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mercredi, 12 octobre 2005

À PROPOS DU TOUJOURS PLUS

BILLET du 12/10/2005

La grève du 4 Octobre dernier, même avec son côté rituel et un taux de participation assez médiocre qui n’avait pas de quoi inquiéter nos gouvernants plus que de raison, cette grève avait cependant quelque chose d’inquiétant.

On peut observer que, depuis qu’il est aux affaires, Mr De Villepin gouverne d’une façon qui se veut à la fois prudente et équilibrée. Parmi les (rares) mesures qu’il a prises, deux principales émergent : celle de remettre à l’honneur le traitement social du chômage (une décision traditionnelle de gauche) et celle d’instituer une mesure plus libérale, le Contrat de Nouvelle Embauche. Mr De Villepin n’a touché ni au nombre de fonctionnaires (ou si peu), ni à l’ISF ni à aucun autre sujet “explosif”. Il conduit une politique hyper consensuelle et fort éloignée de celles de rupture préconisées par Mr Sarkozy ou Mme Merkel qui, eux, veulent administrer une cure beaucoup plus libérale.

Or, même face à une politique aussi prudente, voire timide, il est paradoxal de constater que les français se sont quand même mis en grève et sont descendus dans la rue.

On peut aujourd’hui se demander si cette prudence se justifiait puisque le résultat a été le même. Tant qu’à faire, on pouvait aller jusqu’au bout de la logique des réformes puisque, d’évidence, elles restent inévitables et qu’il faudra bien, un jour ou l’autre, y passer. Pour éviter de se planter de nouveau aux prochaines élections, on pouvait faire le travail jusqu’au bout sans autre grand risque.

Quelles revendications a-t-on surtout entendues ? On y retrouve ce côté rituel que j’évoquais plus haut : “les salaires, l’emploi, les conditions de travail”.

Ces revendications sont d’une généralité et d’un vague remarquables. Qui ne peut se sentir concerné par de tels objectifs ? Mais cela laisse aussi paraître un certain flou dans les négociations à suivre. Quand Mr Thibault (CGT) dit “on attend maintenant les propositions du gouvernement”, tous savent fort bien que la marge de ce dernier est très étroite : en matière d’emploi, le gouvernement a déjà fait des propositions et il a pris les premières mesures.... que les grévistes récusent avant même d’en mesurer les effets.

Nous sommes dans l’impasse. La réussite des ces grèves, et l’appui qu’elles ont reçu de l’opinion publique, montrent qu’il y a à leur source un fort mécontentement.

Mais nul ne voit sur quoi de précis on peut aboutir. Quand, généralement, on constate qu’il y a un nœud cachant un malaise général, on cherche à chuter sur quelque chose. Jadis, en une époque de forte croissance, on pouvait chuter sur les salaires car on avait encore un peu de “grain à moudre”. Aujourd’hui, on ne peut plus rien négocier, car nous sommes dos au mur.

On a entendu un peu partout saluer cette grève comme étant celle “pour l’emploi”. Pourquoi ne pas dire que c’était surtout une grève contre la politique du gouvernement ?

Il faut aussi observer que la grève est venue surtout du secteur public. Or la question des salaires et de l’emploi concerne davantage le secteur privé. Et le grand absent dans tout cela a été... le patronat ! Il est paradoxal de constater que plus on privatise, plus on se tourne vers le gouvernement pour régler les problèmes sociaux. On ne voit pas comment on va pouvoir sortir un jour de ce paradoxe-là, que ce soit du côté des syndicats ou de celui du gouvernement.

Pendant ces grèves, on a aussi évoqué de façon ponctuelle la situation à la SNCM. On a, devant celle-ci, le sentiment de voir dans ce conflit l’image de l’ensemble des problèmes français. Il est attristant de voir le gouvernement hésiter, tergiverser, ou encore reculer, et de voir par ailleurs la CGT se réjouir et se gausser des reculades qu’elle obtient ; sans parler des agitateurs corses qui se sont alliés opportunément à elle et ont trouvé là un terrain en or pour ridiculiser le gouvernement de la France qu’ils honnissent et cherchent à humilier.

Il n’y a pas en France un seul citoyen raisonnable qui ne sache que la SNCM est mal gérée parce que totalement bloquée par les syndicats eux-mêmes et régie comme un “soviet” des années 50. On sait pourquoi cette entreprise publique ne marche pas, quand sa concurrente privée, elle, fonctionne bien sans coûter un centime à l’État. Et les sommes d’argent que l’État a déjà mises dans la SNCM, ou celles qu’il s’apprête à y remettre à nouveau à perte seraient à peu près équivalentes à ce qui serait nécessaire pour déclochardiser nos universités. C’est monstrueux.

Cependant, si on est en droit de stigmatiser l’attitude scandaleuse des syndicats - CGT en tête - on ne peut oublier pour autant que, dans cette affaire, des milliers d’emplois sont en jeu. On ne peut s’arrêter sur le seul côté parodique des événements qui ont émaillé la vie de cette entreprise en grave péril.

Dans cette affaire, comme dans tant d’autres, la CGT détruit les emplois en voulant imposer à une entreprise un mode de gestion qui la mène droit à sa faillite, donc à sa destruction. Ce qu’il faut protéger en priorité, ce ne sont pas les emplois, surtout quand ils sont contre-productifs, mais les salariés. Vouloir protéger les emplois à n’importe quel prix, c’est les détruire à terme. On ne peut pas être du côté de la CGT.

En corollaire et par dessus tout cela, on assiste encore à deux autres paradoxes : le premier est celui de ces corses, dont beaucoup sont des nationalistes qui ne cessent de dénoncer “l’État colonial”, et qui disent à l’État “vous devez rester l’État colonial” ; et l’État de répondre “non, on veut se désengager”. Le second paradoxe est celui des syndicats qui disent à l’État “soyez les patrons” ; et l’État de répondre “non, on ne veut plus être patron”. C’est du grand guignol.

Quelles peuvent être les raisons de ce malaire social ?

La France est actuellement plongée dans un très profond pessimisme. Et celui-ci se traduit dans et par le social. Que manque-t-il aux français ? Peut-être (?) une sorte de “Contrat Social” qui, au-delà des luttes politiques, permettrait à la Nation de progresser. Dans de tels cas, ce sont souvent des hommes d’exception qui ont été le facteur unifiant de ce pays divisé sur tant d’autres choses. Un peu comme De Gaulle a assuré le succès de ce qu’avait entrepris la IV° République mais que celle-ci ne pouvait plus porter. On ne peut pas faire de la démocratie participative avec l’implication des travailleurs et des citoyens si on se cantonne dans une posture qui proclame “n’être responsable de rien” mais exige “toujours plus”. L’incapacité de la revendication de se transformer en propositions de gouvernement ne nous permet plus d’avancer.

Le syndicalisme français est en état d’encéphalogramme plat. (Un peu comme l’est aussi une grande partie de la gauche). Il ne propose plus rien : il subit plus la houle de la rue qu’il ne la provoque.

Le moteur des français peut-il rester ce stérile “toujours plus” sans rien d’autre à proposer ?

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