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lundi, 21 mars 2005

À PROPOS D'ÉVOLUTION SOCIALE

BILLET du 21/3/2005

Plusieurs jours de manifestations de rue ont eu raison de l’”ardente obligation” de rigueur budgétaire. Rigueur pourtant parfaitement justifiée quand on sait que la France a plus de 1.000 milliards d’€ de dettes (17.000€ par français dès sa naissance !) et que les intérêts à payer plombent de façon épouvantable notre développement économique ; or seul un développement solide peut autoriser de façon durable toute avancée sociale.

Passons sur la perte de crédibilité de nos gouvernants qui, à la perspective d’une possible victoire du “non” au référendum paniquent aussitôt et sont prêts à renier tous les évangiles de bonne gestion prêchés hier encore.

Dans ce contexte, les catégories sociales s’agglomèrent les unes aux autres et présentent leurs revendications particulières dans une grogne généralisée. C’est absolument classique et ça a engendré en son temps Mai 1968. Heureusement, nous ne sommes pas du tout dans ce schéma-là.

L’autre caractéristique de cette grogne est qu’elle n’en découvre ses raisons que chemin faisant : pour exemple, les fonctionnaires et des salariés du privé se sont d’abord mobilisés sur les 35 heures ; puis, par une sorte de consensus général, c’est la question des salaires qui a vite supplanté les 35 heures.

C’est un phénomène typiquement français. Peut-être explicable par le fait qu’il était difficile de négocier sur les 35 heures “bonifiés” par le gouvernement.

Mais une chose apparaît de plus en plus : c’est le grand malaise des rémunérations en général. Tout simplement parce qu’il y a un trop grand écart entre le sentiment d’une prospérité - notamment celle des grandes entreprises qui ne cessent d’annoncer des résultats records - et le fait que, parallèlement, les salaires stagnent. Et même là où ils ont une légère progression, les gens ont le sentiment d’une perte de revenus. (Ce qui est parfois réel dans le net perçu).

Cette forme de malaise social peut expliquer le phénomène “boule de neige” observé. Mais il n’y a pas pour autant de réponses aux questions posées.

Autre exemple de ces “glissements” de revendications : les manifestations lycénnes. Le point de départ était la réforme du bac. Mais quand on a annoncé le retrait de ce sujet dans le projet de réforme, on a rebondi aussitôt sur d’autres raisons de mécontentement, très peu audibles d’ailleurs car résumées dans un simple rejet de toute réforme en général.

Quel point commun peut-il y avoir entre les manifestations des lycéens, celles des chercheurs ou encore celles des salariés ? Aucun. Quelle est donc la véritable origine de ce mécontentement ?

Il y a eu récemment plusieurs enquêtes d’opinion qui, à la question de savoir si les français trouvent que “les choses vont mieux”, 70 % des réponses disent que “les choses s’aggravent”. À une autre question : “avez-vous le sentiment que le gouvernement est efficace dans sa lutte contre la hausse des prix ?”, 90% répondent qu’il est “inefficace”. En matière de lutte contre le chômage, 85% répondent encore que le gouvernement l’est tout autant.
(Ce sondage serait très certainement le même si nous avions un autre gouvernement, qu’il soit de droite ou de gauche)

Ce qui est en cause, c’est le sentiment de plus en plus fort des français que l’action politique est inefficace, voire inutile. Pourtant, paradoxalement, on fait de plus en plus appel au “politique”, on exige de lui de plus en plus de choses ou qu’il agisse de plus en plus fort ; mais, parallèlement, on ne croit plus à son efficacité.

Là se pose la question de l’impuissance publique.

C’est pourquoi le mouvement social actuel était, à son origine, très protéiforme avant de se rassembler ensuite sur un thème unique : celui des salaires. Thème nourri par ces profits fabuleux de certaines grandes entreprises. Il faut d’ailleurs observer comment les pouvoirs publics ont renvoyé la “patate chaude” vers le privé en l’incitant à ouvrir des négociations, ne serait-ce que pour ne pas être seuls à négocier face à la grogne ambiante.

Que va-t’on faire maintenant ? Dans le privé, les grandes entreprises (car pour les PME, c’est une autre affaire) ont tout intérêt à lâcher du lest, ne serait-ce que pour nourrir une relance de la consommation, seul moyen qui nous reste pour redonner un peu de tonus à une croissance défaillante. Ceci se justifie d’autant que les profits des grandes entreprises ne se traduisent pas par des investissements de même mesure : nous sommes aujourd’hui face à un capitalisme des plus sauvages qui profite surtout aux fonds de pension étrangers.

Si on en revient au service public, on peut regretter que les syndicats continuent de poser les problèmes d’augmentation de salaires dans des termes quantitatifs alors que chacun sait la situation d’endettement de la France. On sait qu’en raison de ces contraintes, il n’y aura pas d’augmentation significative du pouvoir d’achat des fonctionnaires avant de très nombreuses années.

Il faut cesser d'entretenir les illusions. Et ce n’est pas une augmentation de 1, 2 ou 3%, pour exemple, du salaire d’un professeur, qu’il gagne 1.500 € ou plus par mois, qui va bouleverser son existence. On pourra refaire ensuite des sondages de satisfaction et nous retrouverons sensiblement les mêmes résultats. C'est un coup pour rien. Par contre l’État aura bien alourdi le poids de son fonctionnement de ±2 milliards d’€ par an. Donc de sa dette.

L’erreur des syndicats est de ne pas poser le problème en terme d’évolution de carrière - voire de seconde carrière - ou d’amélioration des conditions de travail. Au Ministère de l’Éducation Nationale - qui représente environ 50% de la fonction publique - on ne peut pas augmenter de façon considérable les ±1,3 million de personnes qui y travaillent : il faut cesser de mentir. Si on veut améliorer la situation des fonctionnaires en France - c’est d’ailleurs l’une des conclusions du rapport Camdessus - il faut en diminuer le nombre. On ne peut à la fois prétendre maintenir le service public avec un souci légitime d’aménagement du territoire, augmenter les fonctionnaires et, parallèlement réduire le déficit budgétaire.

Pour poursuivre cet exemple sur l’Éducation Nationale, on peut penser qu’un professeur qui a 30 ans de carrière face à des “potaches”, quelle que soit la passion qu’il peut avoir pour son métier, même s’il est encore en pleine forme, un moment ou un autre il a envie de “faire autre chose”. C’est une réponse possible au problème posé et à laquelle il faut réfléchir.

Mais ceci exige exemple : quand un haut responsable gagne un très gros salaire ou autres avantages, quand celui-ci appelle ensuite les plus modestes à la modération des revenus, il serait plus crédible s’il modérait lui-même les siens.

Il faut reconnaître que, côté État, les exemples manquent en nombre.

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