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mercredi, 30 avril 2003

À PROPOS DES DÉFIS DE LA FRANCE

BILLET du 30/4/2003

La France est confrontée à une accumulation de défis.

Nous évoquerons plus bas le vaste chantier des 3 reconstructions qui sont autant de problèmes urgents auxquels nous sommes confrontés : • la reconstruction de l’Europe dont l’unité a été ébranlée par l’affaire irakienne • la reconstruction de l’amitié franco-américaine • la reconstruction de l’Irak, vaste chantier à haut risque, alors que nous avons dans cette contrée tant d’intérêts vitaux et que l’islamisme le plus rétrograde y devient menaçant.

J’évoquerai pour commencer les grands chantiers intérieurs : • les retraites et la colère des syndicats • la remontée du chômage • les déficits publics qui ne cessent de s’aggraver face aux promesses de baisses d’impôts • la croissance effondrée • la fronde des chercheurs • les médicaments moins remboursés pour tenter de réduire le gouffre de la Sécurité Sociale • etc....

Jean-Pierre RAFFARIN observait récemment que l’on annonce ici et là qu’il avait désormais “mangé son pain blanc”. Il est vrai que le pain commence à durcir, voire même à se noircir quelque peu. Il est vrai que le pain ne se mettrait pas à tant durcir si le gouvernement, à l’instar de ce qu’a fait son prédécesseur, se contentait.... de ne rien entreprendre.

Cependant, force est de constater que, mis à part le chantier de la décentralisation qui n’était pas trop problématique pour les politiques, et les mesures fort consensuelles prises par Nicolas SARKOZY pour renforcer la sécurité des français dans leur quotidien, nous avons perdu par ailleurs pas mal de temps depuis un an.

Mais entre agir avec persévérance en prenant le temps nécessaire, ou agir avec une soudain frénésie, il ne faudrait pas tomber dans la même erreur qu’en 1995. Nous savons ce qu’il en a coûté à la France.

Voici, en effet, qu’en quelques jours, Mr RAFFARIN a chargé la barque d’une façon extraordinaire. Fallait-il, au même moment, déclencher une offensive en catimini pendant la trêve pascale sur le non-remboursement de médicaments, une autre en annonçant le non-renouvellement des fonctionnaires partant à la retraite, et enfin le rallongement des annuités de travail avant le droit à la retraite des fonctionnaires ? Non que ces mesures ne soient justifiées et qu’il fallait qu’elles soient prises, mais sur le plan tactique, c’est pour le moins maladroit et cela risque de faire “boule de neige”. Comme en 1995.

Affaire de méthode pourra-t-on objecter. Il y a ceux qui pensent que lorsqu’il y a des mesures difficiles à prendre, il faut les prendre brutalement dans les toutes premières semaines qui suivent l’élection. D’autres pensent qu’il faut faire préalablement beaucoup de pédagogie. Il semble que Mr RAFFARIN ait opté pour la seconde méthode. Que ce soit sur le regard qu’ont maintenant les français sur la façon de conduire leurs véhicules automobiles, ou encore l’approche qu’ils ont du problème du financement des retraites et la nécessaire parité privé-public, la méthode RAFFARIN semble porter des fruits.

Mais le temps de la pédagogie touchant nécessairement un jour à sa fin, Mr RAFFARIN a maintenant estimé “qu’il fallait y aller”. Les réactions syndicales qui, aussitôt, nous promettent un mois de Mai particulièrement mouvementé, n’ont pas tardé à se manifester : on leur a ménagé le temps nécessaire de préparer et d’affiner la stratégie de leur riposte. Et ce dans un contexte où la France a d’autres priorités. (J’entendais récemment un chroniqueur évoquer le cas de celui qui se mettrait “la plume au chapeau dans les affaires internationales alors qu’il est en train de perdre son pantalon”)

Cependant, les économistes et les financiers qui connaissent les comptes de la nation sont particulièrement alarmistes, y compris au sein du gouvernement. Et c’est un point où l’on peut s’interroger sur l’opportunité de la méthode pédagogique de Mr RAFFARIN. Pendant un an, alors qu’il y avait urgence, nous n’avons pris aucune mesure significative : ce retard sera d'autant plus dur et long à combler. Mr BALLADUR, pour réformer les retraites dans le privé, ne s’était pas embarrassé de telles précautions quand urgence il y avait là aussi. Et cela s’est bien passé quand même : les syndicats n’ont pas eu alors le temps d’organiser leur réaction.

Les réformes, celle des retraites avec le rétablissement de la parité et leur système de répartition, celle du financement de la Sécurité Sociale avec le principe de l’égalité devant la mort, doivent maintenant être prises dans l’urgence. On ne peut plus tergiverser, n’en déplaise à certains.

L’attitude syndicale observée face à ces évidences n’est qu’une réaction corporatiste qui est en train de se disqualifier d’elle-même. Le temps n’est plus aux palabres et aux discussions mais à l’action fondée sur l’urgence de la situation. À chacun de prendre ses responsabilités. Les syndicats ont les leurs. Le gouvernement doit prendre les siennes et sans tergiverser.

En début de ce billet j’évoquais aussi les 3 chantiers de reconstruction.

Quand, aujourd’hui, en Irak, alors que les événements se sont déroulés avec une surprenante rapidité qui laisserait penser que les anglo-américains ont gagné leur guerre, tout laisse penser qu’ils n’y ont pas pour autant gagné la paix et que les épreuves commencent seulement pour eux. Les anglo-américains avaient tout prévu... sauf les chiites.

La montée en puissance en Irak du chiisme d’inspiration iranienne, majorité longtemps réprimée par les laïcs baassistes de Saddam Hussein, avec tous les excès prévisibles du chiisme, son intolérance religieuse, la négation des droits de l’homme (et surtout de la femme), donne raison à la France quand, avec plusieurs de ses partenaires, elle s’opposait à la volonté américaine d’intervenir dans ce pays, réalisant mieux que Bush - qui ne connaît que fort mal les mentalités arabes - le risque de bouleverser des équilibres déjà fragiles dans cette partie du monde où tant d’intérêts économiques sont en jeu.

Le rêve américain d’instaurer en Irak une démocratie selon le modèle occidental est déjà très compromis sous le poids d’une opinion publique irakienne qui entend, majoritairement, vouloir instaurer une république théocratique avec, pour loi.... la charria islamique ! À un tortionnaire laïc nous risquons fort de voir se succéder une tyrannie islamique. Belle revanche pour l’Iran voisine qui cherchait à sortir de l’isolement où elle se trouvait depuis la chute de Shah et l’arrivée des ayatollahs. (La tournure des événements politiques en Irak n’est d’ailleurs pas sans rappeler le scénario iranien lors de l’arrivée de Khomeiny.... dont la France s’était fait le protecteur bienveillant. On sait la suite)

La ligne du non-droit ayant été cependant franchie par les anglo-américains et créant par devers nous une situation nouvelle, le simple réalisme nous oblige aujourd’hui à réexaminer notre stratégie, même si nous voulons éviter de paraître vouloir ratifier ce coup de force.

Si tel se déroulait ce scénario d’échec pour les anglo-américains avec l’instauration malgré eux d’un pouvoir islamique, il ne manquerait pas certains esprits pour s’en réjouir. La France, hélas, pourrait sombrer dans une sorte de délectation vicieuse à l’idée que les américains pourraient échouer. Mais ce serait oublier que ce serait un échec non seulement pour les anglo-américains mais pour l’Occident tout entier. Donc un échec aussi pour la France. Considérer que tous les événements qui nuisent à l’Amérique sont bons à prendre serait une attitude moralement et intellectuellement médiocre.

La France aurait tort si aujourd’hui elle persistait à s’opposer à toute initiative américaine. Le confort des sondages accordés à Jacques CHIRAC suite à son attitude face à la volonté américaine de passer outre au droit international ne peut justifier aujourd'hui qu’il persiste dans son opposition forcenée contre les USA.

La France n’a pas à faire la guerre, même diplomatique, aux USA. Ce temps-là est révolu. La France, parce qu’elle appartient à l’Occident au même titre que les anglais ou les américains, doit être désormais totalement solidaire des efforts qu’ils entreprennent pour éviter ce cataclysme pour l’Irak et tout le Moyen-Orient.

Révision déchirante pour la France, conquise qu'elle est par cet américano-phobie ambiante qui réplique aux imbécillités dites et écrites par delà la Manche ou l'Atlantique.

Vastes chantiers pour Jacques CHIRAC et Jean-Pierre RAFFARIN.

La voie est étroite. Le prix sera élevé. Mais il sera à la hauteur des enjeux.

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