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vendredi, 11 juin 2004

À PROPOS DU DÉSASTRE AFRICAIN

BILLET du 11/6/2004

Comment se fait-il que dans ce monde rétréci - “mondialisé” comme on dit - l’on assiste sans émoi particulier au suicide de tout un continent qui semble vouloir disparaître dans le malheur total ? Je veux parler de l’Afrique

On s’émeut, avec juste raison, des quelques milliers de morts qu’il y a eu depuis le début de la guerre en Irak ou en Palestine, alors que l’Afrique en déplore des millions : • 30 millions sont infectés par le sida (sur les 42 millions du monde entier) • la famine touche 38 millions de personnes qui sont en risque de disparition imminente • les guerres (Soudan, Liberia, Sierra Leone, Angola, Zaïre, Rwanda, etc...) ont fait plus de 1,5 million de morts en quelques années seulement. Etc...

Nous avons sous nos yeux l’une des plus grandes catastrophes humanitaires connues depuis des siècles. Aucune voix, que ce soit en France ou en Europe, ne s’élève pour la dénoncer avec la force que requiert ce drame. J’ai d’ailleurs été frappé que, lors des débats qui ont eu lieu autour des élections européennes, alors que le sort de l’Europe est étroitement lié à ce continent riverain de notre Méditerranée, le mot “Afrique” n’a pas été prononcé. Sans jeu de mots, l’Afrique noire est le “trou noir” de l’humanité où celle-ci risque d’être engloutie comme par les lois de la gravitation universelle. Aucun autre continent, même l’Asie, où règne cependant aussi beaucoup de misère, n’est en situation aussi désespérée : par exemple l’Inde et la Chine se développent, certes avec beaucoup d’inégalités ou d’insuffisances, mais sont en train de dépasser cette situation. Rien de semblable en Afrique.

Il est vrai que les civilisations asiatiques sont plus porteuses, de par leur passé, que les civilisations africaines. Certes l’Afrique a des difficultés physiques spécifiques : le problème de l’eau se pose en de nombreuses régions. Mais, même là où l’eau est présente, on ne voit pas pour autant l’agriculture se développer. Effet rémanent d’une trop longue colonisation ? On ne peut le prétendre : l’Inde, longtemps sous colonisation anglaise, est l’exemple même d’un pays qui a su sortir de cette ère et même en tirer profit ; l’Afrique du Sud est, avec le Mozambique voisin, un autre îlot qui a su tirer partie des installations héritées des boers malgré une difficile décolonisation. On aurait pu croire aussi que l’Algérie, qui a hérité du legs immense que lui a laissé la France, aurait pu suivre ces exemples : le combat idéologique et religieux qui l’a gagnée a ruiné tous les espoirs qu’on y plaçait.

Peut-être la colonisation a-t’elle laissé sur le continent africain les traces de frontières arbitraires qui ne tenaient pas compte des caractéristiques ethniques ou tribales du pays, jouant ici sur les “chefferies” locales et, là, les ignorant totalement. La responsabilité politique des pays colonisateurs n’est pas niable mais n’explique pas tout : les chefs d’états locaux qui ont suivi la colonisation pratiquent depuis un égoïsme forcené. Des budgets d’état sont confisqués, ici et là, à 30 ou 40% par ces dirigeants : pour exemple, le Maréchal Mobuto avait, à sa mort, une fortune équivalente à l’aide annuelle accordée au Zaïre par l’ensemble des pays et les organisations humanitaires. (J’ai pu constater ce faste insolent lors d’une rencontre - à objet professionnel - que j’ai eue avec lui dans l’une de ses résidence, à Cap Martin).

Les causes profondes sont peut-être que les pays africains, dans leurs valeurs, leurs modes de pensée, leurs façons d’agir, leurs manières de se situer, sont en plus ou moins bonne correspondance avec l’élément dominant de notre époque. Or l’élément dominant actuel est la “technique” : si, par exemple, les esquimaux, ou encore les indiens, sont en pointe avancée en matière d’informatique, ce n’est pas du tout le cas des pays africains qui semblent l’ignorer. Les exportations du continent africain ne représentent d’ailleurs que 1% du commerce mondial. Les africains sont, par contre, d’extraordinaires commerçants. Ils ont aussi su garder des valeurs vitales - la solidarité familiale, l’esthétique, le sens musical - qui leur appartiennent bien et savent y générer une certaine joie de vivre malgré les conditions difficiles où ils sont : sous de nombreux égards, les africains sont des gens formidables. Leurs qualités sont d’ailleurs inverses des nôtres : ils sont, par exemple, assez éloignés de notre esprit de compétition dont on sait qu’il peut nous exposer un jour ou l’autre, en Occident, à de profondes lassitudes.

Nous assistons cependant en Afrique à un réel réinvestissement des américains mais.... pour des raisons qui ne sont pas celles qu’on imagine. Les zones pétrolières - Angola, Nigeria, etc... - sont fort travaillées. Par contre le Sahel, la partie sud de la zone islamisée, sont enveloppées d’une misère croissante qui risque d’en faire un jour une Afghanistan de réserve. Face à cette menace, les aides occidentales vont - au Mali, par exemple - non pas à la population qui n’en voit rien passer, mais à leur gendarmerie, ou encore à leur armée..., de crainte que ce bloc de misère ne trouve un jour un exutoire qui lui serait fourni par le terrorisme anti-occidental.

L’aide des pays développés, quoiqu’elle soit très supérieure à celle accordée à l’Asie, est en Afrique un échec total qui n’a permis aucun développement durable. Notre conception de l’aide y est trop paternaliste : elle n’aboutit à rien car largement confisquée par les classes dirigeantes. Tant que les pays africains ne se prendront pas eux-mêmes en mains, personne ne pourra se substituer à eux.

Si nous voulons éviter l’explosion de ce continent, avec les graves retombées qui frapperaient l’Europe toute entière, il est devenu urgent que celle-ci apporte une aide généreuse, mais très différente de celle par trop stérile que nous accordons actuellement. C’est une des grandes priorités de l’Europe.

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