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samedi, 01 mai 2004

À PROPOS DE L'EUROPE RÉUNIFIÉE

BILLET du 1/5/2004

Les uns disent de ce 1er Mai 2004 que l’Europe s’est “élargie”, un peu comme si elle avait soudain pris quelqu’embonpoint ankylosant. Je ne partage pas cette façon de s’exprimer : je préfère plutôt parler d’Europe “réunifiée” dans ses frontières, celles fixées par son Histoire et sa Culture qui en font une vraie communauté de pensée. Seules manquent encore quelques nations - notamment la Bulgarie, la Croatie et la Roumanie - pour que cette œuvre soit enfin achevée.

Europe “élargie” ? Ou Europe “réunifiée” ? Débat sémantique, dira-t-on. Et pourtant il s’agit bien de deux visions très différentes l’une de l’autre.

L’Europe s’est en effet construite autour de valeurs communes apportées, voici deux millénaires, par le christianisme, lui-même hérité de l’Empire Romain, enrichi des philosophies grecques, renouvelé ensuite par le Moyen-Âge, la Renaissance, la Réforme, les Lumières, le Romantisme, l’essor de l’Industrie, engendrant Humanisme et Solidarité Sociale. Le ciment de l’Europe s’est, lui, formé par l’écheveau tissé de ces sillons de pensée entrecroisés qui conduisaient ses peuples à se brasser, les uns se dirigeant vers la Terre Sainte, les autres vers le Mont Athos ou Rome, ou d’autres encore vers Vezelay ou Compostelle. De nos jours, nous avons aussi Taizé. L’unité de l’Europe est fondée sur cet esprit d’ouverture et de liberté. C’est dans cette Europe que sont nés ensuite les Droits de l’Homme, ce respect de l”autre” qui a engendré la notion de laïcité.

C’est une faute grave de ne pas avoir rappelé dans le préambule de la future Constitution Européenne les fondements historiques de l’Europe, et ce au nom du respect ici totalement déplacé d’une pseudo laïcité. Ce préambule aurait été sa véritable carte identitaire.

Quant à l’Europe dite “élargie”, ce serait considérer que ce 1er Mai 2004 n’est que le fruit d’accords économiques ou politiques bien éphémères et à géométrie variable - et ce y compris dans des frontières mal définies. Ce serait très réducteur et restreindrait considérablement la portée de l’événement.

L’Europe, c’est tout autre chose : c’est surtout cette longue Histoire commune, cette Culture partagée. Des fous ont tenté hier de nier cette communauté de pensée en érigeant un rideau implacable. Ils ont été balayés par ce profond sentiment identitaire.

Nous voici donc projetés, au travers de ces deux visions différentes, dans le débat sur les frontières naturelles de l’Europe. Nous voici face au dilemme turc.

Le Président CHIRAC, lui-même confronté à la réticence instinctive exprimée par la majorité des français, s’est montré, sur ce sujet, très circonspect. L’entrée de la Turquie c’est, a-t-il affirmé, pour dans très longtemps, “10 ans ou peut-être plus” encore.

Cette position d’attentisme ne me parait pas digne du respect que nous devons porter à la Turquie, à ce peuple de 70 millions d’habitants qui pèse autant à lui seul que les 10 nations réunies qui viennent de nous rejoindre. Pourquoi ne pas dire dès aujourd’hui que la Turquie est un peuple voisin de l’Europe, mais appartenant historiquement et culturellement à l’Asie ? Cette nation a un rôle charnière entre ces deux continents. Mais il faut dire haut et fort que la Turquie n’est pas en Europe, quand bien même elle irait jusqu’à renier demain sa propre Histoire, sa propre Culture (ce qui serait fort dommageable pour l’Humanité entière), quand bien même elle ne serait plus musulmane à 99%, Istanbul laissant resurgir Constantinople, quand bien même encore elle parviendrait à gommer l’immense écart de niveau de vie qui sépare sa population de la relative opulence de nos nations européennes, même celles les plus déshéritées.

L’Europe a des devoirs face à la Turquie et on ne peut contraindre ce peuple à une attente dégradante : non seulement les rapports entre la Turquie et le continent européen sont anciens et ont marqué depuis plusieurs siècles notre Histoire et notre propre Culture (notamment depuis la période des Lumières) mais, plus récemment, des milliers de juifs chassés d’Europe ont trouvé un refuge sûr au sein de cette nation profondèment musulmane. Mais, paradoxalement, cette dernière ne parvient pas à résoudre le difficile problème arménien. Pour autant, ce conflit latent ne peut en rien entamer notre dette. L’Europe a un impérieux devoir de reconnaissance et doit en tirer les conséquences au travers d’accords de coopération exemplaires et privilégiés.

Mais l’Europe doit être ce qu’elle est et rester dans ses frontières historiques. Pourquoi intégrerions-nous la Turquie quand nous refuserions par ailleurs un autre voisin - la Russie occidentale - pourtant historiquement et culturellement beaucoup plus proche de nous ?

Nous devons respecter notre Histoire, notre Culture, notre identité.

C’est notre gage de paix, extérieure et intérieure. Il nous faut le préserver avec soin.

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