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dimanche, 05 mars 2006

À PROPOS DE L'AMOUR

Voilà un titre quelque peu accrocheur et qui risque de décontenancer certains quand ils sauront que je veux parler ici de la première encyclique de BenoÎt XVI “Deus Caritas est” (“Dieu est amour”) et dans laquelle celui-ci veut se réapproprier le mot “Amour”.

Je me souviens que, peu après le décès de Jean-Paul II et l’élection de Joseph Ratzinger, certains de mes proches me faisaient part de leur déception ; et moi de leur répondre (je ne sais sous l’effet de quelle intuition) : “Je pense que ce Pape-là risque fort de nous surprendre”.

Eh bien, à la lecture de cette encyclique, on n’est pas déçu.

Pourtant ce texte est passé presque totalement inaperçu dans la presse française (à part “Le Monde”) : on ne sait pas pourquoi.

Ou plutôt si : le Pape ne parle ici ni de la “capote”, ni de l’avortement, ni de l’homosexualité, etc... : il ne parle que d’amour. On aurait pu croire que cela aurait été remarqué car cela nous change du caractère souvent autoritaire, conservateur ou réactionnaire de ce genre de document. Or ce Pape nous parle de l’Amour de façon extrêmement positive et non plus en matière ou sous forme de nouveaux interdits. (Peut-être estime-t’il que dans ce domaine tout a déjà été dit ?). Est-ce donc parce que ce document n’a plus l’odeur du “scandale”, que cette encyclique manque de “peps”, que la presse s’en est tant désintéressé ? On pourrait le croire.

“Parlez-moi d’amour”..., si on osait se permettre. C’est une belle encyclique ; même si dire que “Dieu est Amour” est une banalité. On pourrait souhaiter, dans le monde actuel où nous vivons, que cela soit dit dans toutes les religions. Et de lire que “dans un monde on l’on associe parfois la vengeance au nom de Dieu, ou même le devoir de la haine ou de la violence....” voilà un message qui a une grande actualité.

Rappeler que les religions ne sont pas des instruments à dresser les individus les uns contre les autres : c’est peut-être encore une banalité, mais une banalité qui a une force extraordinaire dans le monde d’aujourd’hui où l’on voit ce déchaînement inouï de haines au nom de Dieu ou de la religion.

À la différence de tous ses prédécesseurs, ce Pape s’efforce - et non sans réussite - de réhabiliter l’amour humain - ”Éros” - avec l’Amour spirituel - “Agapê”.

Ce qui est convaincant et très fort dans cette encyclique, c’est qu’il explique pourquoi Dieu est Amour. Et de rappeler que le Dieu des chrétiens n’est pas une idée spirituelle, c’est une personne. L’Amour de Dieu est un amour personnel dans les deux sens : l’Amour de Dieu pour une personne et l’amour des personnes pour Dieu qui est lui-même une personne.

À partir de ce rappel, Benoît XVI affirme qu’il n’y a pas de contradiction entre amour humain et amour spirituel. Il fustige même tout amour humain qui serait sans amour spirituel, et l’amour spirituel sans amour humain. C’est quelque chose de profondément nouveau. Inimaginable il y a peu !

Cette encyclique commence d’ailleurs dans une atmosphère curieuse : il est expliqué que la religion chrétienne ne sait pas parler d’amour, qu’elle méprise la chair, qu’elle méprise “Éros”, l’amour charnel, l’amour physique.

Il expose aussi qu’il y a toujours eu dans la tradition de l’Église un rejet, voire un mépris, de la sexualité. (C’est le Pape qui le dit !) Et d’expliquer que la raison de ce rejet est fondée sur ce que l’amour des créatures pouvait détourner de l’amour du Créateur. Et de poursuivre que l’amour-passion était considéré comme un amour qui attacherait l’homme à des créatures mortelles, ce qui exposait ensuite chacun à beaucoup de souffrances.

Nous étions alors en pleine philosophie bouddhiste : ne pas s’attacher à quelqu’un et ne pas laisser quelqu’un s’attacher à soi. Et ce parce que nous sommes mortels et que c’était donc condamner l’autre à une cruelle déception.

Pour ces raisons, une tradition de l’Église s’est donc établie : il y a eu dépréciation de la sexualité et de l’amour physique. Et ce que veut démontrer Benoît XVI, c’est que cette tradition n’est pas la totalité du message chrétien : celui-ci dit en effet quelque chose de plus - ce que St Augustin appelle “l’amour en Dieu” - l’amour des humains à l’intérieur de cette espèce de colonne de spiritualité qu’est la croyance en Dieu et qui est spécifique de la religion chrétienne. Et de rappeler que la résurrection après la mort, comme la résurrection du Christ, elle se fera avec les corps, et pas seulement avec les âmes. Et on retrouvera alors les gens qu’on aime avec le visage qu’on a aimé. C’est ce qui différencie la religion chrétienne d’avec les autres religions, juive, musulmane, ou encore l’athéisme.

Et de démontrer ensuite comment la philosophie chrétienne de l’amour doit précisément réconcilier “Éros” avec “Agapê”. En rejetant la chair, on a oublié que celle-ci est le pivot du salut : les chrétiens croient en Dieu qui est le créateur de la chair ; ils croient au Verbe fait chair (le Christ) pour racheter la chair ; ils croient en la résurrection de cette chair qui est celle d’ici et de maintenant.

Le christianisme ne peut donc, selon le Pape, être le mépris de la chair, ni de la sexualité.

Benoît XVI émet, à l’intention de tous les humains - croyants ou non - une très belle philosophie de l’amour. Il se bat contre la longue division existante entre l’amour des hommes et l’amour de Dieu.

Comme l’affirmait Pascal, nous ne connaissons et nous n’aimons Dieu qu’à travers le Christ ; mais nous ne connaissons le Christ qu’à travers les hommes. C’est une sorte de filière de l’amour.

Par cette première encyclique, Benoît XVI prend tout le peuple chrétien à contre-pied. On attendait un Pape non seulement conservateur - comme l’était Jean-Paul II - mais aussi un Pape réactionnaire. Et voici qu’on trouve un Pape largement ouvert au monde d’aujourd’hui et qui s’efforce de revenir aux origines du christianisme. C’est en soi un événement de grande portée.

Ce qui est aussi nouveau dans ce document est que l’on y retrouve le souffle de St Augustin dans ses “Confessions”. Benoît XVI se montre plus “augustinien” que Jean-Paul II qui, lui, était davantage “thomiste”. Ce sont deux philosophies non antagonistes mais de sensibilités différentes, l’une s’apparentant plus à Aristote, l’autre à Platon.

Pour conclure, enfin, le Pape prend le contre-pied de la pensée dominante quand il définit les rapports entre la Justice et la Charité. C’est un puissant plaidoyer pour que l’État soit au service de la Justice - qui est la “mesure de toute politique” - la Charité n’étant pas une “sorte d’assistance sociale” mais le complément de la Justice.

Cette encyclique est, on le voit, un document majeur adressé à tous les humains, croyants ou non.

Ce Pape prend une surprenante dimension qu’on ne lui soupçonnait pas. Après la disparition de l’immense Jean-Paul II.

cf : Voir aussi le Billet du 28.04.2005 : "À propos de conservatisme et progressisme" Cliquez ici

Commentaires

je réagis à chaud sur ce Billet relatif à la dernière encyclique de Benoit XVI, n'ayant pas encore lu l'encyclique elle même ( néanmoins je garde mon "Gaffiot" sous le coude.)

En latin "Caritas" signifie : prix élevé (d'ou cher ), haute estime, et par suite tendresse, attachement, amour.
Si le rédacteur avait voulu mettre l'accent sur l'amour charnel, il eût employé "Amor" qui est plus concordant.

Si l'on pense que l'Amour humain ne doit pas être uniquement spirituel, mais aussi charnel, que penser de nos admirables soeurs religieuses qui sont les " épouses" de Jésus !

Ma Cousine dominicaine, soeur Claire-Marie, a écrit un remarquable recueil de Poêmes sur l'amour du Christ.

L' amour charnel est une donnée biologique qui dérive de la Libido . Ce qui ne signifie pas qu'il faille le réduire à une question hormonale, au contraire, il intègre une telle complexité qui a fait dire à Pascal : " le Coeur a ses raisons que la raison ne connait pas".

L'amour charnel est indispensable à la procréation et c'est grace à lui que l'espèce humaine ( partie de rien ) existe encore.

La satisfaction des pulsions biologiques : sexualité, gourmandise, agressivité, jalousie,...etc... rabaisse l'homme et ce n'est pas sans raison que Theillard de Chardin a pu écrire : " il faut suivre sa pente..., mais en remontant !)

Fascinés par le progrés des sciences physiques, les chercheurs en sciences morales pensent faire oeuvre d'innovation en faisant l'apologie de tout ce qui était auparavant interdit : il est interdit d'interdire disait-on en 1968. Alors, en avant pour l'homosexualité, etc...

Ces gens ignorent que les sociétés humaines sont plus anciennes qu'ils ne le croient. Des systèmes sociaux permissifs où toutes les débauches s'étalaient sans frein, ont déjà existé dans l'antiquité, ils ont tous inévitablement été balayés par l'histoire

Nos instances dirigeantes, partant du principe qu'il est plus facile de faire plaisir que de rendre service, semblent vouloir laisser la bride sur le cou à toutes ses tendance hédonistes débridées qui conduisent inévitablement à la ruine, tant matérielle que morale.

J'espère seulement que Benoit XVI ne tombe pas dans le panneau !

Écrit par : Bellanger | lundi, 06 mars 2006

Bonjour, Je viens de lire votre article. Je le trouve emprun de beaucoup d'Amour. Je ne partage pas vos idées, mais j'apprécie l'autre côté du miroir. C'est pour cela que je me suis permis de prendre votre article en contre poids à trois articles (triptique) que j'ai écris, intitulé : "Le ciel pour horizon" dont le 1er a paru le 24 décembre http://vanrinsg.hautetfort.com/archive/2005/09/01/le-ciel-pour-horizon.html et dont les suivants vont paraître bientôt (ils ont été postposé à la suite du problème des caricatures). Je suis heureux d'apprendre que les choses changent dans la vision de l'"autre bord". Bonne continuation.

Écrit par : L'enfoiré | mardi, 07 mars 2006

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