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dimanche, 19 février 2006

À PROPOS DU FANTÔME BOLKENSTEIN

Après l’avoir profondément remanié, le Parlement Européen vient d’adopter la directive Bolkenstein sur la libéralisation des services. Que d’encre aura-t’elle fait couler depuis des mois !

À quoi aboutit cette directive qui prendra force de loi ? L’objectif est d’autoriser chaque citoyen de l’Union, à titre individuel ou dans son entreprise, de pouvoir proposer librement ses services dans n’importe quel pays de l’Union. C’est la “délocalisation” à l’envers. Le Parlement Européen a simplement imposé, par rapport au projet initial, que ces activités devront se soumettre aux lois sociales du pays où elles s’exerceront - ce qui exclut tout “dumping social” - et qu’elles seront écartées des secteurs réputés “sensibles”, dont les services publics non-marchands.

Je ne reprendrai pas ici l’exemple absurde du “plombier polonais” (qui a tant égaré l’opinion) mais à la place celui d’une agence de voyages qui ouvrirait une antenne à Paris : elle ne sera désormais plus soumise à la création d’une nouvelle société de droit français pour exercer.

Il est cependant curieux que certains s’obstinent encore à vouloir s’opposer à cette liberté-là ; liberté pourtant inscrite dans le Traité de Rome (1957) - article 49 - et que nul ne songe remettre en cause tant il est fondateur de l’esprit européen.

Il n’y a guère que les Le Pen, De Villiers et autres gauchistes du cru pour feindre encore l’ignorer. Mais ces gens-là - on l’a déjà constaté lors de la campagne sur le référendum européen - ne sont pas à un mensonge près. La bataille qu’ils ont menée contre Bolkenstein n’avait rien à voir avec la Constitution. Après avoir rejeté celle-ci, les français constatent aujourd’hui avec surprise qu’ils n’ont pas pour autant tué Bolkenstein. “Ils” les ont trompés.

Dans cette affaire, on a pu aussi constater l’isolement préoccupant de la France. Qui nous a soutenus ? La Grèce et la Belgique. Point barre.

Notre rejet de la Constitution a placé la France dans une situation qui ne devrait laisser personne indifférent, que l’on soit de droite ou de gauche. Briser cet isolement devrait devenir la préoccupation majeure de tout responsable politique un tantinet éclairé.

Cependant, au-delà de ce sujet, nos concitoyens ont peur : ils voient surtout la concurrence s’instaurer entr’européens (les “polonais”, etc....). Alors que si nous ne faisions pas cette union, notamment sur les services, c’est par rapport aux autres pays extra-européens qu’inévitablement le problème se poserait : nous n’existerions pas face à eux.

Au-delà de cet accord, il reste pourtant à définir le statut du social en Europe. Je crois que tous ceux qui veulent commencer par le social ont tort : le social ne peut être qu’un couronnement et non un commencement.

Je suis opposé à la position des socialistes qui prétendent vouloir faire tout de suite l’Europe sociale “par le haut” : même SMIC, même durée du travail qu’en France, etc.... C’est une erreur. On observe que, très naturellement, l’Europe ne cesse d’évoluer vers le haut : souvenons-nous de l’état de l’Espagne, de la Grèce, de l’Irlande ou du Portugal il y a 30 ans. Ils étaient alors au niveau de l’Afrique.

Mais, paradoxalement, il pourrait y avoir danger de vouloir faire l’Europe “par le bas”, vieille obsession libérale s’il en est ; la modification du projet Bolkenstein a ici écarté ce danger. Néanmoins, en Europe, cette obsession demeure toujours latente dans les esprits : il existe une sorte de “bigoterie” libérale fondamentale à laquelle la France n’échappe pas.

On ne s’interroge plus de savoir si le libéralisme correspond à ses buts (rendre la vie moins chère, faciliter les échanges, développer la prospérité, etc...). Non ! Il y a un réflexe libéral qui s’instaure partout. Car le monde où nous vivons - Europe comprise - est un monde du marché, donc un monde profondément libéral, n’en déplaise à certains.

N’oublions pas pour autant que c’est bien parce que l’Europe a été planifiée avec une volonté, et non livrée au libre-échangisme libéral, que celle-ci a fait les progrès qu’on lui connaît. Vieux débat que voilà !

Mais passons à un autre sujet : celui-ci a perdu aujourd’hui une grande part de son intérêt.

Il est un trait intéressant que je veux évoquer ici : observons ce qui s’est passé ces dernières semaines en France. Que ce soit l’amiante du “Clemenceau” ou la grippe aviaire (qui fait planer sur nous tant d’incertitudes), que ce soit les étudiants qui manifestent contre la précarité supposée du CPE, ou encore les syndicats manifestant à Strasbourg contre la directive Bolkenstein, ces différents événements ont un point commun : c’est, comme je l’évoquais plus haut, la peur qui est leur nourriture fondamentale.

Et derrière, il y a toujours cette action médiatique qui hisse chacun de ces sujets à la une de l’actualité et marque les esprits.

Ceci n’est pas sans me rappeler cet ordre du Président au commandant du convoi du “Clemenceau” : “En arrière !”. (Ni non plus le titre d’un excellent recueil de nouvelles de Marcel Aymé “En arrière !”. Mais ceci n’est qu’une parenthèse).

Dans un précédent “billet”, j’avais déjà écrit que s’il existait un championnat du monde de la reculade, la France raflerait certainement toutes les médailles. C’est consternant.

Nous sommes aujourd’hui plus dominés par la peur que par le courage ou la volonté de conquête de nouveaux marchés. Nous sommes majoritairement figés dans notre peur comme si demain - je l’ai déjà écrit ailleurs - ne pouvait être que pire qu’hier.

Bolkenstein a été, tel un fantôme resurgi, l’une de ces peurs. La concurrence en est une autre. L’Europe semble nous confiner à l’enfermement dans le refuge de notre passé, telles nos volailles face au danger aviaire.

N’ayons pas peur. Sortons de nos refuges ! Avançons à la conquête de l’Europe ! C’est là, seul, qu’est notre avenir.

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