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mardi, 19 octobre 2004

À PROPOS DES ÉLECTIONS US

BILLET du 19/10/2004

C’est une évidence que les élections américaines concernent la planète entière : on n’est pas la première puissance mondiale - et la seule qui compte réellement depuis l’effondrement soviétique - sans que la politique de cette nation n’ait de répercussions partout ailleurs.

L’Amérique reste éternelle et on pourrait la croire immuable. Et cependant elle change. Son climat politique a changé. Cette nation est aujourd'hui dominée par la peur. Son inquiétude vis-à-vis du monde extérieur, par rapport au sentiment traditionnel d’invulnérabilité qui a été si longtemps le sien - sentiment qui considérait le monde extérieur un peu comme un monde “barbare” et différent - cette peur (même si elle est très exagérée à nos yeux qui sommes habitués au péril permanent) elle est aujourd’hui très spectaculairement utilisée par les politiciens américains et, particulièrement, par l’équipe qui entoure le Président BUSH.

Il y a en fait deux amériques : il y a celle “continentale” qui est “buschiste” et considère que, même si frapper l’Irak n’était pas le meilleur moyen de lutter contre le terrorisme, cela avait au moins l’avantage de déplacer le théâtre des opérations le plus loin possible de l’Amérique. Cette Amérique “continentale” est à la fois - ce qui n’est pas le moindre paradoxe - impérialiste et isolationniste.

Et il y a l’autre Amérique, celle “maritime” que l’on connaît mieux, qui nous est franchement plus sympathique et que l’on rencontre ou à San Francisco, à L.A., ou encore dans les grandes villes de la côte Est comme New York, Washington ou encore Boston. Là, on y croise une inquiétude croissante des citoyens sur un certain nombre de procédés de la démocratie américaine qui relèvent plus, aujourd’hui, de la propagande que de la démocratie pure et idéalisée qui contribuait tant à la fierté américaine.

Mais ceux qui se sont rendus récemment à New York peuvent témoigner que cette ville est devenue aujourd’hui beaucoup plus sure tant sur le plan intérieur que sur celui de la criminalité. Mais l’effet 11 Septembre y est et y reste omniprésent. Ces habitants - qui vivaient hors de l’idée qu’il pouvait leur arriver une catastrophe - sont aujourd’hui d’avis que même si KERRY est plus sympathique ou plus intelligent que son challenger cow-boy (élu par accident électoral dans les urnes. Il n’y a pas “photo” entre les deux hommes !), BUSH, lui au moins, fait le “sale boulot” et protège mieux. Et pour faire ce travail-là, on n’a pas besoin d’un universitaire intelligent et imprégné de culture européenne mais d’un type qui ne connaît qu’une seule note de musique et sait en jouer parfaitement sans devoir trop réfléchir à déchiffrer la partition.

Autre facteur préoccupant : on savait la réputation d’indépendance et d’objectivité de la presse américaine dont le rôle est bien plus considérable dans cette société que celui de notre presse dans la nôtre. On y perçoit aujourd’hui un processus latent de fascisation rappelant le mac-carthisme. La presse fait passer le patriotisme avant l’exactitude de l’information. Et dans cette campagne, nos sociétés européennes, ayant à leurs yeux un peu trop de sens critique et se trouvant à l’opposé de cette conception, nos sociétés européennes sont donc devenues les cibles privilégiées de cette presse qui - à de très rares exceptions - se dévoie dans cette propagande.

Les débats télévisés BUSH-KERRY ont été pourtant des événements considérables et de grande qualité. Ce sont deux tempéraments, deux conceptions, deux façons de voir la société et le monde dans laquelle elle évolue et qui se sont opposées. Mais il n’y avait pas, dans les réponses apportées aux sujets sensibles - notamment en ce qui concerne le bourbier irakien - deux solutions différentes. Curieusement, et comme je le disais plus haut, même si l’on trouvait KERRY plus sympathique et intelligent que BUSH (l’illuminé de Dieu dont il se considère comme le bras armé du Bien contre l’empire du Mal), être dans un tel débat plus sympathique ou intelligent peut, dans ce contexte, être retourné comme une objection contre ce candidat lui-même. Mais ce débat télévisé a un peu mieux éclairé l’opinion américaine que la presse de propagande aveugle que je dénonçais plus haut. La démocratie américaine a démontré qu’elle pouvait encore bien fonctionner. (Passons l’anecdote de cette “affaire” du micro dans le dos de BUSH - non prouvée - par lequel ses réponses et arguments lui auraient soufflés par ses collaborateurs tout au long du débat !).

Et la France, dans ce grand déballage américain ? Même si certains excès fort médiatisés se sont largement atténués, ce qui agace le plus les américains ce n’est pas que Mr CHIRAC ou Mr De VILLEPIN ont tenté d’empêcher les américains d’intervenir, c’est de constater qu’ils avaient raison de le faire : si tout s’était passé facilement en Irak, on nous aurait facilement pardonnés, même si cela aurait été avec un brin de condescendance.

Les mensonges de BUSH, qui sont bien plus graves que ceux d’un CLINTON dans une affaire d’ordre strictement privé, “passent” aujourd’hui parce qu’il y a aujourd’hui une dénégation de la réalité. KELLY l’emportera-t’il parce qu’il parle vrai ? Rien n’est moins sur.

L’Amérique dérape. Et cela est grave pour tout le monde occidental. Face à cela, nous avons besoin plus que jamais d’une Europe forte.

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