Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

lundi, 30 mai 2005

NON ! Où EST TA VICTOIRE

Le 30/5/2005

Depuis ce 29 Mai, dès après la proclamation de la défaite française du “oui”, on entend de nouveau des choses fort étranges.

Je salue la lucidité de ceux qui ont vu immédiatement dans ce résultat la défaite des autistes qui nous gouvernent, et de ceux qui ont fait appel aussitôt à une refondation des mœurs politiques qui se sont insidieusement incrustées dans nos institutions.

Il est étrange qu’on doive aujourd’hui évoquer la nécessité de rétablir la démocratie en France, pays qui en a pourtant été l’un des chantres fondateurs. Il est consternant que sous le régime politique où nos actuels dirigeants nous ont désormais placés, il faille constater l’échec de notre système de gouvernance. Voir aujourd’hui un Parlement, qui n’est qu’une caricature de la représentation nationale et où des pans entiers de la population française n’y ont même pas un seul député pour s’exprimer en leur nom, voir ensuite ce même Parlement muselé au mépris même du texte et de l’esprit de nos institutions, force est de constater que la France est en effet tombée dans une crise très grave dont le 29 Mai n’a fait qu’en exprimer l’exaspération.

Ce n’est pas le changement d’un homme à la tête du Gouvernement qui résoudra le mal français tant qu’on n’aura pas réformé le système de domination où nos gouvernements successifs, comme notre Parlement, sont tous placés. On a dévoyé la démocratie française.

La première urgence est donc d’ouvrir un vrai débat pour rétablir le fonctionnement de notre démocratie.

Et l’Europe, dans tout cela ?

Contrairement à ce qu’on entend ici et là depuis ce 29 Mai, la Constitution, si longuement et laborieusement élaborée par les représentants des 25 états membres, plus une centaine d’intervenants issus de courants de pensée les plus divers qui, tous, ont été appelés à en discuter le texte et établir de difficiles compromis, cette Constitution va évidemment continuer son chemin. Sur 10 pays qui ont déjà été appelés à la ratifier, neuf, et non des moindres, l’ont déjà fait. Seule la France, jusqu’ici, l’a rejetée.

Non parce que les français sont hostiles à l’idée européenne mais parce que, ce 29 Mai, ils ont rejeté leur système politique et leurs gouvernants : les plus récents sondages en témoignent largement.

15 autres états, jusque l’automne 2006, seront appelés à leur tour à examiner cette Constitution et dire si, oui ou non, ils en ratifient le texte. Quelle sera l’influence du rejet français sur ces 15 votes à venir ? C’est là qu’est la clef de l’avenir de cette Constitution et, donc, de l’Europe. Il est difficile de s’exprimer sur cette influence, supposée ou non.

Mais quand on entend, depuis ce 29 Mai, que la Constitution “c’est fini” et simplement parce que la seule France l’a rejetée, est-on vraiment sérieux ? Croit-on encore que l’influence de la France en Europe est telle qu’elle va provoquer une sorte de raz-de-marée emportant ce projet dans l’opprobre et l’oubli, balayant d’un coup de serviette les ratifications déjà prononcées et celles en projet ? De qui se moque-t-on ?

C’est là surestimer le poids de la France : la France, c’est 13% seulement de l’ensemble de la population européenne (ce qui ne fait pas, de loin, une majorité), vieux pays au passé riche et glorieux mais devenu une petite “moyenne puissance”, avec d’énormes lacunes dans ses résultats économiques. La France encore, avec son partenariat privilégié avec l’Allemagne, pouvait hier peser de tout son poids dans cette construction, partenariat aujourd’hui dissous puisque, d’une part, il est établi que Mr Chirac ne représente plus que lui-même et a perdu toute autorisé pour s’exprimer avec force, mais d’autre part aussi parce que prochainement l’Allemagne risque de basculer à droite avec l’arrivée au pouvoir d’une chancelière venue de l’Est et dont il faut craindre qu’elle n’ait pas, pour la France et son Président, les mêmes yeux de Chimène que l’actuel Chancelier.

Rien aujourd’hui ne laisse supposer qu’une majorité d’états va rejeter cette Constitution. Ce d’autant que nos partenaires sont depuis longtemps habitués aux sautes d'humeur des français et de leurs éclats ; mais aussi surtout lassés de notre arrogance et de notre fatuité à vouloir donner des leçons à tous et à propos de tout. Au-delà des discours officiels prononcés sous l’émotion du moment, combien se réjouissent aujourd’hui secrètement, chez nos partenaires, de cette mésaventure de la France et le fait que celle-ci devra désormais se faire beaucoup plus modeste que d'habitude dans ses prétentions ?

Je cherche en vain où se trouve la victoire du “non”. Sauf à, peut-être, créer un sursaut dans le système de nos institutions nationales. Mais l’Europe, elle, va continuer sa marche vers sa construction. Et bien au-delà du “non” français.

Il restera à la France à rattraper le temps perdu. Celui peut-être d’une génération entière. Et de s’en donner les moyens.

Ainsi va l’Histoire.

20:40 Publié dans DÉBATS | Lien permanent | Commentaires (0)

Les commentaires sont fermés.