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mardi, 27 septembre 2005

À PROPOS DES ÉLECTIONS ALLEMANDES

BILLET du 27/9/2005

Quelles leçons peut-on tirer du scrutin allemand alors qu’il n’y a eu ni vainqueur ni vaincu ? Bien sur, le résultat aboutit à un blocage institutionnel : ceci arrive en démocratie quand les deux principaux partis arrivent à même hauteur. Il n’y a nulle honte à cela même si la formation du nouveau gouvernement et la désignation du futur chancelier s’en trouvent plus compliquées.

Mais, au-delà de cette arithmétique électorale, il nous faut admettre que ces élections montrent une maturité de l’opinion allemande infiniment plus grande que celle française. L’Allemagne était en effet placée devant des problèmes redoutables. Le chancelier Schröder a proposé un plan qui s’attaque en profondeur à tous les problèmes de l’État-Providence : les retraites, la Sécurité Sociale, le Code du Travail, etc.... Parce qu’il était allé très loin dans cette volonté de réformes, Mr Schröder a jugé opportun de provoquer des élections anticipées pour disposer d’une confiance élargie. Or la CDU, par la voix de sa candidate, Mme Merkel, a repris à peu près les mêmes propositions de Mr Schröder mais en les aggravant plus sévèrement encore : c’était de l’ultra-libéralisme quand Mr Schröder n’était, lui, “que” libéral.

Finalement, la différence entre les programmes politiques de Mr Schröder et de Mme Merkel n’était pas énorme ; sauf que cette dernière et son entourage étaient plutôt maximalistes..., au point d’avoir effrayé certains électeurs.

Lors de ces élections, les allemands ont donc, en grande majorité (±90%), voté pour des partis qui préconisaient des réformes en profondeur de la société.

On aimerait bien qu’en France les partis politiques aient le même sens des responsabilités pour s’attaquer aux problèmes de fond de la société au lieu de faire de la démagogie.

L’Allemagne n’est pas du tout dans la situation d’un 21 Avril. La gauche allemande, représentée par Mr Schröder, est, en matière de réformisme, très en avance tant sur la gauche française que sur sa droite. Mr Schröder a aussi su faire preuve d’un grand courage quand il est allé jusqu’à remettre son mandat en jeu pour faire aboutir son ambitieux projet et faire sortir son pays des difficultés dans lesquelles il s’enfonçait ; alourdi qu’il est aussi par l’héritage d’une Allemagne de l’Est à l’économie et l’industrie totalement obsolètes.

Force est de reconnaître que les allemands ne sont pas aujourd’hui en situation de crise mais, tout au contraire, dans une situation très porteuse d’avenir : ils ont, sans conteste, cette capacité de regarder la situation de leur pays en face.

Ils ont sur ce point une avance certaine sur la mentalité française. Pour exemple, la pilule Schröder, telle qu’elle a été administrée avant les élections, est infiniment plus amère que celles administrées en France par Mr Raffarin en terme de réformes des retraites ou de la Sécurité Sociale : Mr Schröder est allé beaucoup plus loin que nous. Il n’hésite pas non plus de toucher au Code du Travail, ce qui serait totalement tabou chez nous.

Mme Merkel n’ayant pas gagné, Mr Schröder n’ayant pas perdu, même si pendant quelques semaines l’Allemagne va patauger, elle en sortira finalement grandie. Il est très vraisemblable que l’Allemagne continuera de rattraper son retard, de recoller au wagon de tête du progrès économique et social, de la construction européenne, quand la France risque, elle, d’être bloquée par ses batailles d’appareils.

Si, par ailleurs, on peut observer la résurgence d’une extrême-gauche alter-mondialiste, même si cela est plus réel à l’Est - avec les anciens communistes - qu’à l’Ouest, même en comptant avec les proches de Mr Lafontaine, le tout, mis bout à bout, n’excède pas 8% de l’électorat. Ce qui reste marginal.

Autre observation encore : l’Allemagne n’a pas de parti d’extrême-droite, du moins rien de comparable avec ce qu’en France représentent un Le Pen ou encore un De Villiers. Les partis susceptibles d’entrer dans le gouvernement y représentent une assise électorale très large, ce qui n’est pas le cas en France.

Il est bien difficile, aujourd’hui, de savoir qui sera le prochain chancelier, surtout quand il n’est pas impossible que se crée une grande coalition entre la gauche SPD et la droite CDU. Ce serait une sorte “d’union sacrée” comme on n’en a vue en France que dans des situations tragiques.

Il est, par ailleurs, curieux d’observer l’attention que cette élection allemande a suscitée en France : nos responsables politiques l’ont vécue comme si elle se passait chez nous.

Mais le bavardage politique français reprenant le dessus, on entend les pro-Hollande se gausser de la situation de Mr Lafontaine (le “Fabius” d’outre-Rhin), les pro-Fabius monter en épingle l’absence de majorité pour Mr Schröder parce que celui-ci n’aurait pas “su rassembler” l’extrême-gauche, les chiraquiens dénoncer les thèses ultra-libérales de Mr Sarkozy dont ils disent qu’elles ont été désavouées. D’autres, enfin, affirment que les deux grands partis ont été anéantis - ce qui est faux - et qu’il y a donc place pour une 3ème voie. Alors que les situations en France et en Allemagne sont trop divergentes l’une de l’autre pour qu’on puisse aboutir aux mêmes conclusions.

Il est donc amusant de constater combien nos mentors politiques ont tôt fait une projection psychologique des résultats allemands sur la situation française et ses pratiques.

Même si Mr Schröder n’a pas gagné les élections, sa remontée de 10 points en quelques semaines est spectaculaire. Et, parallèlement, Mme Merkel en perdait autant. Ils sont arrivés à la fin à quasi égalité.

Qu’est-ce que cela veut dire ?

Cela veut dire au moins 2 choses :
• si les allemands sont d’accord pour une cure d’austérité ou une potion libérale, ils sont contre une médecine ultra-libérale. C’est ce qui a fait perdre Mme Merkel. Lorsque son Ministre des Finances pressenti a annoncé un taux d’imposition unique quel que soit le niveau des revenus, les allemands ont dit :”là, c’est trop”. Mais, au fond, ils ont bien fait la différence entre libéralisme et ultra-libéralisme. Ce qui n’est pas le cas en France
• l’autre raison, c’est la formidable personnalité de Mr Schröder, un battant exceptionnel qui ne s’avoue jamais vaincu par des avis contraires. Il n’a pas ce côté maurassien monarchique que beaucoup de nos Présidents de la République française ont si souvent, ce qui diminue d’autant leur capacité de convaincre.

Ce que nous a démontré l’Allemagne est sa capacité de rebondir. Elle nous dit : “on est dans une situation difficile et on sait que l’État-Providence a un prix. Et, dans la situation actuelle, ce prix est trop élevé. Pour sauver l’essentiel, on est prêts à faire des sacrifices”.

Voilà la leçon. Et pas du tout celle hasardeuse de la classe politique française qui nous amuse de ses analyses partisanes scabreuses dont elle est coutumière.

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