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dimanche, 12 mars 2006

À PROPOS DU CPE

Dès lors qu’en France on veut bousculer les rigidités qui bloquent les mécanismes de notre Société, force est de constater qu’il n’est pas facile d’être un responsable politique. (On peut parfois se demander si, pour durer, il n’est pas préférable pour le politique de ne plus rien entreprendre)

Le jour même où l’Assemblée Nationale adoptait la Loi “pour l’égalité des chances” - incluant à la fois de très bonnes dispositions mais aussi le très controversé CPE - on a aussitôt entendu s’élever des voix issues de la majorité - De Charette, Devedjan et autres sarkozystes - pour demander qu’on gèle cette Loi adoptée quelques heures auparavant.

Le CPE est ainsi parvenu à fissurer la famille UMP, l’UDF ayant, elle, résolument voté contre parce qu’on ne lui en laissait pas le choix.

C’est une première dans cette législature.

Voici donc le Premier Ministre, dont on vantait tant les mérites il y a un mois encore, placé aujourd'hui dans la spirale du recul. Sera-t’il entraîné ensuite au renoncement ? Seul l’avenir nous le dira.

Mr De Villepin est en première ligne car il a voulu porter seul ce projet d’un bout à l’autre : certains ministres, dont Mr Borloo, l’avaient pourtant mis en garde, et même le Medef !. Il n’y avait pas que la gauche pour être critique !

Il arrive aujourd’hui à Mr De Villepin ce qu’on pourrait appeler le “syndrome Juppé” : il a voulu être tous les ministres à la fois. Ensuite, il n’a pas perçu la différence de perception possible entre le précédent contrat - le CNE qui a été un succès car il s’adressait aux petites entreprises et concernait toutes les tranches de populations sans cible spécifique - et le nouveau contrat (CPE) dont la seule cible était les jeunes.

La prudence la plus élémentaire, surtout quand on touche au droit du travail, aurait été qu’on procède autrement que par le biais d’un 49-3 sans aucune concertation préalable, sans débat et sans amendements possibles pour améliorer le projet initial. On a muselé le dialogue, tout comme le Parlement (c’est devenu une habitude !), sous le faux prétexte d’une urgence dont on peut se demander l’utilité quand on voit le désordre qu’elle a engendré.

On se souvient pourtant des précédents du même ordre qui, tous, ont tourné au désavantage des gouvernements en place.

Mr De Villepin a ainsi fourni à la gauche des conquêtes qu’elle n’espérait pas : syndicats, jeunes, étudiants. Il a même ressoudé les partis de gauche qui, jusque là, ne cessaient de s’entre-déchirer.

Un mot a surgi dans tout ce débat : le mot “précarité”. Mot désagréable à entendre tant il sous-tend de drames en puissance.

On se souvient qu’aux dernières législatives, la droite l’a emporté autour d’un autre mot : “sécurité” qui répondait à un besoin profond. On pourrait voir demain la gauche exploiter le mot “précarité” comme thème porteur de campagne. Danger !

On entend, ici et là, chez les jeunes réclamer la “garantie” de l’emploi avec, à la clef, la généralisation du CDI. C’est là une profonde méconnaissance de l’état actuel du monde et de l’économie.

La précarité de l’emploi n’est pas le propre des jeunes : elle concerne tous ceux qui ont un emploi, y compris les employeurs eux-mêmes.

Nous vivons dans un monde en pleine révolution technologique et où l’émergence de nouvelles zones de croissance bouscule les situations acquises, même celles qu’on croyait les mieux établies. Nous sommes dans un monde de remise en question permanente de la vie même des entreprises. La mondialisation est bien là, avec ses chances et ses douleurs. On peut, comme Don Quichotte, la combattre. Tout comme “on peut aussi en tirer le meilleur, notamment en libérant les initiatives”. (Michel Kempinski).

Le CDI, qui se veut garantir l’emploi de façon illimitée, devient de plus en plus un vestige du passé : sont en effet de plus en plus rares les entreprises qui peuvent savoir si le marché qui porte aujourd’hui leur activité leur donnera encore droit de vie dans 2, 3 ou 5 ans. Il est d’ailleurs significatif que la Cour de Cassation, dans un arrêt du 11 Janvier 2006, donne désormais aux entreprises le droit de licencier pour “motifs économiques” avant même qu’une crise ne vienne les frapper.

Il ne restera bientôt plus que le statut hyper-privilégié de la fonction publique - ou presque - pour “garantir” l’emploi comme certains le conçoivent encore aujourd’hui.

Au travers du débat qui agite les uns et les autres, nous constatons de plus en plus l’inadéquation de notre système scolaire avec la vie réelle, celle qui attend les élèves à la fin de leurs études.

Il est devenu urgent d’expliquer aux jeunes, dès leur scolarité, la fonction et le fonctionnement des entreprises sur un marché de plus en plus instable. Et de renvoyer à leurs fantasmes ceux qui voudraient isoler l’école du monde réel de l’entreprise, de sa fragilité et de ses exigences face à l’émergence de nouveaux concurrents.

Sur le fond, il fallait donc bien dépoussiérer l’actuel Code du Travail qui est devenu une totale absurdité face aux réalités. Mais, pour cela, fallait-il ajouter d’autres nouveaux contrats se superposant les uns aux autres pour faire de notre droit social un écheveau quasi inextricable ? Tout ce qui a été entrepris depuis 20 ans en matière d’aménagements de ce droit, que ce soit tant par la gauche que par la droite, n’a pas permis pour autant d’alléger le chômage des moins de 26 ans.

La vraie réponse est bien dans le fruit du travail, de l’énergie créatrice et audacieuse, pas dans les blocages réglementaires, et encore moins dans les subventions, assistances ou autres allocations pour soutenir artificiellement la consommation : archaïques méthodes d’une gauche toujours aussi aride d’imagination. C’est là, et pas dans les réglementations, que réside la clef de la croissance.

La réponse à ce problème ne peut donc résider dans la destruction de la valeur du travail, dans ces discours dominés par le “partage du travail”, la “réduction du temps du travail” : on mesure aujourd’hui le désastre des 35 heures en matière de perte de compétitivité, d’emplois induits et autres délocalisations. Et aussi en matière d’aggravation suicidaire de notre endettement.

On a aussi, dans notre système scolaire, et fort imprudemment, fait disparaître tout ce qui pouvait stimuler l’envie de travailler et de réussir. Et on a encore incrusté dans les mentalités “pourquoi travailler quand on peut gagner autant par des allocations ?” (les plus diverses).

Nous avons aujourd’hui de plus en plus besoin d’une société où l’on remet en valeur la notion de conquête de marchés, celle du travail et de responsabilité citoyenne. C’est une urgente nécessité, une “ardente obligation”.

La garantie de l’emploi par la voie de réglementations rigides est aujourd’hui stérile et vidée de sens.

Revenons vite aux réalités du monde où nous vivons, même si elles sont inconfortables et sont un combat permanent.

L’emploi est une conquête : pas un droit.

Commentaires

DEPUIS 40 ANS, l'art de gouverner en France, se résume à passer en marche arrière, surtout pour les gouvernants de la Droite la plus bète du monde, celle qui a peur de son
ombre.
Comme l'avait joliment dit DE VILLIERS avec son sens de la formule : BALLADUR fait du sur place et CHIRAC fait des embardées !
Bien sur, DE VILLEPIN aurait du d'emblée mettre la période d'essai de deux ans pour tous les salariés, pour toutes les tranches d'âge, et pour toutes les sociétés comme l'ont si bien fait LES ALLEMANDS de droite comme de gauche ! Mais il a préféré saucissoner : d'abord le CNE, après le CPE, etc...
DEVANT l'intransigeance de DE VILLEPIN, je m'interroge : notre premier ministre aurait il des gonades ?Ce serait une première en FRANCE pour un premier ministre ( du moins, depuis fort longtemps )!
CHIRAC, selon son accoutumée a déjà le pieds sur le tête de Jack LANG (" l'embrayage" comme plaisantait Thierry le LURON !), prêt a faire marche arrière.
Déjà les EUNUQUES DE DROITE ( excusez le pléonasme)sortent du rang , DE CHARETTE en tête, pour réclamer le retrait.
Si certains se posent encore la question d'un éventuel troisème mandat de CHIRAC, la crise du CPE va avoir valeur de test :

Si CHIRAC fait marche arrière et saborde le CPE, cela veut dire qu'il est tenté par un troisième mandat .
S'il laisse courrir DE VILLEPIN et que le CPE est maintenu et appliqué, cela voudra dire que CHIRAC ne compte pas se représenter.

Écrit par : Bellanger | dimanche, 12 mars 2006

Permettez-moi quelques commentaires sur votre billet :


« Le CDI, qui se veut garantir l’emploi de façon illimitée » :

Relisez le code du travail, vous y constaterez que le C.D.I ne garantit pas l'emploi. Le licenciement pour faute ou cause économique est toujours possible et comme vous le précisez fort justement la cour de cassation a même avalisé le licenciement « préventif ».
Pour ma part je suis un défenseur du C.D.I qui, à mes yeux devrait être le seul contrat possible, sauf cas exceptionnels (commandes exceptionnelles, cas de force majeure...). Pourquoi ? Parce qu'il repose sur la confiance. L'employeur fait confiance au salarié qui lui même pourra s'investir en ayant confiance en l'avenir. Ce n'est pas une assurance « tout risque » ni pour l'un ni pour l'autre. C'est montrer que l'on a envie de s'engager dans une relation de long terme. Notion qui a disparue de nos méthodes de gestion politiques et économiques. Ne demandez pas à un individu de vous donner sa confiance, sa motivation, son ardeur au travail si en face vous ne lui offrez pas vous même la vôtre. Sinon le contrat est vicié de sa conclusion et votre salarié vous « lachera » dés qu'il aura trouvé mieux. L'employeur vendeur de biens ou de services n'essaye t-il pas de gagner la confiance du consommateur ? Un individu est tout à la fois consommateur et salarié. Il est alors impossible de construire un argumentaire commercial sur la confiance et refuser cet argumentaire dans des relations de travail. L'humain doit constituer l'élément essentiel de toute relation et ne plus être la variable d'ajustement aux contraintes économiques et financières.



« l’inadéquation de notre système scolaire avec la vie réelle, celle qui attend les élèves à la fin de leurs études. »

Votre remarque montre que vous avez une vision utilitariste de l'école. L'école doit certes aider à trouver un emploi, mais là n'est pas tout son rôle. Elle doit former des citoyens capables de faire des choix de société par eux-mêmes et pour eux-mêmes. Tout ce que l'on apprend doit-il pouvoir se réinvestir (au sens financier) ? Je ne le crois pas, lorsqu'on apprend la musique, un sport, l'art...on peut aussi le faire pour le plaisir. Toutes vos activités ne sont-elles que lucratives ?

« C’est là, et pas dans les réglementations, que réside la clef de la croissance. »


Le droit du travail prend en considération la notion de groupe, celui des salariés, et constate que ces derniers possèdent des caractéristiques communes qui les affaiblissent face à la situation de l’employeur. En effet, avant l’instauration d’un droit du travail, les relations entre salariés et employeurs n’étaient régies que par le droit commun des contrats, c’est à dire le droit civil. Ce dernier qui tire en grande partie ses conceptions d’une réaction des révolutionnaires face à l’ancien régime (le premier code civil date de 1804 la révolution française de 1789). L’esprit était donc celui de la liberté dans son sens le plus noble. Ce qui signifie, en droit des contrats, la liberté de s’engager ou non et la liberté de négocier les clauses du contrat. Le concept est alors le suivant “ qui dit contractuel, dit juste ” selon la formule de Fouillé. Cette situation ne se retrouve pas dans les relations entre employeur et salarié. Qui peut choisir son lieu de travail ? Ses horaires ? Son salaire ? …D’où la célèbre phrase de Lacordaire : “ Entre le fort et le faible, c’est la liberté qui asservie et la loi qui libère ”. La règle de droit du travail souvent décriée comme trop contraignante est là pour protéger le plus faible. Ce n’est donc pas un hasard si depuis quelques années, le lobby patronal et néo-libéral souhaite revenir à une vision contractuelle de la relation de travail. Le contrat sous couvert de pseudo égalité et de pseudo liberté sert les intérêts des employeurs. Et ceci est aujourd’hui d’autant plus vrai que les salariés sont fragilisés par une situation économique dans laquelle le chômage est un phénomène structurel (qui découle de l’organisation de la société) et non plus conjoncturel (une mauvaise passe économique), des chômeurs en quantité c’est moins de revendications.

“pourquoi travailler quand on peut gagner autant par des allocations ?” (les plus diverses).

Là je vous rejoins. Pourquoi travailler quand on perçoit un héritage peu taxé qui nous permet de vivre de nos rentes ? Pourquoi travailler quand il suffit de laisser cette tâche aux autres et de toucher des dividendes ou des plus values à la reventes des ses actions ?
Pourquoi travailler quand un compte bancaire bien rempli me fourni d'intéressants intérêts ?
Souhaitez-vous la suppression des rentiers, bénéficiaires d'allocations en TOUT GENRE ?


« conquête de marchés, celle du travail et de responsabilité citoyenne. C’est une urgente nécessité, une “ardente obligation”. »:

Oui mille fois pour la responsabilité citoyenne. Le citoyen c'est celui qui prend part à la vie de la cité. Donc qui respecte les autres. Nous retrouvons là la notion de confiance et d'égalité des droits et des devoirs qui ne peut passer QUE par la loi.
J'en termine avec :

“ Discours aux morts de la cité ” : Périclès (-495/-429) Athènes

“ Notre constitution donne l’exemple à suivre. L’État, chez nous, est administré dans l’intérêt du plus grand nombre, et non d’une minorité. De ce fait, notre régime a pris le nom de démocratie. Pour les affaires privées, l’égalité est assurée à tous par des lois, surtout celles qui assurent la défense des faibles et attirent sur ceux qui les violent un mépris universel. Pour les affaires publiques, nul n’est gêné par sa pauvreté ou l’obscurité de sa condition, s’il est capable de rendre service à la cité… ”

Écrit par : éric | mercredi, 15 mars 2006

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