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samedi, 29 avril 2006

À PROPOS DE L'ÉCOLE MENACÉE

Voici quelques jours, non loin de Paris, un élève est délibérément entré dans une salle de classe pour y “tabasser” - sans justification réelle connue - une enseignante, accompagné, pour accomplir ce “fait d’armes”, d’un complice dont la mission était d’enregistrer cette agression - via son téléphone portable - et en faire ensuite la diffusion en réseau.

(Pas un élève présent dans la classe n’a porté secours à cette femme dont le reportage a fait entendre les cris ! Quels couards !).

On a appris, en cette circonstance, qu’outre l’étrange banalité de frapper désormais des enseignants, on a pris l’habitude de filmer ces actes “héroïques” pour les brandir ensuite comme un “haut fait” dont on pourra se glorifier à l’encan.

On découvre aussi par ailleurs cette récente épidémie qui se répand du “happy slapping” - joyeuses claques - qui consiste à gifler n’importe qui, rencontré au hasard, sous l’œil d’une mini-caméra pour en diffuser ensuite les édifiantes images. Idem aussi de filmer des viols collectifs de collégiennes !

On finit par attraper la “gueule de bois” de tant de déchaînements de violence qu’on banalise un peu trop facilement sans réagir vraiment comme il se devrait.
Je ne veux pas rebondir sur ce “fait divers” pour abonder sur un certain “sécuritarisme” qui tend à se développer ici et là ; mais pour tenter de réfléchir aux raisons et aux moyens d’éradiquer ce mal, hors ceux sécuritaires vers lesquels on se tourne souvent pour s’en protéger, sans les prévenir ni les guérir.

Pour en revenir à ce fait particulier, il faut souligner d’abord que c’est un acte délibéré, réfléchi, organisé et annoncé bien avant sa mise à éxécution. Il faut ensuite souligner qu’on s’en est pris à une femme. Ceci n’est pas nouveau : au fur et à mesure que les femmes se sont émancipées, elles sont devenues des cibles très prisées. Et le “droit” de battre les femmes en certains milieux fait aujourd’hui tâche d’huile dans les mentalités.

Ceci est insupportable et fait suite à cette sorte d’hypocrisie machiste qui prédominait il y a peu encore. Mais, dans le cas présent, c’est grave car on s’en prend ici à des enseignants : on agit dans l’école elle-même et devant de jeunes témoins qu’on édifie. Et ces faits ne cessent de croître.

Certains envisagent déjà la solution de “s’armer”, c’est--dire d’établir un “rapport de force”, d’organiser l’autodéfense. D’autres veulent avoir recours à la Loi qu’on renforcerait pour s’adapter à ces nouveaux développements. Enfin, d’autres encore veulent rétablir l’autorité :
• le “rapport de force” dans une école est tout-à-fait inconcevable : ce serait créer un cercle vicieux, ni vertueux ni exemplaire, ni davantage efficace. Et ce serait la négation même de toute pédagogie.
• la Loi ? La tradition de l’Université n’est pas de faire entrer la police et la Justice dans les établissements d’enseignement. Et ce précisément parce qu’il est estimé que le “savoir”, l’activité intellectuelle qu’on y développe, doivent échapper à cela. Et on en reviendrait vite à la case “rapport de force” évoquée plus haut.

Il reste donc l’autorité ; pas celle de la “chose jugée” mais celle de la “chose enseignée”.

Or c’est ce rapport-là que ces incidents sont en train de casser. On jette un mouchoir pudique sur ces faits : la droite parce qu’elle est actuellement aux responsabilités et la gauche parce que ça la gêne. Et on laisse faire sans bouger : cela nous conduit tout droit à une situation beaucoup plus grave et plus incontrôlable encore.

Il n’est pas exclu aujourd’hui de penser qu’au cours des débats qui précéderont l’élection présidentielle, le développement de telles agressions “physiques” et aveugles provoquera de nouveau un réflexe “sécuritaire”..., comme en 2002.

Il y a aussi un autre aspect tout autant préoccupant : c’est celui de la crise de recrutement des enseignants, conséquence normale de cette insécurité.

Chaque fois qu’un étudiant atteint un Bac+5 et le niveau de l’agrégation pour devenir professeur, il cherche aussitôt l’alternative d’échapper à sa désignation vers un établissement public dit “sensible” et se tourne plus volontiers vers l’enseignement privé. Et, dès aujourd’hui, dans certaines disciplines, on trouve des enseignants de niveau CAPES qui n’ont pas dépassé les 5 sur 20 à leurs examens. Il n’y a donc pas seulement dans certains cas une crise des vocations mais surtout une crise du niveau des enseignants.

Ce n’est pas jeter la pierre sur certains jeunes enseignants - au demeurant fort dévoués et dont on sait que certains finiront par se révéler fort performants - que de dénoncer une situation qu’ils connaissent bien. Et c’est ainsi que ce sont surtout de très jeunes enseignants que l’on trouve “confrontés” aux élèves des classes “sensibles”, les autres plus âgés ou plus expérimentés ayant fait valoir leurs droits d’être en poste sur des sites moins exposés aux dangers.

Le rapport “autorité-élèves” ne peut donc qu’en être dégradé.

Face à cette évolution, un nouveau débat risque donc de s’amorcer : • la droite va dire : “nous vivons désormais chez les sauvages” • la gauche va vouloir dénoncer avec force “l’illusion sécuritaire”.

Tant l’une que l’autre ont des attitudes hypocrites.

La question n’est plus de savoir quel degré de sévérité il faudrait pouvoir appliquer à ces nouveaux délinquants. (Dans le cas présent, l’agresseur avait d’abord été arrêté puis aussitôt relâché ; et il a fallu que la presse s’empare du fait pour qu’on l’arrête de nouveau ! La Justice, ici, n’a agi que.... sous la pression des journaux !).

Ce qui est en cause, c’est qu’il n’y a pas condamnation unanime de ces faits : il fut un temps - pas si lointain - où de tels faits auraient fait fondre sur ces délinquants l’opprobre générale. Or aujourd’hui, on trouve des “psy” fort savants qui tentent d’expliquer que ces voyous sont eux-mêmes des “victimes” de la société. On trouve aussi des parents qui deviennent les “avocats” de leur progéniture, même lorsque celle-ci se conduit en parfaits voyous ou délinquants (et peut-être aussi pour tenter de masquer leur propre déficience éducative). Et on trouve même des juges laxistes....

On assiste donc à la destruction de l’école. La société tout entière porte là une grave responsabilité : à force de passivité ou de volonté de rester sourde et aveugle devant de tels faits (c’est plus confortable !), c’est notre société qui est devenue malade. Et quand on entend des gens dire, à propos des professeurs qu’on envoie ainsi au “casse-pipe” : “ce sont les risques du métier (!)”, ce ne sont pas les risques du métier qui sont en cause mais la lente et sure destruction du métier lui-même.

Il faut savoir si on veut qu’il y ait encore, demain en France, une école de la République, celle où on pourra y enseigner les valeurs de Liberté, d’Égalité et de Fraternité.

Là est la question.

Commentaires

Quand un homme politique semble se préoccuper des français "d'en bas", il est aussitôt taxé de "populisme" et aussitôt ostracisé comme tel.

Quand un homme politique fait mine de se soucier de la sécurité des français "d'en bas" il est aussitôt taxé de "sécuritarisme " et aussitôt ostracisé en tant que tel.

Dans votre Billet vous reportez un fait extrêmement instructif, je vous cite :
" et, il a fallu que la Presse s'empare du fait pour qu'on l'arrête à nouveau "

EH oui, de nos jours la puissance des médias est extraordinaire : "en montrant des images de manifs et de casseurs lors de l'affaire du CPE, en interviewant à longueur de reportage les leaders étudiants les plus extrèmistes, la "Presse, tous médias confondus" a défait la Loi et gouverné le pays.

Certes, une presse Libre est indispensable en Démocratie.
Mais sommes nous en Démocratie ? et la Presse française est-elle libre ?

Que nous ne soyons pas en Démocratie, je le pense , à l'instar de l'excellent Jacques Marseille.

Que notre presse soit libre, j'en doute fort et suis même persuadé du contraire.

Les récents déboires de France Soir ont montré que les médias ont un furieux besoin d'argent pour vivre.

Cet argent leur vient principalement de la Publicté que les grands groupes agro-alimentaires et industriels français font passer dans leurs colonnes où sur leurs écrans.

Ces publicités sont vendues aux annonceurs d'autant plus cher que le tirage du journal ou que l'audimat de la chaine est plus élevé.

Pour avoir du tirage il faut viser sous la ceinture : le sexe
ou dans le sordide.

L'espèce humaine est ce qu'elle est : lorsque se produit un grave accident de circulation, les badeaux fontcercle pour se repaitre de la vue du sang , de la douleur et de la mort.

Aux belles histoires édifiantes, elle préfère la relation des faits divers sordides, des affaires louches, etc...Au lieu de débattre sur le chomage et l'insécurité, les médias préfèrenr se repaitre de l'affaire clear stream et de ses relents machiavéliques.

L'état est souvent partie prenante dans ces grands goupes industriels, et en tous cas, comme l'avait regretté en son tamps alain Madelin, tout ce petit monde, qu'il officie à Bercy, au Medef, ou à Matignon et même à l'Elysée, sortant des mêmes moules : ENA etc..., la classe dirigeante et patronale française souffre de consanguinité.

Par conséquent les titres ou les chaines qui veulent avoir à manger ont intéret à jouer la même partition que le système ( on l'a vu lors du referendum sur l'Europe .)

Pour avoir de l'audimat rien ne vaut la télé-réalité . Finalement les jeunes incriminés ne font rien d'autre que de la Télé réalité . Seulement, faute d'avoir les moyens de se payer LOANA pour filmer ses galipettes, ils filment les tournantes de Cités.

La sensibilité à la souffrance d'autrui est ce qui manque le plus à ces jeunes. Mais cette compassion à la souffrance, ou, à l'inverse cette insensibilité à la souffrance, s'apprennent très jeune. Comment voulez-vous que des jeunes habitués au spectacle horrible de l'égorgement des animaux, n'arrivent pas à l'adolescence complètement endurcis.

Tout est dans l'éducation, mais dés que l'on essaie d'en parler librement, le mur du politiquement correcte s'élève

Écrit par : Bellanger | dimanche, 30 avril 2006

Bonne analyse que je partage.

Les professeurs sont ils vraiment conscients de cette réalité?

On observe qu' une espèce " d'omerta" pèse très lourd sur le corps enseignant : lorsqu'un professeur rencontre des problèmes de discipline, il n' y a aucune solidarité de la part de ses collègues et une négation de la part de la hiérarchie. Les syndicats ne bougent pas, prisonniers de leur idéologie : un socialisme mal interprété, d'après moi, qui confond égalité républicaine et égalitarisme et qui assimile toute autorité à un comportement de droite donc condamnable.

Serait ce que les soixantehuitards ont pris le pouvoir non seulement dans l' Education Nationale mais aussi dans la Justice?

JAURES doit se retourner dans sa tombe quand il voit ce que ceux là même qui se disent ses héritiers ont fait de lEducation Nationale!

L'école peut elle continuer à être un ascenceur social pour les enfants défavorisés si leurs professeurs ne peuvent plus s' occuper d 'eux (dans certains lycées ou collèges de banlieue, faire cours aux bons élèves c' est être assuré d'avoir le désordre dans la classe)?

Cet aveuglement risque de nous mener à un remake cauchemardesque du premier tour de la présidentielle.

Il faut que les responsables politiques aient le courage (il en faut énormément car les médias et "la gauche" entretiennent un climat inquisitorial) de dire les choses tel qu' elles sont:
- Il faut de l'autorité à l'école et hors de lécole : c'est aussi ça la république.
- Il faut absolument trouver une solution économique et réaliste pour certains enfants "désiocialisés" qui, non seulement, ne peuvent pas faire d'études, mais empêchent les autres d'en faire.
- Tout le monde ne peut pas avoir le bac (même dévalorisé avec les bac pro.) et aller à l'Université (surpeuplée de ce fait) faire des études qui n'ouvrent aucune perspective d'emploi.
- Etc...

Le président de l' UMP a le courage de dire certaines choses notamment sur l 'immigration. Dommage que ce soit le fait d'un ultra-libéral adepte du système américain.

Plus que jamais il y a une place pour une politique équilibrée hors de la démagogie et de l' utopie.

Merci de me dire ce que vous en pensez.

Écrit par : J.G. | dimanche, 30 avril 2006

J'ai un article dans mon blog sur ces violences
(happy slapping)

Encouragements

Écrit par : tontmac 23 | mercredi, 24 mai 2006

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