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mardi, 06 avril 2004

À PROPOS DU DÉCLINISME

BILLET du 6/4/2004

“Déclinisme : forme de crispation sur un passé qui ne serait plus qu’une image figée, face à un avenir qui suppose compétition et risque”

La France, ce “cher vieux pays”, a souvent, au cours de sa longue Histoire, été traversée de moments de doute et de crainte face à des réalités nouvelles qu’elle devait conjurer. N’est-ce pas encore un de ces moments qui s’est traduit ces 21 et 28 Mars ? Nul n’est totalement responsable de ces phénomènes nés d’une société en profonde mutation.

La responsabilité repose essentiellement sur ceux qui, atteints soudain de surdité et d’aveuglement, se drapaient dans leurs certitudes et n’ont su ni entendre, ni voir, ni accompagner cette inévitable mutation. Et pourtant les appels n’avaient pas manqué sur les bancs mêmes de la majorité parlementaire. Mais ces appels avaient tous été accueillis de sarcasmes et d’accusations de “lèse-majorité”. Oublions ces égarements.

Il fallait, et il y avait, pourtant chez ceux qui ont charge de nous gouverner, un certain courage pour mener les réformes nécessaires. Il y avait aussi, chez notre Premier Ministre, un style nouveau, une touche provinciale, un peu de cette bonhomie et de langage direct qui auraient du le servir. Mais voici que cela s’est retourné contre lui, même si c’est profondément injuste. Ce n’est pas la première fois que l’on assiste à de tels retournements de faveur : “Plus haute est la faveur, et plus prompte est la chute” (Destouches). Et ailleurs encore : “Dans les républiques, le peuple donne sa faveur, jamais sa confiance” (Rivarol). De quoi méditer un peu.

Les urnes ont donc parlé. On peut ici évoquer cette sorte de fatalité d’un homme (le Président) qui, chaque fois qu’arrivé “aux affaires”, est frappé deux ans après du désaveu du peuple qui l’y avait conduit. Laissons ces gausseries aux détracteurs dont c’est la profession.

Ce qui est cependant sorti des urnes est une sorte de grand vomitoire traduisant un malaise, une dépression nerveuse que l’on sentait venir depuis longtemps. Il y avait, pour les uns, l’expression de leur peur du changement, mais aussi, pour d’autres - ceux plus à droite - le reproche de ne pas conduire les réformes avec assez de fermeté. Apparente contradiction au travers de mêmes bulletins de rejet.

Réforme : le mot a été mal compris, mal expliqué aux français. Réformer, c’est faire en sorte que la France rejoigne non seulement le train général de l’Europe mais aussi celui de tous les pays développés. La France doit suivre aujourd’hui le grand courant réformateur qui traverse tous les pays européens.

Or les français ont cru que l’alternative socialiste leur permettrait d’éviter ce courant. Là est leur erreur. Pour exemple la Suède, tant imprégnée dans sa tradition économique et sociale de la pensée socialiste, comme à des degrés moindres la Norvège et la Finlande, prend aujourd’hui des dispositions touchant le code du travail qu’en France l’on accuserait de “fascistes”. Elle a aussi pris des dispositions drastiques face au poids de sa fonction publique. Comment donc le socialisme “à la française” pourrait-il échapper à son tour à de telles réformes ? Nous sommes ici en pleine confusion.

Ce refus s’est déjà traduit dans un passé récent dans le refuge des français vers des idéologies aventureuses : ce fut un moment celle du Front National, puis dans un autre temps celle de l’extrème-gauche, avec aussi, en point d’orgue, l’abstention. Aujourd’hui, ce refus s’est exprimé en faveur de partis démocratiques respectueux des institutions avec, en contre-point, un léger repli de l’abstention. C’est le constat qu’il ne sortirait plus grand chose de l’extrème-droite mais aussi le refus de la lutte des classes type 1928. Nous en sommes revenus à une alternance beaucoup plus “classique”, plus "respectueuse" de la démocratie. Ce n’est pas le “déclinisme” annoncé.

Le vote de Mars 2004 est davantage un vote contre la droite, qui n’a pas su expliquer aux français la nécessité des réformes, (on l’a dit un peu partout), plus qu’un vote en faveur des socialistes qui n’ont pas de vrai programme alternatif. Et pour cause.

Les français se sont davantage prononcés contre la manière de conduire les réformes que contre les réformes elles-mêmes. C’est la méthode qui a été désavouée. Pas son objet.

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