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lundi, 01 novembre 2004

À PROPOS DE MORALE & POLITIQUE

BILLET du 1/11/2004

Ce qui vient de se passer entre le Parlement Européen et la Commission, qui sollicitait son investiture, est important à plus d’un titre.

D’abord, face au Parlement qui représente les peuples - la Commission représentant, elle, les États qui choisissent les commissaires - voici que ce Parlement, qui n’avait jusqu’ici pratiquement jamais existé, a, (enfin !) montré qu’il a un rôle à jouer et que, lorsqu’il est en désaccord avec la Commission, il peut faire un bras de fer et finalement l’emporter. Ce Parlement a montré qu’il représente bien quelque chose, qu’il a un pouvoir et que l’Europe des peuples est bien en marche. C’est une très bonne nouvelle et cela anticipe sur ce que sera la future Constitution européenne.

Par contre, sur un autre titre, on peut être quelque peu exaspéré par cette résurgence du “politiquement non correct” qui a servi de détonateur à ce bras de fer. Non que l’on puisse forcement partager le sentiment de ce commissaire italien dont les propos étaient parfaitement idiots, non parce qu’il reflétaient ses convictions personnelles - dont on peut concevoir qu’elles soient fort respectables - mais parce qu’il était bête de les exposer comme il l’a fait : il a confondu la scène européenne avec la scène italienne.

Il faut pourtant savoir que ce qu’il a dit n’était rien d’autre que la position officielle de l’Église - et celle d’ailleurs de nombreuses autres religions monothéistes - opinion constamment rappelée par elles depuis toujours. Il n’a rien fait d’autre que de répéter ce que disent ces religions, à savoir que l’homosexualité est un “désordre” et que ceux qui la pratiquent sont dans le “péché”.

Que l’on soit en accord ou non avec cette position, qu’il soit interdit de le dire publiquement dans une institution représentative, cela peut poser problème.

Ceci pose aussi une autre question : sans aller jusqu’à dire qu’on n’a pas le droit d’être chrétien au Parlement européen, on constate qu’on n’y a pas le droit de le dire sur un certain nombre de sujets.

Pour autant un responsable politique peut-il raisonner en terme de “péché”, je le crois pas.

Comme chrétien, comme catholique, ou encore comme pratiquant de toute autre religion, le politique a parfaitement le droit de voir le “péché”, ou même de considérer que la femme n’a de place dans la société que sous l’”aile protectrice” de l’homme. Mais ceci relève de la morale et d’elle seule. Mais un responsable politique, n’a pas le droit de mettre ses opinions personnelles au premier plan : ce n’est pas ça que l’on attend de lui. On attend de lui qu’il fasse la Loi et la rende respectable et respectée.

Ce qui est arrivé ensuite à ce commissaire italien - qui a du depuis retirer sa candidature - il l’a cherché par sa provocation particulièrement malhabile. On ne va pas aujourd’hui pleurer sur lui.

Par contre, cet incident souligne l’unanimisme un peu “troisième gauche” du nouveau Parlement. L’ancienne pensée conservatrice - qui n’est pas pour autant une pensée d’extrême droite - ce “thomisme” de St Thomas d’Aquin dont elle se réfère et qui porte en lui le fondement d’une loi naturelle de longue tradition, cette pensée doit aujourd’hui faire face à un autre comportement naturel plutôt désordonné dont l’homosexualité - entr’autres faits de société - est partie intégrante.

Cela pose problème : a-t-on encore le droit d’être en marge de la “pensée unique” actuellement en vogue ? C’est en outre le problème de la désobéissance civique (type José Bové ou Noël Mamère), ou encore celle de ceux qui vont s’enchaîner dans les hôpitaux parce qu’ils sont contre les avortements.

Quand on commence la désobéissance civile, où s’arrête-t-elle ? Pourquoi celle de Mr Mamère serait-elle “sublime” et celle des défenseurs de la vie hostiles aux avortements serait-elle “abjecte” ?

Dans les phénomènes de “pensée unique”, faut-il que tout le monde pense comme Daniel Cohn-Bendit ? Nous pouvons aussi préférer qu’il y ait d’autres pensées à côté, même si elles dérangent.

Il y a aujourd’hui, dans les sociétés européennes, une tentation d’un ordre moral nouveau : pas celui du passé fondé sur la Loi, l’Ordre, la Religion ou la Famille, mais un autre ordre moral de remise en cause systématique des institutions.

Les cris d’orfraie que l’on entend contre l’ordre traditionnel sont-ils bonne chose? Nous sommes, la plupart, favorables à la séparation non seulement de l’Église et de l’État mais, comme disait Péguy, de la métaphysique et de l’État, ou encore de la morale et de l’État. C’est cela être “laïque”.

Nous devons être laïques, même contre nos propres convictions. C’est en cela que réside la difficulté d’être républicains.

L’ordre moral, ce n’est pas, ni ne peut être, “la morale”. Quand certains veulent administrer des leçons de morale publique, la plupart du temps, cela n’a rien à voir avec une préoccupation morale réelle. Le plus souvent il y a derrière leurs propos une préoccupation stratégique.

Pouvons-nous pour autant retirer le droit de cité à ceux qui ne pensent pas exactement comme nous ? Ce n’est pas souhaitable : ce serait insupportable dès lors qu’il ne s’agirait pas de propos réprouvés par la Loi.

La tolérance doit, dans nos sociétés, rester vertu cardinale. Mais que c’est dur parfois, aujourd’hui, d’être tolérant.

Sur un tout autre sujet, j’ouvrirai au passage une parenthèse : je considère que le vrai scandale vient de Mr Barroso lui-même, le Président de la Commission. La politique qu’il dessine aujourd’hui marque une volonté réelle de “punir” la France et l’Allemagne - reflet peut-être de la volonté de Bush Jr ? - au travers de la répartition des sièges : voici que ces deux pays, vrais moteurs de l’Europe, sont mis, par commissaires interposés, sur des postes mineurs et que tous les autres postes majeurs de la nouvelle Europe sont tenus par les pays baltes. C’est assez inouï.

La Commission dessinée par Mr Barroso se montre incapable de se poser face aux vraies réalités européennes et mondiales. Elle fait craindre une sorte de “descente aux enfers” de l’Europe face à la montée des autres continents. Espérons que Mr Barroso va se reprendre, cesser de mettre en avant ses convictions atlantistes et de faire la politique des USA, version Bush.

Mais espérons surtout que la France elle-même va se reprendre en refusant d’être représentée dans des conditions aussi humiliantes.

Mr Chirac s’égare sur l’Europe quand il veut la diluer en un vaste supermarché sans réelle volonté politique viable. Et il néglige ensuite la place de la France en Europe.

Il est urgent qu’il se ressaisisse.... lui aussi.

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