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mardi, 28 février 2006

KAFKA EST DE RETOUR

Votre bambin est intenable ? Il vole des cubes à ses petits copains de crèche ? Il tire les cheveux de sa voisine de maternelle ? Méfiez-vous, et courez chez le psy : votre enfant file un mauvais coton, il est même un délinquant potentiel et il faut le mettre d'urgence sous camisole chimique.

Exagèration ? Non. C'est à peu de choses près ce qu'a préconisé un rapport très officiel du très sérieux Institut national de la recherche médicale (Inserm), qui revendique un dépistage «prédictif» des troubles de conduite chez les enfants, dès leur plus jeune âge. “Traquez les indociles” recommandent ces experts, “surveillez les agressifs, ayez à l'oeil les manipulateurs en herbe, et traitez-les tant qu'il est temps”.

Selon ce rapport, en dépistant précocement les enfants qui présentent des troubles de conduite et en les traitant tôt, on aurait des chances de diminuer beaucoup le risque de délinquance à l'adolescence. Ces experts préconisent le «repérage des perturbations du comportement dès la crèche et l'école maternelle».

L'air de rien, les chercheurs stigmatisent comme pathologiques «des colères et des actes de désobéissance», et ils les présentent comme «prédictifs» d'une délinquance. «Des traits de caractères, tels que la froideur affective, la tendance à la manipulation, le cynisme, l'agressivité», mais aussi «l'indocilité, l'impulsivité, l'indice de moralité bas», sont ainsi mentionnés comme «associés à la précocité des agressions».

Ces experts soulignent que 2% environ des enfants de 5 à 19 ans souffriraient d'hyperactivité. Ils recommandent un examen de santé vers 36 mois : à cet âge-là, on peut faire un premier repérage d'un tempérament difficile, d'une hyperactivité et des premiers symptômes du trouble des conduites.

Faudra-t-il aller dénicher à la crèche les voleurs de cubes ou les babilleurs mythomanes ?

VERS UN CASIER MÉDICO-JUDICIAIRE DÈS 6 ANS ?

«Ce n'est pas quand un adolescent de 15 ans est devenu un délinquant multirécidiviste qu'il faut commencer à se préoccuper de son cas.». (Nicolas Sarkozy - Novembre 2005).

Le ministre de l'Intérieur n'hésite plus à citer les travaux de l'Inserm pour promouvoir un plan sur la prévention de la délinquance, évoquant par exemple un carnet de développement de l'enfant dès l’âge de 6 ans qu'il nomme «carnet de comportement». Un projet qui devrait être présenté courant mars en Conseil des ministres. Une sorte de “casier médico-judiciaire” avant la lettre, en quelque sorte.

On ne sait ce qui fait le plus froid dans le dos, du rapport orwellien de l'Inserm ou de son instrumentalisation politique à des fins sécuritaires. Santé publique ou danger public ?

De nombreuses personnalités élèvent leurs voix contre ce projet en affirmant que “personne au monde ne peut prédire qu'un enfant de 3 ans qui présente des troubles des conduites sera un délinquant douze ans plus tard”.

Kafka est de retour....

(Lu dans "Libération" le 28/2/2006)

23:20 Publié dans SOCIÉTÉ | Lien permanent | Commentaires (12)

dimanche, 26 février 2006

À PROPOS DES NOUVEAUX BARBARES

Ici, près de chez nous, un jeune homme a été torturé à mort et sans qu’on sache bien encore pourquoi. J’y reviendrai plus loin.

Là-bas, dans une île réputée paradisiaque, c’est un gendarme français, gravement accidenté, qu’on laisse agoniser sur une route sous les sarcasmes d’une foule haineuse qui refuse qu’on lui porte secours ; et qui salue ensuite sa mort par un victorieux : “on a eu” un blanc.

Des nouveaux barbares sont bien arrivés chez nous.

Face à tant de cruautés, quel aveu d’échec s’impose à nous ! Nous nous croyions jusqu’ici capables d’inculquer partout autour de nous nos propres valeurs. Quelle gifle !

Pour autant, sommes-nous en mesure de faire front à tant d’horreurs ? Et, pour ce faire, sommes-nous nous-mêmes encore suffisamment imprégnés de ces valeurs ? N’y avons-nous pas déjà renoncé, enfermés que nous sommes trop souvent dans nos confortables égoïsmes ? Ne contribuons-nous pas à fabriquer ces violences ?

Ce qui est devenu aujourd’hui une affaire d’État n’est pourtant que la partie visible d’innombrables autres violences dont les victimes sont, sans cesse et partout, plus nombreuses, que ce soit dans nos rues, nos cités, nos écoles, y compris dans les familles où femmes et enfants sont souvent l’objet de brimades et d’intolérables oppressions, parfois sous couvert de religions volontairement manipulées dans l’interprétation de leurs propres enseignements fondamentaux.

Dans le crime du jeune Ilan, même s’il ne faut pas surdéterminer les choses ni en rajouter, il y a 3 aspects distincts • celui d’abord du crime crapuleux • celui ensuite du rite de barbarie mûri dans des esprits primitifs • celui enfin du crime antisémite.

Détenir en effet un otage “juif” et le torturer pendant 3 semaines jusqu’à la mort ne peut que relever d’un antisémitisme affirmé ; beaucoup plus que d’un simple fait divers crapuleux pour soutirer de l’argent. Cette tentative d’extorsion était d’ailleurs tellement confuse qu’on peut se demander si elle n’était pas qu’un prétexte pour accorder plus de temps à la torture.

Par ailleurs, cette affaire a une conséquence diplomatique qui lui donne une dimension d’État : que ce soit aux USA ou en Israël, la France a du déployer des efforts inouïs pour se débarrasser de l’image d’une nation antisémite et ce pour remplir le rôle qui doit être le sien dans les conflits en cours. Aujourd’hui, après l’assassinat d’Ilan, notre image est de nouveau altérée. À qui cela profite-t’il ?

Je m’interroge pourtant sur le fait de savoir si le spectacle d’un Président de la République et de son Premier Ministre, se précipitant aussitôt sous le feu des médias dans une synagogue - entraînant inévitablement derrièr’eux tout ce qui véhicule une image en France - ne tend pas à accréditer l’idée d’une France plus antisémite qu’elle ne l’est réellement et produire l’effet inverse à celui souhaité. Ce geste spontané était certainement fort louable. Mais il faut souvent se méfier des spontanéités, même dans l’expression des sentiments les plus nobles : elles ne sont pas toujours sans effets négatifs. Et il ne faut pas davantage confondre la communication politique avec le problème de fond, assorti (?) de toujours possibles arrière-pensées “récupératrices”.

La France, on se doit de l’affirmer haut et fort, est sans conteste l’un des pays les moins antisémites du monde. Cela l’a conduite à abriter la communauté juive la plus importante après Israël et les USA. N’oublions pas non plus que, malgré les apparences, manipulations ou autres “repentances” actuellement en vogue, la population française est probablement celle qui, pendant l’occupation allemande et le régime de Vichy, a le plus protégé les juifs.

Donc l’image d’une France antisémite est parfaitement scandaleuse et ne peut que susciter notre indignation.
Même si, en contradiction - et pour des causes ponctuelles (dont le conflit israëlo-palestinien) - un certain antisémitisme s’est bien concentré dans des banlieues et des milieux immigrés. C’est-à-dire là où l’affrontement existe. Nourri, souvent aussi, par le terreau d’un “degré zéro” de la pensée.

On peut pourtant avoir ce niveau intellectuel-là et être antisémite : l’histoire de l’antisémitisme - et c’est vrai pour tous ceux qui s’y sont quelque peu intéressé - démontre qu’à l’extrême-droite celui-ci se voulait argumenté, voire idéologique (catholicisme réactionnaire, juifs = “déicides”, etc...). Ce n’était pas un antisémitisme raciste mais fondamentalement religieux. Cet antisémitisme-là est en voie de disparition. Il est devenu marginal.

Par contre, Karl Marx a inculqué au siècle dernier (cf “Question juive”) que : “le juif est apatride, et il est comme l’argent qui est lui-même apatride”. Cette théorie a nourri au sein du parti communiste un antisémitisme de gauche qui imprègne encore les couches les moins capables de discernement.

Mais une parenthèse s’impose : pourquoi encore aujourd’hui ce cliché du juif qui “a(urait) de l’argent” ?

On observe donc aujourd’hui qu’est né un nouvel antisémitisme : celui des banlieues. Il a une assise ethnique, même s’il faut surtout prendre garde de pas stigmatiser les communautés. Des petits “blacks”, des petits “beurs” s’identifient à des palestiniens et leur communauté en fait des sortes de “héros” dans leurs cités. Cet antisémitisme-là est profond, même s’il n’est ni idéologique ni intellectuel.

Pour cette raison, les actes antisémites se sont donc considérablement multipliés ces dernières années : ils ont nourri en partie la crise des banlieues de l’automne dernier. Et ailleurs aussi dans certains quartiers où juifs et arabes cohabitaient jusqu’ici pacifiquement, il y naît aujourd’hui des tensions nouvelles.

Il faut en prendre acte, ce qui ne veut pas dire rester indifférents : on se souvient qu’un antisémitisme similaire - qui se voulait “scientifique” (voire “moderne”) et supplantant par là l’ancien antisémitisme chrétien - a engendré jadis le nazisme. On sait la suite.

Notre société est chaque jour davantage sillonnée de plus de fractures, de plus de haines : ici l’antisémitisme, là le racisme “anti-blanc”. Ils relèvent tous deux de la même barbarie : et elle s’instaure partout insidieusement.

Notre société est aujourd’hui menacée d’implosion. La “lutte finale” qu’on entend chanter ici et là est bien celle-là et non plus celle des archaïsmes qu’elle colporte sous les vieilles bannières couleur sang.

Tous, qui que nous soyons, avons un rôle essentiel à jouer. Loin de nous enfermer, il nous faut nous ouvrir davantage, consolider nos valeurs - pas celles de nos replis frileux - mais celles de générosité humaniste et solidaire. Il nous faut les rendre plus attrayantes et cesser d’avoir peur de les brandir face à ces nouveaux barbares. Nous ne sommes plus au temps des croisades d’autrefois faisant face aux invasions : mais l’esprit doit être le même.

dimanche, 19 février 2006

À PROPOS DU FANTÔME BOLKENSTEIN

Après l’avoir profondément remanié, le Parlement Européen vient d’adopter la directive Bolkenstein sur la libéralisation des services. Que d’encre aura-t’elle fait couler depuis des mois !

À quoi aboutit cette directive qui prendra force de loi ? L’objectif est d’autoriser chaque citoyen de l’Union, à titre individuel ou dans son entreprise, de pouvoir proposer librement ses services dans n’importe quel pays de l’Union. C’est la “délocalisation” à l’envers. Le Parlement Européen a simplement imposé, par rapport au projet initial, que ces activités devront se soumettre aux lois sociales du pays où elles s’exerceront - ce qui exclut tout “dumping social” - et qu’elles seront écartées des secteurs réputés “sensibles”, dont les services publics non-marchands.

Je ne reprendrai pas ici l’exemple absurde du “plombier polonais” (qui a tant égaré l’opinion) mais à la place celui d’une agence de voyages qui ouvrirait une antenne à Paris : elle ne sera désormais plus soumise à la création d’une nouvelle société de droit français pour exercer.

Il est cependant curieux que certains s’obstinent encore à vouloir s’opposer à cette liberté-là ; liberté pourtant inscrite dans le Traité de Rome (1957) - article 49 - et que nul ne songe remettre en cause tant il est fondateur de l’esprit européen.

Il n’y a guère que les Le Pen, De Villiers et autres gauchistes du cru pour feindre encore l’ignorer. Mais ces gens-là - on l’a déjà constaté lors de la campagne sur le référendum européen - ne sont pas à un mensonge près. La bataille qu’ils ont menée contre Bolkenstein n’avait rien à voir avec la Constitution. Après avoir rejeté celle-ci, les français constatent aujourd’hui avec surprise qu’ils n’ont pas pour autant tué Bolkenstein. “Ils” les ont trompés.

Dans cette affaire, on a pu aussi constater l’isolement préoccupant de la France. Qui nous a soutenus ? La Grèce et la Belgique. Point barre.

Notre rejet de la Constitution a placé la France dans une situation qui ne devrait laisser personne indifférent, que l’on soit de droite ou de gauche. Briser cet isolement devrait devenir la préoccupation majeure de tout responsable politique un tantinet éclairé.

Cependant, au-delà de ce sujet, nos concitoyens ont peur : ils voient surtout la concurrence s’instaurer entr’européens (les “polonais”, etc....). Alors que si nous ne faisions pas cette union, notamment sur les services, c’est par rapport aux autres pays extra-européens qu’inévitablement le problème se poserait : nous n’existerions pas face à eux.

Au-delà de cet accord, il reste pourtant à définir le statut du social en Europe. Je crois que tous ceux qui veulent commencer par le social ont tort : le social ne peut être qu’un couronnement et non un commencement.

Je suis opposé à la position des socialistes qui prétendent vouloir faire tout de suite l’Europe sociale “par le haut” : même SMIC, même durée du travail qu’en France, etc.... C’est une erreur. On observe que, très naturellement, l’Europe ne cesse d’évoluer vers le haut : souvenons-nous de l’état de l’Espagne, de la Grèce, de l’Irlande ou du Portugal il y a 30 ans. Ils étaient alors au niveau de l’Afrique.

Mais, paradoxalement, il pourrait y avoir danger de vouloir faire l’Europe “par le bas”, vieille obsession libérale s’il en est ; la modification du projet Bolkenstein a ici écarté ce danger. Néanmoins, en Europe, cette obsession demeure toujours latente dans les esprits : il existe une sorte de “bigoterie” libérale fondamentale à laquelle la France n’échappe pas.

On ne s’interroge plus de savoir si le libéralisme correspond à ses buts (rendre la vie moins chère, faciliter les échanges, développer la prospérité, etc...). Non ! Il y a un réflexe libéral qui s’instaure partout. Car le monde où nous vivons - Europe comprise - est un monde du marché, donc un monde profondément libéral, n’en déplaise à certains.

N’oublions pas pour autant que c’est bien parce que l’Europe a été planifiée avec une volonté, et non livrée au libre-échangisme libéral, que celle-ci a fait les progrès qu’on lui connaît. Vieux débat que voilà !

Mais passons à un autre sujet : celui-ci a perdu aujourd’hui une grande part de son intérêt.

Il est un trait intéressant que je veux évoquer ici : observons ce qui s’est passé ces dernières semaines en France. Que ce soit l’amiante du “Clemenceau” ou la grippe aviaire (qui fait planer sur nous tant d’incertitudes), que ce soit les étudiants qui manifestent contre la précarité supposée du CPE, ou encore les syndicats manifestant à Strasbourg contre la directive Bolkenstein, ces différents événements ont un point commun : c’est, comme je l’évoquais plus haut, la peur qui est leur nourriture fondamentale.

Et derrière, il y a toujours cette action médiatique qui hisse chacun de ces sujets à la une de l’actualité et marque les esprits.

Ceci n’est pas sans me rappeler cet ordre du Président au commandant du convoi du “Clemenceau” : “En arrière !”. (Ni non plus le titre d’un excellent recueil de nouvelles de Marcel Aymé “En arrière !”. Mais ceci n’est qu’une parenthèse).

Dans un précédent “billet”, j’avais déjà écrit que s’il existait un championnat du monde de la reculade, la France raflerait certainement toutes les médailles. C’est consternant.

Nous sommes aujourd’hui plus dominés par la peur que par le courage ou la volonté de conquête de nouveaux marchés. Nous sommes majoritairement figés dans notre peur comme si demain - je l’ai déjà écrit ailleurs - ne pouvait être que pire qu’hier.

Bolkenstein a été, tel un fantôme resurgi, l’une de ces peurs. La concurrence en est une autre. L’Europe semble nous confiner à l’enfermement dans le refuge de notre passé, telles nos volailles face au danger aviaire.

N’ayons pas peur. Sortons de nos refuges ! Avançons à la conquête de l’Europe ! C’est là, seul, qu’est notre avenir.

samedi, 18 février 2006

NAUFRAGES

Nous étions déjà habitués aux “dérapages verbaux” de Mr LE PEN. Il nous faut désormais nous habituer à ceux de Mr FRÊCHE, le fougueux Président P.S. de la Région Languedoc-Roussillon. Celui-ci vient en effet de traiter publiquement les harkis de “sous-hommes”. Les excuses qu’on lui a ensuite fait lire n’effacent en rien l’odieux de ses déclarations : elles n’ont aucune crédibilité.

On sait Mr FRÊCHE, jadis homme capable de grandes impulsions quand il était Maire de MONTPELLIER, être aussi un homme de grande culture. Mais aurait-il trop bien relu le “Mein Kampf” de Mr Adolf HITLER ? C’est en effet sous la sinistre plume de ce dernier que l’on a trouvé la dernière fois le terme de “sous-hommes” s’adressant à des communautés qui n’avaient en rien mérité semblable opprobre.

LE PEN, FRÊCHE : voici le triste spectacle du naufrage de personnalités qui, aujourd’hui et peut-être sous le poids des ans, sombrent piteusement dans leurs divagations solitaires.

Mr FRÊCHE est aujourd’hui au P.S. et à ses amis de la gauche languedocienne ce qu’est le “Clemenceau” à la France : on ne sait plus quoi en faire et comment s’en débarrasser avec les pollutions verbales dont il est porteur.

Coulons-le dans l’abîme sans fond de notre mépris.

12:55 Publié dans DÉBATS | Lien permanent | Commentaires (2)

mercredi, 15 février 2006

L'AFFAIRE CLEMENCEAU

"Nous apparaissons comme un pays qui n’est pas capable de traiter ses propres navires quand il les met à la retraite, qui n’est pas capable de traiter ses déchets dangereux comme l’amiante, et qui n’est même pas capable d’avoir un trajet sécurisé avec des documents prêts pour que le bateau soit traité et accueilli comme il le convient" (François BAYROU).

Cette déclaration traduit bien le malaise que ressentent tous les français devant le pitoyable spectacle de la fin de ce vaisseau qui a été longtemps l'orgueil de notre marine.

Ce malaise est d'autant plus vif quand on constate tous les mensonges dont on a entouré les conditions de son désarmement et de son désamiantage. Nul ne semble être aujourd'hui en mesure d'estimer, même de façon approximative, la quantité d'amiante qu'abritait ce navire, ni davantage le volume d'amiante qui a été effectivement retiré avant son exil.

Qui d'entre nous non plus n'a pas éprouvé un certain malaise devant le fait que l'on exportait ce qui restait d'amiante pour exposer de pauvres bougres indiens au périlleux travail d'en débarrasser ce qui en restait dans ce bâtiment ?

Sur un plan plus politique, cette affaire aura fait pour le moins une victime : Mme ALLIOT-MARIE, notre Ministre de la Défense Nationale, qui a couru le risque d'endosser cette opération avec beaucoup d'assurance. Elle est aujourd'hui désavouée. On la pressentait comme un possible "ange blanc" dans le paysage des candicats à l'élection présidentielle. Cet ange semble avoir brûlé ses ailes dans le naufrage du Clemenceau.

19:00 Publié dans DÉBATS | Lien permanent | Commentaires (0)

dimanche, 12 février 2006

ÉCOLE de la RÉPUBLIQUE ?

J’ai siégé cette semaine, en qualité de représentant de la Ville de NÎMES, au sein du Conseil d’une École Élémentaire située dans un quartier où se trouve une forte proportion de populations immigrées issues du Maghreb dont, notamment, des harkis.

Cette école dispense depuis plusieurs années des cours intégrés de langue et culture d’origine (LCO) dont, notamment, des cours d’arabe dispensés par un intervenant extérieur circulant entre plusieurs autres établissements et dont la qualité de l'enseignement aurait, aux dires des autres enseignants, le mérite d'inculquer aussi les lois et valeurs de la République et celles des différentes cultures, dont la nôtre où ces jeunes populations seront amenées à grandir et évoluer.

J’ai été stupéfait et indigné d’apprendre, au cours de ce Conseil, qu’une circulaire émanant de Mr l’Inspecteur d’Académie, Directeur des Services Départementaux de l’Éducation Nationale du GARD, a rappelé aux directeurs des établissements scolaires publics que les LCO “s’adressent aux élèves..... de nationalité espagnole, marocaine, portugaise ou turque, ou de nationalité française nés de parents dont l’un au moins est, ou a été, de (ces nationalités sus-indiquées)” et précisant "Les élèves français n'ayant aucun ascendant de la nationalité concernée ne peuvent suivre les cours de LCO".

Résultat : les enfants issus de milieux d’origine algérienne (harkis), tunisienne ou autres nationalités, dont l'arabe est la langue véhiculaire de leur culture, sont privés désormais de ces cours. Seuls les marocains ou les turcs....

La classe d’enseignement de l’arabe a été, en toutes conséquences, amputée d’une grande partie de sa population. La question a donc été posée au Conseil de cette école : fallait-il maintenir cette classe ? Le vote qui a suivi a été extrêmement serré, les représentants du corps enseignant comme les parents d’élèves étant outrés de la situation ainsi créée.

Quelle est donc cette “École de la République” où l’Éducation Nationale, par le biais de son rectorat, y cultive le communautarisme et la ségrégation ? Si les non-turcs ou les non-marocains veulent apprendre l’arabe, ils n’ont d’autre solution désormais que de s’inscrire dans les écoles coraniques dont je ne doute pas de la valeur de l’enseignement dispensé mais dont je doute sérieusement qu’il soit le lieu idéal pour y recevoir l'enseignement des valeurs de notre République. Ou encore s'inscrire dans les établissements privés où ces valeurs essentielles y sont toujours enseignées.

Je ne me reconnais pas du tout dans cette école-là de la République dont la mission me semble dévoyée de ses objectifs.

17:35 Publié dans SOCIÉTÉ | Lien permanent | Commentaires (1)

jeudi, 09 février 2006

JUGE BURGAUD

Même si le temps m'a manqué pour entendre cette très longue audition de Mr BURGAUD devant la Commission de l'Assemblée Nationale, ce que j'en ai vu me laisse l'image d'un jeune magistrat sincère et honnête, mais lui-même broyé par la lourde machine judiciaire et ses règles intangibles dont il est le fragile serviteur.
Il n'était pas à l'aise. Nous non plus. Ce "spectacle" en était poignant, voire pathétique.
La solitude - toutes les solitudes - sont et restent de terribles drames humains.

09:15 Publié dans DÉBATS | Lien permanent | Commentaires (4)

mercredi, 08 février 2006

À PROPOS DE L'ABOULIE

BILLET du 8/02/2006

L’aboulie est l’incapacité de vouloir....

Dans un récent article (Valeurs Actuelles du 11/11), Chantal Delsol écrivait : “On désire, on parle, on voudrait, on peut aussi..., mais on ne veut pas. Le vouloir implique de passer à l’acte”. Et d’interroger ensuite : “Pourquoi, dans un pays comme le nôtre, ne peut-on pas se saisir de casseurs, les juger et les punir ? C’est l’impunité qui contribue à la réitération et au développement du vandalisme”.

On a tous entendu récemment Mr Chirac nous affirmer : "On ne sortira pas de la situation actuelle si on ne met pas en cohérence les discours et les actes". Voici quarante qu'il le dit et l’annonce pour le lendemain. Il devient difficile de le croire encore.

Car ”l’aboulique se trouve incapable d’agir : alors il parle. Beaucoup. Il parle d’autant plus qu’il n’agit pas. Comme si les mots, pour lui, remplaçaient les choses. Il parle avec d’autant plus de force, de hargne, d’ardeur qu’il demeure dans son bureau sans prendre de vraies décisions, faible et indolent”.

Ne touchons-nous pas là au drame de notre société où, le plus souvent, l’incantation remplace l’action ? Nos gouvernants ont oublié ce qu’est la politique : elle est d’abord l’action ; pas le bla-bla. Ainsi se creuse un fossé entre la réalité et le discours.

Que n’a-t’on déjà entendu sur les vertus de l’intégration et les efforts nécessaires pour y aboutir ? La méthode est bonne. Mais on ne l’applique pas. Et nous aboutissons à l’embrasement de nos cités.

Que n’a-t’on aussi entendu sur le fait qu’on ne peut accepter les “zones de non-droit” ? Et pourtant elles existent et sont devenues dans nos cités un chancre que l’on regarde comme une sorte de fatalité avec laquelle il faut désormais composer. En France, trop souvent, dès qu’on franchit la porte de sa demeure, la continuité territoriale n’est plus assurée : les services civils les plus essentiels (pompiers, médecins, ambulances, infirmiers, services d’assistance, dépanneurs, transports en commun) - même la Police ou la Justice - ne peuvent plus accéder ici et là sans s’exposer dangereusement.

Face à la situation actuelle - dont on croit faussement qu’elle n’est qu’un épiphénomène - on entend les discours les plus divers, quand ils ne sont pas les plus trompeurs.

Tout d’abord, on entend trop souvent faire porter la responsabilité de cette dégradation sur les “jeunes” pris de manière générale. Et, de là, on s’imagine qu’on a à faire au malaise d’adolescents qui auraient des difficultés de pauvreté, de métier, d’intégration, de logement ou encore de crise existentielle. Et qu’il ne s’agirait que de cela.

Face à ce problème - et croyant qu’il était purement sociologique - la gauche a essayé la “prévention” : ça n’a pas marché. La droite essaye présentement la “répression” : ça ne marche pas davantage. Et naissent des embrasements sans fin.

On peut alors s’interroger si nous ne sommes pas en train de nous tromper de grille de lecture.

Tout d’abord on n’a pas à faire aux “jeunes” en général mais à quelques agitateurs organisés, issus et aiguillonnés par une puissante économie souterraine et prêts à tout pour la défendre : tabassage à mort d’un paisible habitant tentant d’éteindre un feu de poubelles, ou encore d’un simple photographe de passage, arrosage d’essence d’une handicapée, mise à feu d’un bus d’où une personne âgée ne peut s’extraire, tirs à balles réelles sur les représentants de l’ordre, public ou civil, destruction d’équipements sociaux, d’écoles, de lieux de culte ou institutionnels, d’outils de travail pour créer davantage de misère sociale, et tout autre symbole porteur de réussite et d’ordre.

Le débat qui s’en est suivi sur la façon, critiquable ou non, de tel ou tel de désigner ces voyous ou ces assassins n’est qu’écran de fumée : arrêtons cette comédie propice à masquer erreurs et échecs répétés.

Alors, on hésite encore entre prévention ou répression : on sait pourtant qu’il-faut-faire-les-deux.

On a un peu hâtivement supprimé la police de proximité, déstructuré le tissu associatif, écarté les médiateurs. Même si ce n’était pas la panacée, c’était souvent fort utile.

Mais, désormais, on a à faire à un tout autre problème et d’une toute autre ampleur : c’est celui du démantèlement des réseaux souterrains. Il faut pour cela faire appel à des techniques nouvelles d’enquête en profondeur, comme lorsqu’il s’agit d’affaires de grand banditisme. Or cela, on ne le fait pas. En aura-t’on un jour le courage ?

Oui, le terrain de grande misère trop souvent ignorée où sont plongées nombre de nos banlieues, où le taux de chômage avoisine fréquemment les 50%, un taux d’échec scolaire vertigineux, tout cela est propice à l’émergence d’une économie souterraine. Oui, il faut rénover et réformer nos banlieues en profondeur. Nombre de mesures prises récemment vont dans le bon sens, même si on peut s’interroger sur la capacité de l’État de pouvoir les financer longtemps encore. Mais cela ne suffira pas si l’on n’éradique pas d’abord ces réseaux qui, eux, n’ont aucun intérêt à ce que les choses s’améliorent. On peut dépenser beaucoup d’argent et d’énergie pour rien si on ne traite le mal à la racine.

On a par ailleurs beaucoup épilogué sur l’opportunité d’instaurer ou non le couvre-feu là où les émeutes devenaient incontrôlables. Oui, il fallait le faire. Mais le couvre-feu sans aller au plus profond du mal de nos banlieues, ça ne sert à rien : c’est de la cosmétique.

(J’ouvre ici - et pour conclure - une rapide parenthèse sur l’échec scolaire et la décision, pour y répondre, d’abaisser l’âge de l’apprentissage à 14 ans. Quel aveu d’échec, non pour ces jeunes qu’on écarte du système éducatif mais pour notre système éducatif lui-même)

Oui, il faut rapprocher l’école des milieux du travail et déplorer l’aveuglement de ces syndicats qui n’ont eu de cesse de l’empêcher. Mais peut-on considérer qu’à 14 ans un jeune a la maturité nécessaire pour décider valablement de son avenir ? Comment peut-on lui retirer le profit de précieuses années de formation qui lui seraient si utiles pour construire solidement son avenir. Pourquoi n’avoir pas institué, entre 14 et 16 ans, un système d’alternance école-entreprise ? On abandonne ces jeunes sans aucun accompagnement de base et on les expose à un destin périlleux. Où est l’égalité des chances ? C’est une dramatique erreur.

J’entends aussi qu’on va instituer un service civique “volontaire”. On n’effacera pas pour autant cette autre erreur qu’a été la suppression du service militaire obligatoire où tous les jeunes, issus de tous les milieux, apprenaient pendant plusieurs mois à mieux se connaître et cohabiter les uns avec les autres. C’était l’école de la vraie cohésion sociale.

Face à ces problèmes de dimension nationale qui nécessiteraient une sorte de pacte entre tous les acteurs, que constate-t’on ? On assiste, au sommet, au duel des prétendants qui se livrent à leurs petits jeux et coups bas.

On ne change pas les hommes.

dimanche, 05 février 2006

À PROPOS DE LA JUSTICE

BILLET du 5/02/2006

La Justice, institution multi-séculaire qui a traversé les époques et les régimes successifs en gardant droit son glaive et ferme le bras qui le porte, cette Justice est à son tour frappée par ce “tsunami” qui touche nos sociétés, emporte tout sur son passage : plus rien n’est désormais épargné.

Il est vrai que l’affaire d’Outreau, très largement médiatisée - une première en France - a de quoi sidérer. Elle conduit aussitôt à une première interrogation : “comment a-t’on pu en arriver là ?”.

Cette affaire n’est pourtant pas la première du genre : on se souvient du juge Pascal - qui n’était pas un tout jeune homme inexpérimenté - et comment il a pu déraper dans l’affaire du notaire de Bruay en Artois. On se souvient aussi du jeune juge Lambert, dans l’affaire de la Vologne, qui a abouti à un cruel imbroglio dont les séquelles ne sont pas encore effacées aujourd’hui.

Ce n’est donc pas la première fois qu’un juge d’instruction est mis sur la sellette et que son rôle est contesté. Mais, pour Outreau, c’est la première fois qu’on dissèque l’action d’un juge en public et par médias interposés.

Quel que soit le jugement qu’on porte sur cette affaire et sur les procédures suivies, ce qui domine dans l’opinion est ce sentiment d’inhumanité totale d’un juge et qui le montre comme étranger au monde des humains, imprégnés qu’ils sont par leur culture des droits des citoyens. Et chacun de se dire : “cela aurait pu m’arriver”.

Autre interrogation est celle que l’on se pose sur la Justice elle-même. Ces faits monstrueux nous conduisent à être très modestes quand on parlera désormais du Moyen Âge ou des méthodes de l’Inquisition, à une époque que l’on croyait définitivement révolue depuis plusieurs siècles.

Il nous faut pourtant éviter de trop généraliser : ce qui est en cause aujourd’hui est cette absence d’humanité d’un juge en particulier - même s’il nous faut attendre que celui-ci puisse s’expliquer - et non celle de tous les juges de manière générale.

Est-ce la faute de ce juge ? Ou celle d’un système qui laisse décider seul un homme en lui accordant des pouvoirs exorbitants, héritiers d’une monarchie absolue sans contre-pouvoir aucun ?

Le système judiciaire français est-il pour autant plus mauvais que les autres ? Certains spécialistes aimeraient qu’on se rapproche du système anglo-saxon qui laisse plus de place aux droits de la défense (surtout quand on a les moyens solides de s’en payer une). Mais n’y a-t’il pour autant aucune erreur judiciaire que ce soit en Grande-Bretagne, ou aux USA ? C’est une illusion : aux USA - où on pratique encore la cruelle loi moyenâgeuse du talion - un grand nombre de condamnés à mort ont été reconnus innocents.... après leur exécution.

Il faut reconnaître que l'indépendance du juge d'instruction a souvent permis de mettre en cause les plus puissants des justiciables. Ce n’est donc pas le système judiciaire seul qui est responsable mais ce sont aussi les personnes : les juges d’instruction, on l’a déjà dit, mais encore les experts.

À propos des experts, il faut arrêter de délirer. Dans le cas d’Outreau, on a porté la psychologie au niveau d’une science : or elle n’en est pas une, pas plus que la philosophie en serait une. Un expert psychiatre, un psychologue, ou un psychanalyste peuvent raconter d’énormes âneries qui dévoient toute appréciation et conduisent à l’erreur.

(Clemenceau disait qu’en politique on nommait une commission chaque fois “qu’on ne savait pas faire” : un juge, lui, nomme des experts !).

On pourrait encore désigner un autre responsable : c’est le poids de l’opinion. Elle fait lourdement pression sur toutes les décisions, juges compris. Dans l’affaire d’Outreau, il y a eu, présente et sous-jacente, la mémoire de l’affaire Dutroux et tous les fantasmes qu’elle a pu faire naître, cette sorte d’obsession de la pédophilie qui est devenue aujourd’hui très en vogue. Heureusement, les modes changent.

On n’échappera donc pas à la nécessité de réformer notre système judiciaire, même si ce chantier a été ouvert il y a de nombreuses années, mais jusqu’ici sans résultat. Outreau aura au moins le mérite - on peut l’espérer - de le remettre en œuvre. Mais en souhaitant que cela se fasse dans la plus grande sérénité, très loin de l’actuel vacarme médiatique.

Cette réforme va-t’elle pour autant rendre personnellement responsables juges, magistrats et experts en cas de faute grave de leur part ? On pourrait le souhaiter. Mais ne mettrait-on pas en péril la nécessaire indépendance de la Justice et de ceux qui ont charge de la rendre ? C’est un très délicat équilibre que de concilier indépendance et responsabilité.

Mais comment peut-on tolérer par ailleurs cette tonitruante déclaration de cet expert - l’un des responsables des errements d’Outreau - qui proclame : “quand on est payé comme une femme de ménage, on fait des rapports de femme de ménage” ? Et c’est sur un rapport de “femme de ménage” (merci pour cette honorable profession !) qu’on a définitivement ruiné la vie de nombreux innocents ! Cet “expert” mérite bien, lui, la prison pour les dégâts irréparables dont il est le responsable.

Quel que soit le système judiciaire en vigueur, réformé ou non, on perçoit bien que ce ne sont pas les textes qui font loi mais bien les hommes qui ont charge de les mettre en application.

(Sur un tout autre plan, on l’a déjà observé par ailleurs, notamment quand on parle de notre Constitution et du fonctionnement de nos institutions : on croit qu’il suffit de réformer les textes pour que les choses aillent mieux. Faux ! Les textes ne comptent pas : ce sont les hommes qui les mettent en œuvre. Eux seuls sont responsables. Si bien des choses ne vont pas en France, ce n’est pas parce que la Constitution est mauvaise mais simplement parce que le Président a été incohérent et pas courageux. Cessons de faire le procès de nos institutions).

Mais fermons cette parenthèse et revenons-en au sujet principal.

Dernière question : pourquoi ces dérapages ? Cette affaire pose le problème de fond du mode français de l’instruction. Qu’est devenue la présomption d’innocence ? On peut répondre que le système français, dans son mode “inquisitoire”, a pour but d’obtenir non pas la preuve de la culpabilité mais les aveux. À partir de cet objectif, on pratique donc la torture, morale désormais, celle physique de jadis étant bannie : et le principal procédé de torture est la prison. Alors que cette dernière ne devrait être qu’une sanction, elle est devenue un instrument de l’instruction. La détention provisoire n’a pour objet que de faire “craquer” les “clients” du juge d’instruction.

Quel que soit le système futur, cette pratique odieuse de la torture, même morale, est à bannir une fois pour toutes. Il en est grand temps.

L’œuvre est immense et difficile. Mais exaltante : elle doit servir l’Homme et sa soif naturelle de Justice.