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vendredi, 10 juin 2005

À PROPOS DE L'APRÈS 29 MAI (Part.2)

BILLET du 10/6/2005 - Part.2

Le non et l'état de la France

Le “non” du 29 Mai au Traité Constitutionnel Européen a eu pour effet, outre le retard considérable qu’il va apporter à la construction de l’Europe, celui plus emblématique d’entraîner la recomposition du paysage politique français.

Conçu comme un référendum censé de rebâtir une légitimité à Mr Chirac, ce scrutin s’est transformé en un vote insurrectionnel, une sorte d’“intifada” démocratique.

Il se traduit par le krach de la représentation nationale, avec un corps social votant à 55% pour le “non” tandis que la classe politique était à 90% pour le “oui”. Et, comme en 2002, les seuls vainqueurs sont les extrêmes.

La première et principale victime de cette débâcle est Mr Chirac : réélu miraculeusement il y a 3 ans avec 82% des voix - mais dans les circonstances que l’on sait - il est aujourd’hui discrédité tant en France qu’en Europe et dans le monde.

Il avait déjà suicidé sa majorité en 1997 avec une dissolution ratée. En 2005, c’est avec la construction européenne que “sa légèreté et son irresponsabilité” (Nicolas Baverez) l’ont poussé à jouer à la roulette russe.

Ce chroniqueur, dans une de ses toute récentes tribunes, écrit encore : “Mr Chirac est à la présidence de la République ce que fut Derrida à la philosophie : le héraut de la déconstruction morale et civique, avec le triomphe de la démagogie et des extrémismes, la déconstruction des institutions avec la dénaturation de la Vème République”. Et de développer ensuite la déconstruction économique, celle sociale ou encore celle diplomatique.

La formulation est peut-être un peu sévère. Mais qui donc peut aujourd’hui prétendre le contraire ?

Pour répondre à ce discrédit, Mr Chirac met donc Mr De Villepin à Matignon, rappelle Mr Sarkozy en numéro deux à l’Intérieur, fait sauter quelques têtes qui n’avaient pourtant pas tant démérité, et se livre au jeu habituel des chaises musicales.

Je l’ai déjà dit plus haut (1ère partie de ce Billet) : on affirme que cet échec “c’est la faute au chômage”. On entend ensuite à la tribune le nouveau Premier Ministre déclarer : “Je vais personnellement mener la bataille pour l’emploi”. Tout comme si le malheureux Jean-Pierre Raffarin s’était tourné les pouces pendant 3 ans !

C’est vrai : le chômage est devenu une “spécialité française”, un peu comme le dit, non sans humour, Patrick Bonazza, “ses bons vins, ses concours de pétanque, ses églises romanes et ses restaurants étoilés”.

Ce n’est pas nouveau : déjà, en Octobre 1975, le Premier Ministre d’alors - Mr Jacques Chirac - à propos d’un chômage qui ne comptait alors qu’un million de chômeurs (contre trois aujourd’hui) affirmait apercevoir “le bout du tunnel”. C’était peut-être aussi une forme d’humour. Les français semblent depuis ne plus du tout apprécier.

Sans nier les éminentes qualités humaines de Mr De Villepin, on peut s’interroger de savoir si, pour répondre à ce problème du chômage, ce brillant diplomate et fin lettré avait le profil nécessaire du médecin appelé à soigner le “malade France”. Même accompagné de cet autre éminent spécialiste, mais ès-sécurité, qu’est Mr Sarkozy.

“Là où il fallait un calculateur, ce furent deux danseurs qui l’obtinrent” (Beaumarchais). À son époque, on ne connaissait pas encore le mot “économiste”....

Mr De Villepin attire certainement à lui beaucoup de sympathie grâce à un discours d’anthologie qui a marqué la tribune des Nations Unies lors de la crise irakienne face à la diplomatie US. Mais cela suffit-il pour rendre confiance aux français ?

Je mets entre parenthèses la question de savoir de combien de ministres Mr De Villepin a le réel appui face à ceux qui soutiennent de leur côté Mr Sarkosy ? Mesquine politicaillerie, dira-t-on. Mais Mr Chirac pouvait-il mettre à leur place Mr Fabius ou Mr Besancenot ?

Ceci étant, quand ensuite on entend encore Mr Chirac dire qu’ “on va défendre le modèle social français”, il y a de quoi faire dresser les cheveux sur la tête. Même sur celle des chauves !

Le “modèle social” français, c’est 1.080 milliards € de dettes - je dis bien euros et pas francs anciens ou nouveaux ! Le “modèle social” français, c’est encore un million d’enfants pauvres, trois millions de chômeurs, un million deux cent mille RMistes. Quand on additionne cela avec les autres dépendants du système, on arrive à un total de plus de six millions de français en situation de totale précarité.

Si la France était une entreprise, elle serait depuis longtemps en liquidation. Et, dans quelques mois, nous devrons être mis sous la tutelle de l’Europe.

Qu’on cesse donc, une fois pour toutes, de nous parler du “modèle social français”, que cela plaise ou non à certains : IL-EST-FI-NI.

Aucun doute n’est plus permis : le “plein emploi”, le “progrès social” sont aujourd’hui anglo-saxons, quand le chômage et la régression sociale sont français. Je l’ai déjà dénoncé à maintes reprises, malgré les cris d’orfraies que j’ai entendus ici ou là.

Le chômage ne diminuera donc pas sans une refonte de ce pseudo-modèle social et la conversion à une forme de libéralisme économique. La droite n’a de choix qu’entre : • ou la sauvegarde du modèle français qui n’est rien d’autre que la dégradation de l’actuel compromis ni social, ni libéral mais malthusien • ou une authentique politique libérale.

Le retour au plein emploi ne sera possible que si l’on débride en France les quatre moteurs de la croissance que sont le travail, la production, l’innovation et les talents. Les types d’expériences menés en Europe et inspirés de ces principes - que ce soit au Royaume-Uni, en Suède, au Danemark, voire même en Espagne - ont réussi à rétablir le plein-emploi, ou à réduire le chômage de façon drastique.

Pour cela, il faudra faire appel à tout le génie français pour convaincre nos compatriotes de cette nécessité de changer de système social pour s’orienter vers un autre de concept plus libéral ; tout en les préservant de certains de ses excès.

Il est aussi, à propos de l’emploi, une autre loi économique qu’on ne peut ignorer : “la conservation de l’emploi maintient le chômage et la destruction d’emplois crée des emplois”. Loin de nous l’idée de laisser faire une pratique brutale de ce principe : il est des garanties sociales qu’il faudra impérativement préserver. Mais cette loi reste immuable : il faudra donc en maîtriser ses effets implacables.

Il faut enfin rompre avec cette hypocrisie qui laisse penser que tout ce qui est advenu a été déterminé par solidarité avec les plus pauvres ou les chômeurs. C’est plutôt le contraire : le référendum a montré que ce ne sont pas les chômeurs qui ont majoritairement voté “non” mais tous ceux qui, aujourd’hui, sont (relativement) “nantis” ou ont un travail et qui craignent de le perdre demain.

Le “non” du 29 Mai n’a donc pas modifié l’ardente obligation où la France se trouve placée aujourd’hui de se réformer en profondeur.

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