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jeudi, 13 novembre 2003

À PROPOS DES 35 HEURES

Nous ne cessons d’être interpellés sur les 35 heures. C’est devenu le dernier sujet à la mode. Et, pourtant, la diminution du temps de vie consacré au travail - jadis 40%, aujourd’hui 15 à 20% de notre existence - est indéniablement un progrès de l’humanité.

Mais, quand on diminue autoritairement la masse du travail produit dans un pays développé, comme l’a fait aussi rudement Mme AUBRY (désormais 1.460 heures moyennes annuelles seulement en France contre 1.930 aux USA, 1.600 environ en Allemagne ou en Italie), on plombe nécessairement ce pays.

Nous en payons, en France, lourdement les conséquences.

La vraie folie de Mme AUBRY - car c’en est une ! - a été la réduction obligatoire du temps de travail de façon légale et uniforme pour tous les corps de métiers, sans aucune négociation préalable, sans connaître les exigences de notre société et sans évaluer avec rigueur le coût (exorbitant) des compensations à verser chaque année à nos entreprises pour qu’elles survivent face à un tel choc.

La question qui se pose aujourd’hui est de savoir si Mr RAFFARIN a raison ou non de ne pas toucher à la délirante loi AUBRY. Malgré les griefs que l’on peut faire parfois à Mr RAFFARIN, j’ai tendance à dire que, sur ce sujet précis, la méthode de Mr RAFFARIN est sagement prudente. Je l’approuve sur le fond.

J’observe que Mr FILLON a déjà pris une première mesure permettant la modulation de la loi AUBRY, notamment quant à son application dans les PME. Mais j’observe aussi l’écho très limité qu’a reçu cette mesure. On aurait imaginé un vrai raz-de-marée : il n’en a rien été. Ce qui laisse penser que les 35 heures n’ont pas été partout perçues comme totalement négatives par tous les acteurs sociaux. Cependant, dans certains domaines - notamment dans le secteur tertiaire ou celui de la santé - les 35 heures ont été une véritable catastrophe, y compris une catastrophe humanitaire. Nous l’avons vu cet été.

De plus, dans la mesure où la réduction du temps de travail (RTT) est plus facilement applicable (par exemple) dans la fonction publique, l’on crée une césure de plus entre le secteur public (dont chacun convient qu’il faut en diminuer le poids) et le secteur privé (dont chacun s’accorde par contre pour en saluer les performances quand on pense aux atouts de la France). Ce qui aggrave le sentiment d’inégalité entre ces catégories de salariés. C’est un sentiment détestable et dangereux à terme.

Certains suggèrent donc d’abroger purement et simplement la loi AUBRY. Je pense pourtant que cela ferait surgir un tintamarre social qui serait infiniment plus dommageable que le bénéfice que l’on pourrait éventuellement en retirer. Nous ne devons pas sombrer dans la même erreur que Mme AUBRY en légiférant autoritairement, que ce soit dans un sens ou dans son contraire, et ce de façon uniforme. La seule méthode, celle que précisément Mme AUBRY n’a pas employée, est la négociation faite branche par branche sur les possibilités d’y appliquer ou non cette réduction, ou d’en évaluer l’amplitude possible.

Il y aurait, par contre, grand danger de faire des 35 heures le bouc émissaire de tous nos malheurs, y compris de la récession-stagnation que connaît la France aujourd’hui : la meilleure preuve est que le reste de l’Europe, qui n’a pas eu à supporter le fléau AUBRY, est dans une situation à peine meilleure.

On ne peut, pour autant, laisser les choses en l’état. Aucun pays européen n’a voulu adopter notre RTT : tout au contraire, la tendance générale est à l’allongement de la durée du travail (nous sommes en plein contresens !) tout comme sur l’âge de la retraite. Et là où ces mesures ont été prises, l’on observe une réduction du chômage (100.000 emplois créés en Allemagne en Septembre !) alors qu’en France nous grimpons inexorablement vers les 10% de chômeurs pour la fin de cette année.

Il nous faut donc prendre des mesures qui nécessiteront grand courage et forte volonté.

Il faut cesser d’endormir le pays et lui tenir désormais le discours de la rigueur, un discours plus “churchillien”. Si la France veut tenir sa politique sociale - et qui est l’une des plus généreuses du monde - elle ne peut avoir l’économie la plus fragile du monde. Le maintien de nos protections sociales passe par des efforts de production, de réindustrialisation, ou encore de productivité. Pas par la passivité d’une hypothétique croissance miracle. Encore moins par la religion “ayatollahesque” des droits acquis.

On peut, par ailleurs, s’interroger sur la nécessité d’attendre encore un an pour aborder la réforme de l’assurance maladie. J’en doute fort, alors que l’on sait que, outre les milliards d’euros dépensés en sus, le gouvernement risque fort de sortir dans un an quelque peu éprouvé des scrutins du printemps prochain.

Pourquoi donc pas aujourd’hui ? Pourquoi encore attendre ?

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