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lundi, 06 juin 2005

À PROPOS DE L'APRÈS 29 MAI (Part.1)

BILLET du 6/6/2005- Part.1

Une fois de plus, ce 29 Mai, la droite a perdu la bataille des idées. Cette fois-ci sur la question européenne : pas seulement parce qu’elle a perdu le référendum - alors qu’elle était globalement unie autour du “oui” - mais parce que pour défendre ce projet de Traité Constitutionnel la droite a été obligée d’abandonner toute référence au libéralisme, même le plus tempéré.

Du coup, l’échiquier politique s’est déplacé sensiblement vers la gauche. Bataille perdue des idées, ici sur l’Europe, comme hier sur l’Éducation : il n’y a guère que sur les questions de sécurité que la droite aura marqué quelques points.

On se console - un peu bêtement à mon sens - en contemplant le triste état du Parti Socialiste. L’éviction du P.S. de Mr Fabius est pour la droite, en termes électoraux et tacticiens, une bonne nouvelle : l’élimination de ce présidentiable “historique” rend plus difficile en 2007 l’émergence d’un fédérateur capable de remettre sur pieds ce parti aujourd’hui éclaté.

Je ne crois pas pour autant qu’il y a lieu de trop s’en réjouir : il est préférable d’avoir à gauche un vrai parti démocratique et solide, défenseur de l’idée européenne, plutôt que les autres aventuriers de tous poils qu’on y trouve à côté. La démocratie a besoin d’un face à face de “bons ennemis” responsables.

La droite a donc perdu. Mais, pour autant, la gauche n’a pas gagné.

Il faut s’interroger à présent sur l’Europe. Y a-t-il un “plan B” ? Oui, il y a un “plan B” ! Mais pas du tout celui qu’on imaginait : il y a un “plan B” comme.... Blair !

Que vient-on de faire ce 29 Mai ? La France, qui a “inventé” l’Europe, qui pendant 50 ans s’est battue pour la faire - ce qui lui a permis de beaucoup gagner en prestige comme en économie - la France vient de donner les clefs de l’Europe à Mr Blair. Et pas seulement parce que l’Angleterre prend la présidence tournante de l’Europe dans quelques jours, Mr Blair en a pris, de fait, le leadership moral et politique. Nous venons d’assister, pour une longue période, à la fin de l’idée d’une Europe politique. C’est un succès complet des libéraux atlantistes. La presse anglo-saxonne, des 2 côtés de l’Atlantique, ne cesse d’applaudir : les USA n’ont plus à craindre pour leur domination sur les affaires du monde. Et quand on pense que des gens de gauche ont fait voter “non” pour barrer la route au libéralisme !

Quelle bévue politique !

Si la droite a du abandonner toute référence au libéralisme dans sa bataille d’idées, si la gauche l’a sottement diabolisé, c’est le libéralisme mondial qui, aujourd’hui, triomphe en Europe. Ce n’est pas le moindre paradoxe de ce 29 Mai.

Avec ses 55%, le “non” au projet européen du 29 Mai - le seul dont je parle ici - a été catégorique. Mais, contrairement à ce qu’on entend ici et là, il n’est porteur d’aucun message : il y a le “non” tactique de Fabius, le “non” souverainiste, le “non” d’extrême-droite, le “non” de Besancenot, le “non” de la gauche d’antan. Cette cacophonie des “non” n’est porteuse d’aucun message audible sauf, peut-être, celui d’une certaine haine du libéralisme. Par contre le message du “oui” l’est clairement : il est celui de 45% de français réunis autour d’une même idée de l’Europe, même s’il comporte mélangés des électeurs de gauche ou de droite avec ceux du centre.

Quand donc j’entends dire aujourd’hui qu’il “faut écouter le message des français”, je reste interrogateur : que peut-on percevoir aujourd’hui de ce “non” informe au projet européen qui, bien que majoritaire, ne représente rien ni personne ? On ne peut que constater son émiettement. Les français savent très bien ce qu’ils ne veulent pas, mais ils ne savent pas pour autant ce qu’ils veulent. Déjà Chateaubriand, soulignait cette singularité dans ses Mémoires d’Outre-Tombe.... Qui nous garantit aujourd’hui qu’aux prochaines élections présidentielles le candidat le mieux placé en tête recueillera plus de 10% des voix ? L’enchevêtrement des candidats, de droite comme de gauche, qui, tous, se sentent en charge de la France - comme tous ces précepteurs du 29 Mai qu’on a entendus - laisse prévoir un encombrement sans précédent.

Il n’y a donc pas “un” message du 29 Mai, mais un entrecroisement de messages très différents.

Lorsque, par facilité et parce que c’est la règle en démocratie, on dit que les politiques sont aujourd’hui “dans l’impasse”, ou qu’ils sont “dans la contradiction”, cette contradiction ne reflète-t-elle pas celle d’un pays qui, au fond, fait et dit n’importe quoi plutôt que de regarder l’avenir ? Il y a une sorte de volonté des français de ne rien bouger, comme si le passé, et même le présent, étaient “l’âge d’or” et que tout ce qui peut se produire demain serait une catastrophe. Les français ont l’angoisse de l’avenir.

Les sociologues nous expliquent que les français ont voté “non” parce qu’il y a 10% de chômeurs : il y en a autant en Espagne et, pourtant, on y a très largement voté “oui”. Il y en avait davantage encore au moment de Maastricht quand les français ont aussi voté “oui”. Qu’on cesse de nous raconter des histoires : la France est-elle dans un état tel et au moment le plus malheureux de son histoire depuis un demi-siècle ?

Le problème numéro un du nouveau gouvernement - et celui des politiques - est donc de chercher à comprendre ce qui se passe. Ce n’est pas toujours le cas aujourd’hui : on l’a bien vu lors de ce débat étonnant entre le Président et les jeunes. Manifestement, Mr Chirac ne comprend plus rien à la France.

Mais, une fois que les hommes politiques auront compris - en espérant que cela arrive un jour - leur devoir est-il d’être alors à la remorque de ce qui leur paraît être vaguement majoritaire ou dominant dans l’opinion ? Si Mr Badinter avait suivi les sondages, ou organisé un référendum en 1981, sur la peine de mort, aurait-elle été abolie ? On pourrait donner maints autres exemples sur ce face-à-face du peuple et de la démocratie.

Le rôle des politiques ne peut pas être de confondre la démocratie avec la démagogie. Il faut donc “interpréter” ce scrutin du 29 Mai et non en tirer mécaniquement des leçons contraires à l’intérêt général qui insulteraient l’avenir.

Il faut craindre, à ce propos, que l’idée de référendum soit morte en France pour longtemps. C’est une procédure de la démocratie que les partisans du “non” ont totalement déconsidérée. Quand un responsable politique comme Mr De Villiers - et je cite ici son nom avec regret - a versé dans le sens de la xénophobie, du passéisme, de la haine de l’étranger et quand, pour cela, il a dit “vous avez tous une raison de voter non”, cela veut dire qu’il n’y a plus de démocratie. Parce qu’un référendum c’est une réponse précise à une question donnée, à la différence d’une élection qui est une réponse générale à une situation générale.

Quand on vous parle d’une Constitution et qu’on vient à répondre n’importe quoi et de tout, sauf sur la Constitution, on tue la démocratie.

Messages différents du “non” ai-je dit ? Oui. Mais ici je ne parle que du seul message sur l’Europe.

Celui sur l’état de la France ? Ce sera un autre sujet. (à suivre)

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