Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

samedi, 15 mai 2004

À PROPOS DE LA SÉCURITÉ SOCIALE

BILLET du 15/5/2004

Depuis combien de décennies parle-t’on de réformer la Sécurité Sociale ? Plusieurs gouvernements s’y sont déjà attelés avec plus ou moins de succès. On est même parvenu, il y a quelques années, à équilibrer ses comptes - ou presque - mais pour “replonger” aussitôt. Il est vrai que la croissance n’a pas été au rendez-vous escompté. Aujourd’hui, le déficit prévu est proche de 13 Md€. Il s’aggravera les prochaines années. Mr RAFFARIN a donc décidé de remettre ce difficile dossier en chantier.

C’est que la “Sécu” est, en France, une sorte de lien social entre les français : il est difficile de toucher à notre système de solidarité sans ébranler l’un des fondements de notre société. Mais, par ailleurs, notre “Sécu” est devenue un gouffre qui entraîne vers le fond toute notre économie. Elle nous met dans une situation insupportable. On ne peut plus continuer à combler ses déficits.

Il est observé dans les foyers de tous les pays développés que le poste qui a le plus évolué - et est devenu le plus dépensier de tous - est celui de la santé. La demande est infinie et sans cesse croissante : les techniques de soins - c’est fort heureux - évoluent mais sont de plus en plus onéreuses ; les malades surconsomment (particulièrement en France, championne du monde des psychotropes) ; la tricherie est endémique (parfois avec la complicité de certains médecins qui alimentent le scandale, entr’autres, des “arrêts de travail” de complaisance) ; toute la “misère du monde” s’est largement importée dans nos hôpitaux qui sont eux-mêmes menacés. Le système a tant augmenté dans ses excès qu’il en est devenu pervers. La “Sécu” est devenue agonisante : il est urgent, maintenant, de la sauver.

Les premières mesures annoncées par le gouvernement permettraient une économie de 6 (à 9 ?) Md€. Mais face aux 13 Md€ de déficit de cette année, c’est encore très insuffisant.

Comment donc “s’en tirer” ? Les causes sont, il est vrai, d’abord structurelles : on ne peut ignorer les innovations techniques évoquées plus haut qui ont un coût qu’on ne peut rationaliser. On pourrait envisager par ailleurs une réforme de fond : mais on ne voit pas en quoi elle consisterait. C’est, finalement, le système de financement de la “Sécu” qu’il va falloir lui-même réformer. L’État sera contraint de mettre encore beaucoup d’argent, mais il ne peut plus être seul à le faire. Malgré les dénégations, échappera-t-on à l’augmentation de certaines taxes ou TVA, ou encore des cotisations, de la CSG ? Rien n’est moins sûr. Parallèlement, les “déremboursements” vont se multiplier, l’usage imposé des “génériques” s’amplifier, le rôle de l“autorité” (qui juge du maintien ou de la mise sur le marché des nouveaux médicaments “remboursables”) devenir plus pressant, etc....

Pourra-t’on éviter de porter aussi réflexion sur le caractère ultra-libéral de notre “Sécu” ? Le libéralisme “à la française” a aussi son coût. Réelle contradiction, d’ailleurs, de la “gauche” française qui, par principe, est opposée à tout libéralisme mais soutient celui fort généreux du système actuel.

On ne pourra pas écarter non plus le recours à une plus grande responsabilisation des malades et des médecins (même si la grande majorité d’entr’eux ne peuvent être accusés d’agir de façon irresponsable). La surconsommation “à la française” de médicaments est bien le fruit de prescriptions accordées trop généreusement par des praticiens pour “tranquilliser” leurs patients. Les français seraient-ils si différents à soigner que d’autres ? C’est une démagogie de la “droite”, alors qu’elle pouvait faire cette réforme, de ne pas l’avoir entreprise.

Autre mesure encore : le “dossier médical généralisé”. Allemands et hollandais ont obtenu des résultats très encourageants. Par contre, un nouvel effort est devenu indispensable : celui de la “prévention”. Elle est, en France, largement sous-développée : les retombées en seraient bénéfiques pour tous, tant pour la santé des français que pour un meilleur équilibre des comptes de leur “Sécu”.

On ne manquera pas d’imaginer d’autres remèdes. Le système social français est - on aime le répéter - l’un des meilleurs du monde. Pourtant, ce n’est pas “le” meilleur : il est seulement le plus “confortable” de tous. Devant le désastre qui menace notre “Sécu”, nous ne pouvons plus nous contenter d’être de simples spectateurs : nous sommes tous concernés et nous devrons largement y contribuer. Tous devront “mettre la main à la poche” quel que soit leur régime actuel de couverture sociale.

La solidarité et la justice sociale ont un prix. Quitte à abandonner bien des habitudes “à la française”, on ne pourra plus s’abriter longtemps derrière les “droits acquis”. Notre système social - pilier de notre société - est menacé d’une mort certaine. Il faudra beaucoup de courage pour le sauver.

Les commentaires sont fermés.