Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

lundi, 03 novembre 2003

À PROPOS DE VOILE & LAÏCITÉ

BILLET du 3/11/2003

“La laïcité n’est pas négociable”. C’est la phrase essentielle que vous retiendrons du discours de Jacques CHIRAC à VALENCIENNES. Ce qui laisse entendre que celui-ci ne serait plus hostile à une loi qui réglementerait le port de signes religieux ostentatoires au sein de nos établissements d’enseignement publics.

Y a-t-il une laïcité “à la française” ? Force est de reconnaître que ce concept est essentiellement franco-français et totalement ignoré chez la plupart de nos partenaires occidentaux ? On voit bien que la position des laïcs n’est pas toujours comprise, non seulement à l’étranger, mais aussi dans une partie de l’opinion française qui glisse insensiblement vers une façon d’être ou de réagir propre aux pays anglo-saxons. Cette opinion glisse vers le communautarisme, ce qui n’est pas forcement répréhensible en soi sauf dans l’idée que l’on peut se faire, comme français, de la capacité française de le supporter.

Le communautarisme est, par exemple, fort bien supporté aux USA. Mais il est surmonté par le ciment patriotique (le salut au drapeau dans les écoles). Les jeunes filles musulmanes (c’est également vrai en Grande-Bretagne comme dans quelques établissements en France) peuvent y garder leur voile. Mais ici, en France, on les exclut partout ailleurs de façon ou passive ou active. On les marginalise de toute façon.

Il semble que nous voudrions rappeler avec plus de fermeté l’idée que la loi civile doit l’emporter sur la loi religieuse. Or les fondamentalistes musulmans pensent exactement l’inverse : “La loi de Dieu doit l’emporter sur loi des hommes”. Et pour eux, la loi de Dieu, c’est le Coran qu’ils veulent appliquer de façon littérale. Si les chrétiens se mettaient, de leur côté, à faire la même chose, les juifs aussi du leur, il y aurait non seulement communautarisme mais, à terme, libanisation de la société française.

La France serait beaucoup plus éprouvée que n’importe quel autre pays par ce communautarisme. Pourquoi ? Tout pays a une sorte de lien national et social qui n’est pas le même partout. En Grande-Bretagne, c’est le rassemblement autour de l’Union Jack et de la couronne. En Allemagne, c’est la langue. Aux USA, la constitution. Et en France, c’est l’État. Et si l’on remet en cause l’État républicain, c’est le ciment national qui va s’effondrer. Ne serait-ce que pour cette raison, Jacques CHIRAC a raison d’affirmer que la “laïcité n’est pas négociable”.

S’il ne s’agissait que de ce foulard tant décrié, ce serait dérisoire. Mais l’on voit bien que derrière le voile islamique se cachent beaucoup d’autres choses. Lorsque l’on apprend que dans des hôpitaux, ou des maternités, un certain nombre de femmes musulmanes - ou plutôt leurs maris ou autres parents mâles - refusent que ce soit un homme qui intervienne dans les soins à donner..., lorsque Mr DELANOÊ est obligé de demander l’exclusion d’une assistante sociale voilée qui refuse de toucher la main des administrés masculins..., lorsque l’on voit des étudiantes musulmanes refuser d’être interrogées par un professeur du sexe mâle, force est de constater qu’il y a une sorte d’offensive généralisée, une épreuve de force orchestrée par les fondamentalistes contre la conception française de la laïcité et la vision de notre société.

Ce n’est pas être islamophobe que de combattre le racisme et de ne vouloir accepter qu’une pratique paisible de l’islam. Ce n’est pas l’être davantage que de combattre les archaïsmes débiles et de refuser que la femme soit déclassée comme un être inférieur. Ce l’est encore moins que de refuser que la loi des états soit supplantée par celle du Coran ou de tout autre livre religieux. Il est intolérable d’admettre que ce soit une loi musulmane qui prétende s’imposer, ne serait-ce qu’à une partie de notre population. La tolérance ne peut aller jusqu’à s’abaisser à renier nos convictions profondes. Il faut reconnaître que, par rapport à l’islam, la religion chrétienne n’a plus aujourd’hui cette outrageuse prétention et, précisément, parce qu’il y a un siècle il a été mis fin à son hégémonie impérieuse et parfois de façon tragiquement violente. Pourquoi donc devrait-on accepter aujourd’hui de l’islam son caractère impérieux, encore beaucoup plus intransigeant que celui de la religion chrétienne en sa période la plus excessive ? Pourquoi devrait-on aujourd’hui accepter le dessein de l’islam de marquer de son sceau toute la structure sociale ou politico-sociale de notre pays ?

Le lieu n’est pas ici d’épiloguer pour savoir si le port du voile est oui ou non un précepte religieux intangible. Le Coran ne fait-il pas aussi obligation aux hommes de porter barbe et calotte ? Combien de jeunes beurs respectent-ils ce précepte ? La lecture du Coran est sujette à toutes les interprétations : preuve en est que nombre de pays musulmans n’en tirent pas la même application. Mais derrière le port du voile, c’est surtout le statut de la femme en France qui est en jeu. Pourquoi certains veulent-ils imposer aux femmes des préceptes religieux ou vestimentaires qu’ils ne s’appliquent pas à eux-mêmes ?

Le port du voile est devenu aujourd'hui le symbole des rapports entre l’islam et la laïcité. Si l’islam veut continuer d’être reconnu et respecté par les sociétés modernes et laïques, il va lui falloir évoluer, notamment sur l’interprétation du Coran qui s’est “calcifiée” (Claude IMBERT) depuis le 13° siècle et qui a contribué à jeter sur des peuples entiers une sorte de camisole qui a contribué à prolonger leur misère par le refus de la science et du savoir.

Avant de conclure, je citerai Victor HUGO dans “La fin de Satan”. Il y fait défiler les religions dans leur ordre d’évolution logique. Après avoir successivement cité l’athéisme, l’animisme, etc...., l’avant dernier stade de cette évolution des religions serait, selon lui, le christianisme. Puis suivrait enfin.... le rationalisme ! Et il conclut : “Et le plus blême éclair du gouffre est sur ce lieu où la religion sinistre tua Dieu”. La religion tua Dieu....

Si aujourd’hui l’on veut nous faire prendre les religions pour le contenu même de nos programmes politiques, nous avons toutes raisons de nous insurger.

Réveillons vite la vigueur de nos convictions et restons fermement ancrés en elles.

Les commentaires sont fermés.