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lundi, 21 juin 2004

À PROPOS DE L'ACTION SYNDICALE

BILLET du 21/6/2004

Mettant peut-être à profit la longue période électorale que nous venons de traverser, la C.G.T. a entamé une sorte de “bras de fer” avec le gouvernement, que ce soit à propos de la réforme de l’assurance-maladie ou celle de l’européanisation du statut d’EDF/GDF.

L’exercice du droit syndical est un droit que l’on est parvenu à “sanctuariser”, parfois au prix de concessions sociales exorbitantes, en s’efforçant de le concilier tant bien que mal avec le droit du citoyen-usager ou encore l’obligation de servir le publics. Il semble cependant que la C.G.T. a, depuis peu, décidé de changer de stratégie, si tant qu’elle en ait encore une et que son rôle ne soit désormais limité à ne pas trop se laisser déborder par sa base. Et l’on voit refleurir un peu partout les coupures arbitraires de courant tendant ou à affaiblir notre économie ou à médiatiser l’action revendicatrice.

Bernard THIBAULT, le Secrétaire Général de ce syndicat - que l’on présente comme plus ouvert aux discussions que certains de ses prédécesseurs - n’a probablement pas changé d’avis par rapport à ceux-ci ; mais ses “troupes” glissent ici ou là vers des formules plus radicales ou s’en vont chez SUD, un syndicat concurrent beaucoup plus virulent dans ses formes d’action.

(C’est un peu ce que CHÉRÈQUE a du faire de son côté quand il a constaté que l’esprit de la réforme, auquel son mouvement était culturellement plus ouvert, était refusé par ses propres militants)

Une certaine catégorie (très minoritaire) de la population, sous prétexte de “défendre le service public” (tout en le massacrant avec méthode et ténacité), organise maintenant ces coupures de courant électrique et s’approprie celui-ci comme si elle en était la propriétaire, reprenant ici, distribuant là.

Ce qui frappe cependant dans ces nouvelles formes d’actions syndicales, est l’inouïe capacité des français d’accepter le viol absolu de la Loi dont, s’agissant des coupures pourtant proscrites par elle, ils sont les victimes. La C.G.T. elle-même les avait condamnées et, soudain, elle les accepte.

Ce qui est devenu préoccupant est cette sorte de capitulation de la population française face à ces situations : les français finissent par s’habituer à ces scandales (car ce sont bien d’authentiques scandales condamnables) qui sont un signe préoccupant de “mithridatisation” de son opinion.

Le monde entier salue l’ère REAGAN comme une période importante de l’histoire de la démocratie face aux dangers du communisme. On se souvient que ce Président, confronté en 1981 à une vaste grève des contrôleurs fédéraux de la circulation aérienne - agents privés du “droit de grève” de par la Loi américaine (comme en France pour certains services de sécurité) - ces contrôleurs US mettaient alors en danger la “sécurité publique” : le Président REAGAN a immédiatement réagi et mis à la porte 11.500 de ces fonctionnaires illégalement grévistes. Surprenante décision d’un Président “libéral” mais pour qui “la Loi devait rester la Loi” dans un pays civilisé, et quand celui-ci voulait le rester. Belle leçon à méditer que voilà. Depuis, aux USA, la Loi n’y est plus bafouée avec désinvolture comme elle l’est ici.

La Loi française - maintenant européenne - n’est plus du tout respectée, ou si peu encore. La seule loi connue désormais est celle de la “vocifération” (la loi du “tapage” comme le dit le Dr KOUCHNER). Mais il faut aussi observer que si nous parlons aujourd’hui des statuts de l’EDF/GDF, c’est bien parce qu’il y a eu des coupures de courant : sans ces coupures, l’opinion aurait été beaucoup moins émue. Le poids des médias est tel que personne n’y échappe plus.

Je ne suis pas seul à penser que l’attitude de la C.G.T. (ou de ses dérivés) est détestable : elle se met actuellement toute l’opinion à dos. Ce n’est pas utile à l’intérêt bien compris des agents d’EDF/GDF. À noter que les autres syndicats sont d’ailleurs, dans leur majorité, plutôt réservés face à certaines actions qui relèvent de la pure “voyoucratie”. Même le Parti Socialiste, par la voix de Jack LANG, a condamné ces faits. Si ces coupures ne s’arrêtent pas au plus tôt, on s’orientera inévitablement vers une épreuve de force dans laquelle la C.G.T. n’aura pas forcement le dernier mot. Ce qui ne serait bon pour personne.

Sur le fond, faut-il craindre une ouverture du capital d’EDF/GDF ?

L’exemple - qu’on nous brandit comme un épouvantail - de la “privatisation” graduée d’Air France est-il judicieux ? On ne peut comparer ces deux entreprises : EDF/GDF, entreprise monopolistique, a d’importants échanges commerciaux avec des pays tiers où elle exporte sa production ; refuser que ces pays puissent à leur tour accéder au marché français est une aberration d’un autre âge. Mais, parce que chaque citoyen est concerné par EDF/GDF, parce que notre économie entière en est dépendante, l’État doit en garder le contrôle par le biais d’une majorité solide au sein de la future société anonyme. Ce n’était pas le cas d’Air France, déjà en situation concurrentielle, et dont le statut ne concernait qu’une minorité de citoyens : la “privatisation” d’Air France a d’ailleurs été grandement bénéfique (voir son exemplaire développement international). Même cas pour France Telecom. Etc....

La concurrence, si on veille à bien l’organiser, a souvent du bon.

La construction de l’Europe, malgré les difficultés qui ne manqueront pas de se cumuler avec ses 25 nations aux cultures économiques si différentes les unes des autres, est une véritable “révolution” à conduire. C’est un défi pour nos générations. Et qui dit “révolution” dit que bien des choses devront encore changer, dans nos mentalités comme dans nos habitudes.

Cessons d’avoir peur de l’avenir.

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