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lundi, 07 juin 2004

À PROPOS DE LA "GAYTITUDE"

BILLET du 7/6/2004

Rarement un article de presse (Claude IMBERT - Le POINT - “Gay, gay, marions-nous”) que j’avais repris ici le 30 Mai m’a valu tant de réactions, parfois fort passionnées. Je me trouve même être interrogé par quelques-uns (à quel titre ?) sur ma position personnelle face à ce qui semble passionner actuellement une certaine classe politique dite “branchée”. Même Mr LE PEN y est allé aussi d’un surprenant brin de démagogie racoleuse. (Face au tollé provoqué, il s’est dédit depuis !)

Le sujet me parait trop sensible pour qu’on puisse le traiter à la légère. C’est un vrai problème de société. N’apprend-on pas qu’il y aurait en France non pas quelques dizaines de milliers “seulement” de “gays” mais plusieurs millions ? Les estimations publiées par ceux qui ont à connaître de ce sujet nous affirment qu’il y aurait partout dans le monde “près” de 90% de la population qui serait hétérosexuelle et “assurerait naturellement la continuité du genre humain” (voilà qui est quand même rassurant !), mais “un peu plus” quand même de 10% de la population qui aurait des attirances sexuelles “autres”, même si beaucoup le cachent soigneusement parce que notre société les y oblige, parfois au prix de drames épouvantables.

Un simple calcul : environ 35 millions de français en âge de procréer x ±10% =.... La population “gay”, qu’elle soit cachée ou non, est bien une minorité, mais pas du tout aussi marginale que nous pouvions l’imaginer. La nature humaine (ou animale) imposerait donc ainsi sa loi sans que quiconque puisse y apporter le moindre correctif. C’est un incontournable “fait de Société”. Il force à réfléchir, et sans animosité aucune, aux problèmes qu’il pose à notre Société.

Examinons donc les règles fondamentales qui régissent actuellement son organisation.


1°/ Le “Mariage”. Le mariage est, par nature, l’acte solennel fondateur d’une famille. Il ne se limite pas à l’union de deux personnes décidées de faire chemin ensemble : il est le cadre légal d’accueil de ce qui constituera demain une nouvelle famille, elle-même prémices à d’autres familles qui se suivront et se poursuivront ainsi de générations en générations. Vouloir enfermer le mariage dans un simple acte administratif et sans perspective de prolongement naturel est tout-à-fait réducteur. “(Le mariage) est une ambition sans limite.... qu’appelle le large” (Rainer Maria Rilke - "Lettres à un jeune poète")

2°/ Le “Pacte Civil de Solidarité” (“PACS”). Le “Mariage” étant ce qu’il est, doit-on pour autant fermer la porte à deux personnes de même sexe qui veulent faire chemin ensemble tout au long de leur vie ? Certainement pas. Et il n’est pas besoin d’agiter la sacro-sainte ”égalité des droits” pour l’affirmer. Mais il est certain que si deux personnes qui s’unissent ont le droit de pouvoir régler, au regard de la Loi, les problèmes sociaux ou patrimoniaux auxquels elles peuvent être confrontées, il est inconvenant d’utiliser l’institution du “mariage” pour assurer ce seul droit. Ce n’est pas la vocation de cette institution fondatrice. C’est la dénaturer que de l’admettre.

Le législateur a donc institué, probablement pour cette raison, le “PACS”. Mais prudent - trop peut-être ? - il a introduit plusieurs dispositions qui se révèlent être aujourd’hui d’inutiles précautions dont l’effet est négatif :

a/ sur le plan de la forme (dont on sait les importants aspects psychologiques induits), pourquoi avoir fait du “PACS” une sorte d’acte honteux et caché dans quelqu’obscur bureau, éloigné de la présence des familles ou des proches qui voudraient, lors de cet engagement légal, entourer ceux qui ont décidé d’unir leurs destinées ? C’est un manque d’égards : tous ont droit à respect et affection. Si la Loi doit s’assurer de toutes les garanties avant d’autoriser cet acte, rien ne justifie ensuite un tel obscurantisme pour l’officialiser. Serions-nous devenu une société secrète ? Ouvrons un peu plus grandes les portes de nos “Maisons Communes”, comme nous y accueillons déjà les “mariages civils” ou encore les “parrainages républicains” (improprement appelés aussi “baptêmes républicains”).

b/ sur le plan du fond ensuite, alors que l’acte de “mariage” prend plein effet dès sa célébration, le “PACS”, lui, n’accorde le bénéfice de certains droits qu’après un délai de plusieurs années. On pourrait croire que l’on met les “pacsés” en tutelle. C’est inutilement frustrant : le “PACS” doit pouvoir prendre plein effet dès sa signature.

3°/ Le “Droit aux Enfants”. Il faut être bien présomptueux pour faire croire que deux personnes de même sexe ne pourraient pas donner à des enfants une éducation de qualité. Les exemples ne manquent d’ailleurs pas pour le démontrer. Mais le problème se situe tout-à-fait ailleurs. Deux questions essentielles se posent prioritairement : notre société est-elle en mesure d’accueillir en son sein des enfants issus de ces “foyers” sans risque de les accabler de brimades, de moqueries ou autres remarques ? Ces enfants, surtout dans leurs âges fragiles, sont-ils en mesure de n’en être pas déstabilisés ? Le risque est immense. La réponse à ces deux questions est : “non” et “non”. Notre société n’est pas encore prête (suis-je seul à le penser ?) à avoir un autre regard que celui qu’elle porte actuellement sur le mode de vie commune des personnes de même sexe. Il faudra beaucoup de temps, comme le soulignait très justement Claude IMBERT dans son éditorial, pour gommer ce réflexe. Il est aujourd’hui encore urgent d’attendre. Un autre jour....

4°/ La “Morale”. Autre débat que celui-là. On ne peut contester à ceux dont c’est la charge et le devoir de dire la “morale”, que cela soit par des religieux ou des agnostiques : il est nécessaire qu’elle soit rappelée sans relâche aucune..., ou notre Société perdrait vite ses repères. Nous avons chacun en nous une part d’idéal qui est notre propre héritage, notre propre ancrage. Nous ne serions, sans lui, que de pauvres épaves ballottées par les flots jusqu’à ce qu’elles se brisent sur le premier récif venu. Nous devons ensuite permettre que cet héritage soit préservé et transmis.

Face à ce difficile mais nécessaire équilibre entre morale et réalité, J.F. KENNEDY affirmait que “le vrai politique, c'est celui qui sait garder son idéal tout en perdant ses illusions”. Charles DE GAULLE, de son côté, nous a laissé un message presqu’identique : “La politique...., c'est une action pour un idéal à travers des réalités”.

Écartelé entre idéal et réalité, l'homme - et le politique - tentent de trouver une solution à cette apparente contradiction. Cette responsabilité honore ceux qui ont le courage de l’affronter. Avec respect et humilité.

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