette sorte de communauté délinquante qu’a constituée George W. Bush. Ses errements diplomatiques ne se comptent plus, ses mensonges pour justifier ses ruineuses expéditions (pas seulement en dollars mais aussi en vies humaines, et ce sans aucun fondement) paraissent désormais au grand jour. Et tout ceci pour aboutir à quoi ? À donner le pouvoir aux chiisme dans le monde musulman.

C’est ce qui s’est passé en Irak où le chiisme, toujours tenu en lisière par Saddam Hussein, est aujourd’hui vainqueur au prix de l’unité du pays et d’une épouvantable guerre civile.

C’est ce qui se passe aujourd’hui au Liban où Israël (on peut se poser la question aujourd’hui) a donné le pouvoir au Hezbollah : les chiites n’y étaient qu’une communauté méprisée, voire sous-estimée, dans le Liban traditionnel issu de l’accord inter-confessionnel de 1943, lequel prévoyait le partage du pouvoir entre les seuls chrétiens maronites et les seuls sunnites. À l’issue de cette guerre, le Hezbollah est considéré, tant par les chrétiens que par les sunnites, comme "LE" mouvement qui a "libéré" le Liban de l'occupation israélienne. Le Hezbollah chiite a maintenant pris un pouvoir sans précédent, même s’il n’est surtout que moral. Israël a commis là une bévue inouïe dont le seul résultat est de renforcer le poids de son adversaire.

Enfin, ce qui vient de se passer fait, désormais, de l’Iran le maître du Moyen-Orient tout entier.

À partir de là, nous avons maintenant trois problèmes distincts mais qui, ensemble, forment un seul problème de base : • celui très ancien du problème palestinien • celui plus récent du cas libanais avec son annexe syrienne • et le problème de l’Iran. Or, de ces trois problèmes, c’est bien le cas de l’Iran qui est le plus préoccupant de tous.

L’Iran est aujourd’hui "LA" grande puissance, à la fois du point de vue moral, du point de vue politique et du point de vue économique dans cette vaste région qui borde la Méditerranée. Notre Méditerranée.

La question qui se pose aujourd'hui est extrêmement grave : est-ce que l’Iran menace la paix du monde ?

Il peut y avoir deux réponses • OUI ! parce que l’Iran a désormais les moyens de défier toutes les grandes puissances • NON ! parce qu’il n’est pas sur que le but final de l’Iran soit de déclencher une guerre. Et, curieusement, parce qu’il n’est pas établi que la société iranienne épouse les velléités guerrières de leurs dirigeants politico-religieux, même si ceux-ci n'y renonceront pas. Le chiisme intégriste, qui a actuellement le pouvoir en Iran, est loin d’être représentatif de la société iranienne. Et comme ces dirigeants ne sont pas totalement fous, ils savent jusqu’où ne pas aller trop loin. C’est la seule note optimiste qui reste à l’Occident qui, années après années, a perdu dans cette région tous ses atouts.

Ce qui ne veut pas dire que l’Iran ne menace plus l’existence d’Israël. Le jour (qui se rapproche) où l’Iran maîtrisera un arsenal nucléaire, et si l’actuelle configuration politique iranienne ne change pas d’ici là (et c’est là qu’est une clef possible d’empêcher ce cataclysme annoncé), il ne fait pas de doute que ces fanatiques n’hésiteront pas à envoyer la bombe nucléaire sur Israël.

Face à cette menace, la seule stratégie possible est (ou était ?) de fractionner l’adversaire. Or Israël, par sa guerre insensée contre le Liban, l’a magnifiquement soudé. Tout comme il l'a fait pour le Hezbollah avec le peuple libanais.

C’est le même cas de l’intervention américaine en Irak : si les américains avaient réussi à laisser en Irak la démocratie à la place d’un régime totalitaire, on aurait pu applaudir. Mais ils n’ont réussi qu’à établir un foyer de terrorisme international.

Si, de son côté, Israël avait réussi à désarmer totalement le Hezbollah, même en déplorant d'inévitables dommages collatéraux, on aurait pu aussi "admettre" le fait. Or, les USA, comme Israël, n'ont essuyé que des échecs stratégiques retentissants.

Rendons, au passage, hommage à la politique française (à défaut de politique européenne) et à Mr Chirac. Politique de raison, même en dépit d’un petit cafouillage à propos de l’envoi de nos forces armées au Liban.

Pour conclure : pour sauvegarder la paix dans cette région essentielle du monde, nous ne pourrons échapper à un règlement d’ensemble.

Le Proche-Orient est une chose trop sérieuse pour en confier l’avenir aux américains et leurs alliés israéliens. Il est urgent que l’Europe, qui est en première ligne dans ce conflit, se saisisse de ces affaires. Même les conditions d’une paix entre Israël et les palestiniens doivent nous concerner au premier plan. La politique des “petits pas” issue des accords dOslo a atteint ses limites : il faut maintenant en changer.

Mais, pour cela, il faut que l’Europe existe. Enfin !

Commentaires

Cher ami
Il est délicat de commenter ouvertement un sujet si sensible.
Néanmoins permettez moi de vous corriger: le LIBAN ( plus exactement "le Mont Liban " n'a longtemps été qu'une province turque dirigée par des gouverneurs ottomans.
D'ailleurs les derniers gouverneurs ottomans du Mont Liban étaient Chrétiens.
Le Mont Liban a accédé au statut d'état qu'en 1920 sous l'intercession de la France et est devenu le Liban que nous connaissons.
Pour bien comprendre ce qui se passe ici, il faut se décharger de nos repères occidentaux qui faussent toutes nos analyses.
Au moyen orient, ce qui crée l'appartenance à une nation, ce n'est pas le territoire national mais l'appartenance à une comunauté linguistique, religieuse, culturelle et ethnique( comme dans l'antiquité ) .

Bien à vous

RÉPONSE de François VAN DE VILLE

Vous avez tout-à-fait raison. C'est bien pourquoi les communautés maronites chrétiennes et celles mulsumanes - qui ont toujours cohabité côte à côte sans jamais se confondre - n'avaient aucune raison de se retrouver ainsi aujourd'hui "soudées" de fait avec et derrière le Hezbollah chiite, autre communauté qui était au Liban précédemment tout-à-fait marginale. C'est Israël qui a fait le Hezbollah d'aujourd'hui et lui a donné le rôle qui est aujourd'hui le sien.

Écrit par : Michel | mardi, 12 septembre 2006

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