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mardi, 18 avril 2006

À PROPOS DE DÉGÂTS...

Après 3 mois de crise suivie de l’enterrement du CPE, quand on pose aujourd’hui la question : “la droite peut-elle se remettre de ce désastre politique ?”, la réponse la plus fréquente est “non !”.

Ô, rien n’est tout-à-fait rendu impossible ; mais tout s’est terriblement compliqué. L’idée même de “rupture” d’avec le radical-socialisme de Chirac - rupture préconisée par certains dans une stratégie de conquête du pouvoir - cette idée-là a déjà pris un sacré “coup de vieux”.

Cette stratégie n’était pourtant pas totalement incohérente : elle aboutissait à un possible autre exercice du pouvoir tout en introduisant une certaine dose de libéralisme pour mieux nous adapter à la compétition mondiale à laquelle nos partenaires comme nous-mêmes sommes tous confrontés. Or la crise que nous venons de traverser révèle que les français sont viscéralement allergiques à toute réforme contenant la moindre dose de libéralisme : ils veulent bien des réformes, mais surtout pas de celles-là.

En plus, la France semble être frappée aujourd’hui par une sorte d’anarchie : anarchie car il n’y a plus de Loi, ni pour l’opposition qui a mené campagne contr’elle dans la rue, ni pour Mr Chirac qui promulgue une Loi et dit aussitôt qu’il ne faut pas qu’elle soit appliquée, ni pour le gouvernement qui est dépossédé de l’initiative des Lois, ni pour l’Assemblée Nationale qui est désavouée tant par sa majorité que par son opposition. En plus, cette anarchie-là n’apporte aucune réponse aux problèmes de notre temps : elle n’est, en fait, qu’une anarchie “petite bourgeoise” conduisant au conservatisme le plus stérile.

Si donc il n’y a plus de Loi qu’on puisse faire respecter, comment peut-on réformer quoique ce soit ? Il y a incompatibilité. La situation française est devenue ubuesque.

On peut évoquer les erreurs de Mr De Villepin - et il en a faites d’énormes en matière de stratégie du pouvoir - mais il ne faut pas que cela cache cette allergie fondamentale qui a été la vraie cause de la crise.

Pour le futur gouvernement issu des urnes de 2007, qu’il soit de gauche ou de droite, c’est et ce sera le plus gros problème qui se posera à lui. Et nos partenaires économiques qui nous observent d’un œil critique ou amusé, outre qu’ils ne comprennent rien à ces combats d’arrière-garde, ils se moquent totalement de ces utopistes en herbe qui agitent actuellement nos universités, désordonnent nos rues et ignorent tout des réalités et exigences de l’économie mondiale.

Si on observe par ailleurs ce qui se passe encore aujourd’hui, on entend les jeunes dire “on n’est pas des militants anti-CPE mais des militants anti-mondialisation ou anticapitalistes”. Restons honnêtes : quand on a fait deux mois de grève et qu’on s’est quand même bien amusé, ça crée des liens. C’est un apprentissage politique - voire aussi parfois de la vie amoureuse - et la perpective de retourner en cours ou passer des examens n’est pas spécialement réjouissante. Pourquoi donc s’arrêter si vite ?

Mais il faut dire que lorsqu’on présente aujourd’hui l’abandon du CPE comme une victoire des jeunes, ON MENT outrageusement : c’est en vérité leur plus grand échec. On présente comme un remède ces nouveaux emplois aidés alors qu’ils sont la cause même du mal dont nous souffrons. Cette “victoire” n’est qu’un retour au “statu quo ante”. C’est le triomphe du conservatisme, celui-là même qui nous a conduits là où nous sommes aujourd’hui.

Le CPE n’a donc été qu’un prétexte. Les étudiants qui ont voulu manifester (certains et pas tous de très loin s’en faut !) l’ont fait pour manifester leur inquiétude par rapport à une possible précarité même si celle-ci n’avait rien de systématique, surtout pour les futurs diplômés. Mais il faut remarquer que les principaux bénéficiaires potentiels du CPE - c’est-à-dire les chômeurs, ceux qui vivent déjà la précarité au quotidien - eux n’ont pas manifesté. Pour les étudiants, ce n’était qu’une hypothèse potentielle ; pour les chômeurs, le CPE était un espoir. La distinction est de taille. Le réflexe n’a pas été le même ici et là.

L’un des côtés positifs que l’on peut pourtant tirer de cette crise a été le débat qui s’est ouvert sur la flexibilité, ce qui n'avait jamais été fait jusqu’ici. Il faut que ce débat soit poursuivi

Autre côté positif est aussi celui de l’urgente nécessité qui s’est fait jour de la constitution d’un corps intermédiaire entre le pouvoir d’en-haut et le citoyen. Ce corps aurait du être celui des syndicats qui ont retrouvé pour quelques jours une unité inespérée. Mais comment pouvaient-ils être ce corps quand 7 syndicats se partagent moins de 10% des salariés affiliés.
Nos syndicats ne représentent rien, ou presque. C’est une des graves lacunes de notre démocratie. Et cette absence de corps intermédiaire nous a valu le relais des braillards qui, eux, ne représentaient qu’eux-mêmes. Et c’est cette cohorte débraillée qui, à force de vociférations, a fait fléchir l’État et sa Loi. Pitoyable !

Pourtant la grande majorité des 60 millions de français ne se sentent représentés ni par ces braillards ou autres rêveurs qui veulent refaire le monde à leur façon, ni par les Thibault ou autre Chéréque qui ne savent que se réfugier dans leur immobilisme stérile, ni par un Chirac qui est un formidable candidat quand il est en campagne électorale mais qui oublie aussitôt ses promesses une fois élu. Son programme électoral n’était-il pas de “réduire la fracture sociale” ? Jamais, après 12 ans d’exercice, elle n’a été aussi béante. Jamais la France n’a été si mal. En plus, elle vit maintenant une crise de légitimité sans précédent. Dans quel désastre avons-nous été conduits ?

Et celui-là même dont la fonction était de préserver cette légitimité est celui qui a bafoué la Loi et ses règles constitutionnelles. Son dernier mauvais coup porté à nos institutions a été le coup de grâce de la Vème République, celle-là même initiée par le Général De Gaulle et qui n’était pourtant pas totalement dépourvue de qualités.

Quand, à la tête de l’État, il est devenu possible de bafouer ainsi nos institutions, ce n’est pas seulement la tête qu’il faut changer : ce sont les institutions elles-mêmes qu’il faut mettre à l’abri de telles mauvaises actions contre la démocratie.

Je ne suis personnellement pas un partisan des Constitutions et des Républiques dont on collectionnerait les numéros les uns derrière les autres. Je reste admiratif de ces grandes démocraties qui n’en ont pas changé un mot depuis des siècles. Mais, après l’usage qui en a été fait en France, je n’hésite plus à dire que la Vème République a désormais vécu : elle est agonisante sous les coups qu’on lui a portés. Nous sommes contraints d’en fonder une autre.

C’est un autre défi pour la France si elle veut relever les ruines dont on l’a couverte. Tout est à rebâtir, pour faire renaître une autre espérance.

Mais avec d’autres responsables que ceux qui nous ont menés là où nous sommes aujourd’hui.

Commentaires

Monsieur,
Je viens de lire avec beaucoup d'intérêt votre billet "à propos de dégâts" et je ne peux, hélas, qu'être d'accord avec vous.
Je voudrais, si vous le permettez changer de sujet, encore que.....
Je suis absolument outré par le chantage qu'a exercé le député Lassalle à l'égard de la société japonaise Toyal, qui a conduit celle-ci à céder. M. Lassalle ne s'est, à aucun moment, semble-t-il, posé la question de savoir quel dommage il faisait à l'image de la France dans le monde. Un tel "égoïsme géographique" est stupéfiant.
Je passe sur le fait que le contribuable français compensera à Toyal les coûts supplémentaires résultant de sa non "délocalisation".
J'aimerais connaître votre position sur cette affaire. Puis-je vous suggérer d'en faire un "billet"?
Cordialement.
Un lecteur de longue date,
Pierre Couroucé.

RÉPONSE de François VAN DE VILLE :

Je vous ai répondu sur cette "affaire LASSALLE" plus longuement par courriel séparé.
Mais puisque vous m'interpelez sur ce site "hyper-public" et en commentaire d'un "billet" qui n'a aucun rapport avec le sujet, je reprends pourtant ici une partie de la réponse que je vous ai adressée :
"Le "coup de force" d'une grève de la faim du député LASSALLE n'était pas tourné contre le groupe japonais - contrairement à ce qu'on a laissé supposer - mais contre l'incurie des pouvoirs publics français qui n'ont pas permis de créer les conditions initialement prévues pour assurer la pérennité du site d'Accous. On peut comprendre que les japonais soient furieux, et à plusieurs titres : • promesses initiales non tenues et le sentiment d'être tombés dans un guet-apens • investissements entrepris sur Lacq aujourd'hui contrariés par ce coup de force pour amener les pouvoirs publics à enfin prendre en considération cette situation désespérée et forcer Toyal à renoncer à Lacq en amenant enfin sur Accous les équipements promis et attendus depuis des lustres • image dégradée de la politique industrielle et sociale de Toyal vis-à-vis de l'opinion publique • etc.... Où sont les vrais fautifs dans cette affaire ? Je refuse, quant à moi, qu'on accable ce député UDF qu'on caricature un peu trop aujourd'hui pour masquer des incuries publiques criantes, même si on peut toujours épiloguer sur la méthode choisie."

Écrit par : Couroucé | mardi, 18 avril 2006

Cher monsieur,
Je vous remercie très vivement des précisions que vous m'apportez concernant l'action de M. Lassalle.
En fait, si je comprends bien, c'est l'Etat français, lui-même, qui est responsable de la décision de "délocalisation" de Toyal.
Alors l'action de M. Lassalle aurait du être présentée comme une action contre les pouvoirs publics qui, une fois de plus, n'ont pas tenu leurs engagements.
Sur la foi de ce qu'ont rapporté les médias, j'ai écrit à M. Lassalle pour protester contre ce qui était présenté comme un chantage vis à vis d'une entreprise étrangère et j'ai même écrit à l'ambassadeur du Japon en France pour lui dire que je désaprouvais l'action de M. Lassalle.
Pourquoi les faits que vous rapportez n'ont-ils pas été clairement expliqués? Pourquoi M. Lassalle ou M. Bayrou ne l'ont-ils pas fait?
Une fois de plus les Français ont été désinformés, pour ne pas dire trompés, par les intéressés, d'abord, par les médias ensuite. On a préféré jouer sur la fibre xénophobe des Français plutôt que de dénoncer les carences de leur gouvernants.
Je pense que vous serez d'accord avec moi pour dire que c'est lamentable.
Pourquoi ne rétabliriez-vous pas la vérité en publiant un article dans la presse (pour qu'il ait la plus grande diffusion possible)?
Pardonnez-moi la vivacité de mes propos mais je suis scandalisé par les dysfonctionnements de la société française et "l'affaire" Lassalle en est
un, un de plus.
Bien cordialement.

Écrit par : Couroucé | mercredi, 19 avril 2006

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