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lundi, 05 septembre 2005

À PROPOS DE DROITE & GAUCHE

BILLET du 5/9/2005

Au moment où je trempe ma plume, je m’incline face au drame que traversent actuellement les États-Unis, blessés profondément dans leur chair et humiliés dans l’épreuve. Puisse cela contribuer à apprendre aux peuples du monde que nul, quelle que soit sa puissance, ne peut échapper à la condition commune. Elle nous invite, les uns vis-à-vis des autres, à l’humilité et la solidarité face aux habitants de notre planète, bien au-delà des divergences de stratégies de ceux qui les gouvernent.
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Alors que nous abordons la dernière étape avant les échéances de 2007, de nombreux forums ont réuni ces dernières semaines les différents acteurs politiques. Bien des situations peuvent évoluer dans les 18 mois à venir. Mais où en sommes-nous aujourd’hui alors que nous nous acheminons vers des rendez-vous décisifs qui peuvent changer nos destins ?

Parlons d’abord du nouveau Premier Ministre qui a succédé à Mr Raffarin. Alors que nous aurions pu nous attendre à la désignation d’un chef de gouvernement dont le rôle aurait été de parachever l’œuvre entreprise, nous n’avons pas eu le schéma annoncé : outre le style de Mr De Villepin - que l’on connaissait surtout au travers du Ministre des Affaires Étrangères flamboyant dont on se souvient du panache d’un discours d’anthologie à l’ONU - on découvre un homme à la fois ferme et montrant aussi une certaine humilité face aux tâches. La fonction semble l’avoir transfiguré.

Mais ce qui frappe le plus est l’extraordinaire contradiction par rapport à la politique de Mr Raffarin : un virage à 180° ! On pourrait croire que Mr Chirac méprisait ou ignorait les objectifs du précédent Premier Ministre - qu’il défendait cependant becs et ongles - pour ainsi lui nommer un successeur qui affirme le contraire des dogmes d’hier.

Peut-être Mr Chirac a-t-il saisi que la France est complètement déprimée. Peut-on reprocher alors à Mr De Villepin de tenter de faire passer aujourd’hui un souffle nouveau pour la redynamiser ? Voici donc ce Premier Ministre transformé en Père Noël, essaimant un peu partout des cadeaux et s’efforçant de n’oublier personne.

Face à cette manne, on peut tenir deux discours : • ou dire que nous sommes à 18 mois d’élections essentielles et qu’il était normal que l’on desserre les cordons de la bourse (ce qui n’est pas bien nouveau en politique) • ou dire que Mr De Villepin tente la relance par la consommation et, parallèlement, de remettre les français au travail.

On se souvient que, sous Mr Raffarin, on faisait surtout des économies, on gérait la France d’une manière douloureuse. Avec Mr De Villepin, on prend des mesures de type social-démocrate, on recrée les emplois aidés (supprimés il y a peu), des postes de fonctionnaires (quand on disait qu’il fallait en réduire le nombre), le tout assorti d’une petite dose de libéralisme envers les entreprises de moins de 20 salariés : Mr Strauss-Kahn ne peut dire grand-chose face à ce type de mesures.

La baisse du chômage qui s’en suivra mécaniquement ne viendra pas du seul nombre croissant des départs à la retraite mais surtout de la création des emplois publics et du traitement social de notre chômage. Ce n’est pas du tout un traitement économique qui, seul, aurait pourtant pu créer de vrais emplois.

Avec un endettement de près de 1.100 Milliards d’€ - qui enfonce inexorablement la France dans un gouffre - où va-t-on trouver l’argent nécessaire à tant de largesses ? Mr Chirac feint, une fois encore, l’ignorer : une incohérence de plus dont il est coutumier. Ceci ne rend pas plausible pour autant sa candidature pour un 3ème mandat : depuis son référendum perdu, plus grand monde ne songe encore à lui.

Pour donc succéder à Mr Chirac, nous avions déjà à droite un candidat déclaré : Mr Sarkozy. Aujourd’hui, même s’il s’en défend, voici que parait à côté un candidat rival : Mr De Villepin. Il s’agit là de 2 droites à la politique opposée : celle "libérale" face à celle "gaullo-sociale".

Cela engendre un engrenage dont on ne peut imaginer qu’on puisse en inverser le cours. Les contraintes politiques sont beaucoup plus lourdes que celles économiques, contrairement à une théorie inverse qu’on entend souvent : Mr Sarkozy, auquel on prête des sympathies pour un libéralisme de type anglo-saxon, pourra-t-il encore proposer un programme qui reviendrait sur les largesses de Mr De Villepin ? Ce serait pour lui se faire hara-kiri. Sa marge de proposition s’est donc considérablement amenuisée.

L’actuelle popularité de Mr Sarkozy - à 18 mois de l’échéance, ce qui constitue un fort long chemin encore à parcourir - est devenue un gage fragilisé pour sa réussite. Ce qui ne veut pas dire que ses chances soient pour autant anéanties. Mais la voie est devenue plus étroite.

Ailleurs, à droite, il y a évidemment d’autres candidatures. Notamment celle de Mr De Villiers : même portée par la victoire de son “non” au référendum, elle parait peu crédible. Je ne la commenterai pas ici ; pas plus que celle de Mr Le Pen.

On se glosait par ailleurs, il y a quelques jours encore, de la candidature de Mr Bayrou tant celui-ci paraissait être à la fois opposant critique au sein de la majorité et l’opposant naturel de la gauche traditionnelle. Sa voie paraissait on ne peut plus étriquée. Mais voici qu’il a surpris le monde politique et médiatique en redevenant soudain une force de propositions et de réflexion, avançant même un certain nombre de pistes innovantes, même si certaines sont empruntées à des idées émises, il y a quelques années, pour certaines par Mrs Pasqua et Seguin, pour d’autres par la gauche modérée. L’image de Mr Bayrou s’en est trouvée changée et pourrait (?) fort bien attirer à lui à la fois de (nombreux) déçus de la droite et ceux (désespérés) d’une gauche déchirée et toujours sans programme.

Si la situation à droite est donc complexe, celle à gauche l’est infiniment plus encore : il y a trop-plein de candidats plausibles. Pour les seuls socialistes, il y a Lang, Fabius, Hollande, Royal, Aubry, Strauss-Kahn et (peut-être encore ?) Jospin. Mais personne de tout ce monde ne semble être en mesure aujourd’hui de s’imposer. C’est une très grande difficulté. En plus, s’il y avait déjà une rupture (traditionnelle) entre 2 camps (les marxistes face aux sociaux-démocrates), s’y ajoute maintenant une fracture entre les partisans et les opposants à une Europe instituée. Que nous réservera le prochain congrès du P.S. ? Aboutira-t-il à une scission comme l’évoque Mr Rocard ? On l’ignore.

Et pendant ce combat des prétendants, nul au P.S. n’est en mesure, à 18 mois de l’échéance, de rédiger un programme fédérateur. Le P.S. étant la seule alternative crédible à la droite, son explosion ne pourrait réjouir quelque démocrate que ce soit : nous risquerions d’être alors livrés, en cas d’alternance, aux pires extrêmes, les Besancenot, Buffet, Bové et autres aventuriers.

Les français n’en décideront finalement qu’en fonction de l’espoir qu’on saura leur faire renaître.

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