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mardi, 11 juillet 2006

À PROPOS DU SPORT ET L'OPINION

medium_Coupe.jpgÔ que la fête fut belle ! Non : que les fêtes furent belles, même si très successives ! La France vient de vivre des moments d’exception où, oubliant ses divergences et ses différences, qu’on soit indifférent ou non à la magie du sport, des masses entières furent unies dans un même enthousiasme et une même espérance. Même les pronostics, initialement fort défavorables n’ont pas arrêté la volonté de ces hommes de se transcender et de se surpasser. C’est un phénomène incompréhensible et difficile à imaginer hors du cadre sportif.

Jusqu’à cette déconcertante finale où tout fut entaché par un consternant acte de violence physique porté par celui qui passait pour être l’âme exemplaire de notre équipe. Réflexe de voyou de la part de celui qui passe pour n’en être pas un et ne l’est vraisemblablement pas. Et ce en réponse à une agression verbale provenant d’un adversaire bien connu de tous pour ses outrances en tout genre.

Peu importe ce qui s’est alors passé dans la tête de notre champion, peut-être surmené et au bout de sa fatigue : mais c’est précisément parce qu’il est un champion aux yeux de millions de supporters - et de jeunes en particulier - qu’il se devait d’être et de rester l’exemple des exemples. Il a failli. Il a succombé piteusement, à 34 ans, comme un simple gamin encore immature. Quels que soient les prétextes, justifiés ou non, c’est une faute impardonnable car elle est le pire exemple qu’on pouvait délivrer. Et quand on porte un nom aussi emblématique, quand reposent sur vous tant d’espoirs, quand on se fait payer des salaires en rapport - pas moins de 1,2 million d’€ par mois, soit 8 millions de F - on se doit de rester irréprochable. Il ne le fut pas. Il a défailli. C’est consternant !

Je ne m’attarderai donc pas sur ce qui ne fut qu’un aléa sportif.

J’observe pourtant, bien au-delà de ce malheureux épisode, qu’il est une spécificité particulière à la France : c’est celle de ne marcher, le plus souvent, qu’au moral.

Quand les choses vont mal, alors tout va mal. Et au moment où on aurait le plus besoin de tous pour redonner du “tonus” à notre équipe, c’est alors que tous deviennent défaitistes. (C’est un peu comme en politique !). Et ce jusqu’au moment où, comme une étincelle jaillie de nulle part, les choses vont soudain un peu mieux : alors, comme par miracle, l’optimisme resurgit et tout va bien.

Nous l’avons vu lors de cette compétition quand les premiers résultats ont été décevants. Quel déferlement de quolibets n’a-t’on pas lus ou entendus. Jusqu’au jour où, même face à un modeste adversaire, nous avons obtenu une première petite victoire : soudain, l’opinion a basculé et tout s’est emballé dans un délire contagieux.

Étonnante et déconcertante versatilité des opinions. Même les médias, oubliant ce qu’ils disaient quelques heures auparavant, nous ont alors sorti des manchettes dithyrambiques où les superlatifs se bousculaient. On a même lu que “si on ne soutenait pas nos joueurs, c’est qu’on n’était pas français” (!).

Désolé de contredire : on peut être français et s’intéresser à tout autre chose. Ce qui ne veut pas dire qu’on était indifférent à cet événement qui se déroulait un peu plus loin.

Moi-même, peu habitué à la fréquentation des stades, j’ai regardé ces compétitions avec un vrai plaisir. C’est un spectacle magnifique : il y a des talents incroyables, des rapports humains et du collectif. Un suspense à vous couper le souffle. C’est une vraie dramaturgie. Et on peut comprendre qu’on éprouve une grande sympathie envers ces acteurs qui vous éblouissent de leur talent et, cependant, semblent rester gens fort simples et modestes.

Mais tel ou tel joueur, aussi talentueux soit-il, n’est - comme le disait un commentateur que j’ai entendu par hasard - ni le Christ, ni Mozart, ni Pasteur ni même le Général De Gaulle. Il faut cesser de délirer. Et prétendre que toute la France doit être à l’unisson, c’est bien du pur délire.

Faut-il que nous soyons dans l’ère du vide et au plus profond d’un trou pour que notre dépression s’estompe sitôt venue la première victoire fut-elle modeste ?

C’est, à la fois, très rassurant mais aussi très inquiétant : rassurant parce qu’aucun thème moral, politique ou religieux ne mobilise autant sans être motivé par quelque fanatisme que ce soit. Mais c’est aussi inquiétant pour les mêmes raisons : parce qu’aucun thème moral, politique ou religieux ne parvient à mobiliser autant. C’est là le symptôme de l’ère du vide dans laquelle nous baignons.

Il y a - au sens pavlovien du terme - quelque chose de médiocre dans cette passion pour le sport. Non que le sport soit médiocre mais parce que, pour un grand nombre, le sport est la seule passion. C’est le seul moyen de les faire descendre dans la rue sans aucun mot d’ordre venu de qui que ce soit ni sans que ce soit tourné contre quiconque ou quelqu’autre idéologie. Oui, c’est à la fois rassurant et inquiétant.

Pourtant, ce n’est pas nouveau que des passions l’emportent sur d’autres intérêts. Ce qui se passe autour du sport est bien la négation de la thèse commune au marxisme et au libéralisme qui prétend que les hommes ne sont menés que par leurs seuls intérêts. Or, sauf dans les cas extrêmes, il faut constater que les gens choisissent plus souvent leurs passions que leurs intérêts. Et ce sont bien les passions qui unissent, plus qu’elles ne divisent. Et parce que le sport peut faire naître de telles passions, il faut donc le prendre dans le sens de sa symbolique.

Le sport a, par ailleurs, une magnifique dimension morale. C’est pourquoi on peut attendre de ceux qui en sont ses champions qu’ils soient irréprochables. Et plus grande peut être notre exigence à leur égard.

Le sport a aussi une dimension politique : il est clair qu’il réveille un patriotisme qu’on croyait souvent éteint depuis le désastreux Mai 68. Même s’il faut relativiser, quand, à chaque victoire de l’équipe de France, on voyait paraître sur certains balcons des drapeaux algériens, alors qu'ailleurs il y avait foisonnement de drapeaux tricolores : ici on saluait la victoire de la France ; là, celle des blacks-blancs-beurs.

Enfin, le sport a une dimension sociale : il sait aussi faire naître des communions spontanées dans chacune de nos rues ou de nos quartiers. C’est unique.

Et, contrairement à nos politiques, les joueurs ne courent pas pour obtenir les faveurs du peuple mais c’est le peuple qui court après ses joueurs pour faire corps avec eux.

Et quand on voit, hélas, des politiques essayer de se faufiler au milieu de ces joueurs pour récolter ici ou là quelques points dans les sondages, je trouve cela totalement minable.

Défaite ? Victoire ? Peu importe le résultat.

La vraie victoire, c’est celle de ce que le sport a pu transcender tout un peuple uni dans un même élan. Même si c’est au détriment d’autres enjeux.

Mais çà, c’est un autre sport.

Commentaires

Je suis en tous points d'accord avec vous  Je vous félicite de cette analyse réaliste, posée sans jugement ni passion qui reflète bien ce que j'en pense moi même ;
je n'y apporte qu'un petit bémol très personnel....Il n'y a que le foot qui suscite de tels élans, je me réjouirai qd le peuple descendra dans la rue pour acclamer d'une seule voix l'équipe de France d'escrime, de hand, de volley ou autre, un champion du monde handisport......................mais ça n'arrivera jamais car les enjeux financiers sont ridicules en dehors des sommes indécentes du foot...............
 
Bravo et merci pour cet article d'un excellent niveau.
Amicalement
 
Jacqueline Paulin

RÉPONSE de François VAN DE VILLE

Vous avez cent fois raison et je le déplore tout autant que vous. Mais je crois qu'il y a une loi mathématique qui s'impose : combien, dans nos rues, nos jardins, nos cités voyons-nous d'enfants qui, dès le plus jeune âge, ont déjà la "balle au pied" par rapport à ceux qui y pratiquent escrime, hand, volley, tennis, cyclisme ou natation ? Ces derniers sports nécessitent des équipements spécifiques dont n'a nul besoin celui qui tape simplement dans un ballon. Et ceci engendre cela.

C'est bien pourquoi le football a ce degrè de popularité inégalé par d'autres sports.

Très cordialement vôtre.

Écrit par : Jacqueline PAULIN | mercredi, 12 juillet 2006

Très intéressante analyse et... questions que devaient peut être se poser aussi les philosophes romains devant l'enthousiasme soulevé par les jeux !

Amicalement,

J.G.

Écrit par : N. et J. GIROUD | mercredi, 12 juillet 2006

Cher Ami

Lors de cette finale de la Coupe du Monde, la civilisation a fait un grand bon en arrière avec ce comportement sauvage de ZIDANE.

Il faut remonter aux temps anciens, quand les Duels étaient autorisés pour laver les offenses ou les insultes, pour justifier un tel comportement.

Dans une démocratie évoluée nul n'est autorisé à se faire justice soi même.

Zidane, simplement pour son talent de joueur de ballon, est devenu un exemple pour des millions de jeunes, particulièrement ceux de la communauté française ayant le plus de mal à s'intégrer.

Dès lors, chez les jeunes, régler ses comptes à "coup de boule" va devenir honorable puisque le grand frère Zidane l' a fait et a dit publiquement qu'il ne le regrettait pas .

Zidane est donc devenu un "contre-exemple" au regard de l'intégration républicaine.

Les torrents d'éloges dont il a été néanmoins aspergé par le pouvoir actuel et en particulier par le Président CHIRAC, sont particulièrement indécents.

JUVENAL dans ses Satyres, donnait comme conséquence de la décadence de ROME, cette passion exclusif des jeux du cirque ( le foot de l'époque ) et de la bouffe : " panem et circenses " = du pain et des jeux il n'y avait plus que cela qui passionnait les Romains.

Dans la France de 2006, pourquoi consacrer sa jeunesse à étudier et à se cultiver puisqu'il suffit de bien taper dans un ballon et de se faire respecter "à coup de boule" pour faire fortune et cotoyer les plus grands !

En 2005, le Français Yves CHAUVIN a eu le prix Nobel de Chimie : a-t-il été reçu en grande pompe à l'Elysée comme Zidane ?C'est à peine si le fait a été mentioné laconiquement par certains médias.

Bien sur, Yves CHAUVIN est bien au dessus de cela, et prise certainement plus la reconnaissance de ses pairs, que les accolades d'un CHIRAC en quête de meilleurs sondages.

Mais c'est un vieux Monsieur, reliquat d'un espèce de français en voie de disparition, de français pour qui la Culure et l'Education ( on disait l'Instruction ) comptait plus que le Ballon.

Avec cela la France ne se prépare pas des lendemains qui chantent.

Écrit par : Bellanger | jeudi, 13 juillet 2006

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