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mardi, 07 décembre 2004

À PROPOS DES 3 SACRES

BILLET du 7/12/2004

Rarement a-t-on vu tant de sacres réunis en une seule semaine. L’événement mérite-t-il pour autant d’être souligné ?

1er sacre (par ordre chronologique) : Napoléon Bonaparte dont on a célébré le bicentenaire du couronnement. Événement, oui, où notre Histoire a vu se réconcilier les idées humanistes et généreuses de la Révolution avec un ordre monarchique enfin et nécessairement rétabli. Moment fascinant qu’a si bien rendu ce tableau de David, l’un des plus admirés - dit-on - de nos musées après celui de la Joconde. On ne sait ce qui l’emporte dans ce chef-d’œuvre : ou de la solennité pompeuse si bien rendue de l’événement, ou des regards si riches d’arrière-pensées des différents acteurs fixés sur la toile du maître, ou de la grande comédie de la scène politique - oui déjà - que constituait ce cliché de l’Histoire. Que pouvait donc avoir en commun la pensée d’un Siéyés, d’un Fouché, d’un Talleyrand, d’un Berthier ou encore d’un Pie VII humilié, face au triomphe d’un petit général arrivé au sommet des honneurs et entouré des ambitions portées par toute une famille ? Belle image de la comédie humaine qu’est (très souvent) tout acte politique de cette nature.

2ème sacre : celui du Bourget avec pour acteur central Mr Sarkozy. Qu’il séduise ou qu’il irrite, qu’on partage ou non ses idées, sa philosophie, ses méthodes, il ne laisse personne indifférent. Qu’on le veuille ou non, il y a du Bonaparte revisité chez cet homme-là. Il est vrai qu’il en a la même (petite) taille, la même volonté, la même ambition, le même foisonnement d’idées, la même capacité de séduction. Après ses Iéna, Arcole, Rivoli, Austerlitz, devra-t-il vivre son Waterloo, victime à son tour de toutes les coalitions tournées contre lui ? Nul ne le sait. Mais autre comédie humaine que fut aussi ce sacre version 21ème siècle.

3ème sacre : celui de Mr Hollande porté par le “oui” socialiste. Est-ce une bonne nouvelle pour la droite ? La gauche ? L’Europe ? Difficile de l’affirmer. Mais c’est en tout cas une bonne nouvelle pour la démocratie et, en particulier, pour le parti socialiste et Mr Hollande qui a pris, d’un coup, une dimension de présidentiable. Le parti socialiste a, en effet, donné une grande leçon de démocratie, d’une démocratie bien conduite, même contre Mr Jospin. Et quand l’un a tactiquement gagné, l’autre a nécessairement perdu.

On se souvient qu’après le désastre de la gauche du 21 Avril - à propos du vote de la Loi sur les retraites - il était devenu évident que le parti socialiste avait cessé d’être un parti de gouvernement : il n’avait aucune autre option à proposer face aux propositions présentées mais n’avait cependant pas manqué pour autant de les critiquer. L’on sentait bien qu’il y avait une sorte de déliquescence du parti majoritaire de la gauche. Aujourd’hui, avec le vote du “oui”, le P.S. redevient un parti de gouvernement. Et quand on voit la droite aujourd’hui s’en réjouir un peu hâtivement.... Hypocrisie ?

Défaite sévère et marquante en tout cas pour Mr Fabius : certaines langues vont même jusqu’à affirmer aujourd’hui que si celui-ci n’avait pas autant été le chantre du “non”, celui-ci aurait aurait peut-être obtenu un meilleur score. Est-ce sérieux ? Nul ne le sait, mais, cruellement, ce n’est pas exclu.

À la défaite personnelle de Mr Fabius, il y a peut-être une dimension morale : on la perçoit mieux quand on voit la position des socialistes européens qui ont été abasourdis par la malhonnêteté intellectuelle du reniement de Mr Fabius et des arguments qu’il a utilisés dans le débat. Ce n’était pas du tout le “non” qui était en question - les refus du “oui” de certains autres leaders du P.S. (Bellanchon, Gallo, etc...) n’étaient pas intellectuellement malhonnêtes car ils étaient cohérents avec eux-mêmes - mais Mr Fabius a usé du mensonge intellectuel, notamment en déformant les textes. Sa défaite est, finalement, une leçon de morale politique que lui a infligée la base. Il est des mensonges qui ne passent plus auprès de l’opinion.

Autre leçon de ce scrutin : on ne peut plus plus être candidat crédible à la Présidence de la République si on est contre l’Europe. Et aujourd’hui ce n’est plus prôner la “pensée unique” que de l’affirmer. Ne pas être européen, c’est un peu aujourd’hui comme vouloir jouer aux échecs à côté de l’échiquier (pourtant vieille habitude française !). Et même les discours de Mr Fabius, qui tentaient de faire croire qu’il était contre cette “Europe-là” mais pour “une autre” plus ou moins invertébrée, n’ont pas convaincu.

Et pour qui se demande encore comment il se fait que Mr Chirac soit devenu soudain européen - même si c’est avec une conception du rôle de l’Europe que je ne suis pas seul à ne pas partager du tout - je réponds que Mr Chirac n’est pas devenu européen mais tout simplement, par la logique des situations.... Président de la République (!) : nul ne peut nier son grand sens du pragmatisme.

Enfin, il faut constater qu’au P.S., même dans les fédérations de la région du Nord réputées plus intransigeantes et qui avaient voté contre Maastricht (surtout pour des raisons conjoncturelles), le mot “Europe” a définitivement remplacé le mot “internationalisme”, même celui “prolétarien”.

La campagne du “oui” au P.S. a donc fait surgir, je le disais plus haut, un nouveau candidat à la Présidence de la République : il était d’ailleurs frappant d’entendre Mr Hollande, au lendemain du scrutin, faire une prestation publique aux accents oubliés du mitterrandisme. Le côté un peu “rondouillard” du personnage a été gommé d’un coup.

En démocratie, il est bon que l’on ait face à soi des adversaires responsables : et là, Mr Fabius est passé à côté du train de l’Histoire. Mr Hollande, lui, s’y est installé et a pris soudain une dimension d’homme d’état, faisant des propositions de gouvernement et non plus de pure démagogie, et pouvant prétendre désormais les conduire. Et s’il lui faut encore rassembler les partisans du refus, il peut s’atteler désormais à bâtir un projet crédible pour les siens et de créer une dynamique autour. Il a deux ans pour le faire.

Autre leçon encore de ce scrutin : ce qui reste encore du parti communiste et de l’extrême gauche a été plus laminé, balayé et “anéantisé” que jamais. Il ne leur restera que les discours d’idéologie pure, un peu “Don Quichottesques”.

Autre donne enfin est celle de l’avenir de certaines générations d’hommes politiques, à droite comme à gauche. Entre la génération des Mitterrand ou des Chirac, et celle des Sarkozy, Bayrou ou Hollande, y a-t-il encore place pour la génération intermédiaire des Juppé, Fabius, Jospin, Strauss-Kahn et autres Lang? Il semble que la donne change, là aussi, en profondeur et en faveur de ces nouvelles générations.

C’est une forme de régénération de la vie politique française à laquelle nous assistons. Non que ceux de cette génération intermédiaire ainsi “sacrifiée” n’aient plus rien à dire, n’aient plus aucun rôle à jouer, mais leur espace se rétrécit de jour en jour.

C’est une richesse et une chance pour la France.

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