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mardi, 03 décembre 2002

À PROPOS DE LA MÉTHODE RAFFARIN

BILLET du 3/12/2002

La récente grève des agriculteurs et des routiers montre la différence qu’il y a entre la façon de gérer ce genre de situation telle que la concevait la gauche et celle de Mr RAFFARIN.

Si le rôle de l’Etat est d’éviter que des conflits puissent paralyser l’économie de la nation toute entière et entraver la libre circulation des personnes et des biens, force est de reconnaître que la méthode de Mr RAFFARIN s’est montrée particulièrement efficace.

Deux mouvements se sont déclenchés parallèlement :

• la grève des agriculteurs qui voulaient protester contre les pressions hégémoniques des grands groupes de distribution qui leur imposent des prix de cession de leurs produits inférieurs à ceux des coûts de production. Ils promettaient de paralyser la distribution des produits alimentaires, créant le danger de pénurie de denrées avec les hausses qu’elle aurait provoquées.

Un accord a pu être trouvé en quelques heures. Même s’il est plutôt flou dans son contenu, il aura eu le mérite de renouer le dialogue pour de futures négociations. Espérons que le nécessaire équilibre y sera trouvé.

• la grève des routiers promettait, elle, d’être beaucoup plus dure. Chacun se souvient des pénuries de carburants rencontrées lors des précédents conflits. Et l’on a vu aussitôt les stations de distribution envahies pour des "pleins de précaution", quand parfois même des automobilistes peu scrupuleux n’y amenaient en sus des jerricanes pour les remplir à ras-bord.
      
La grande habileté de Mr RAFFARIN a d’abord été d’exploiter la division entre les syndicats qui sont à la veille d’élections qui réveillent leurs rivalités. Certains ne manqueront pas de regretter cette division qui risque fort de faire naître chez leurs ressortissants un arrière-goût fort amer et reporter ce conflit dans une version plus dure à la première occasion venue et échappant alots à tout contrôle. Mais que peuvent des syndicats aussi éparpillés en chapelles multiples ? CGT, FO, CFDT, CFTC, SUD, UNSA, CGC,etc..... sans compter quelques autres syndicats catégoriels.
      
Finalement les syndicats, très affaiblis par leur atomisation, ont obtenu fort peu : 13% d’augmentation en 3 ans et sans 13ème mois : c’est à la fois beaucoup mais très éloigné des revendications initiales.
      
Mais ce qu’il y a aussi de nouveau dans ce conflit des routiers a été cette menace de Mr SARKOSI qui est même allé jusqu’à confisquer des permis de conduire à des routiers qui refusaient d’obtempérer sur certains barrages bloquants. Méthode d’une redoutable efficacité.

La méthode de Mr RAFFARIN est donc un subtil mélange de négociations où l’on amène les partenaires à faire des concessions, et de fermeté spectaculaire sur le terrain.

Mais au-delà de ces conflits, d’autres attendent aussi Mr RAFFARIN : ce sont ceux qui naîtront de la réforme envisagée des services publics, de la réduction des écarts des systèmes de retraite entre privé et public, de la décentralisation qui risque de faire tomber quelques bastions bien implantés, etc....

Il sera intéressant de voir comment la méthode de Mr RAFFARIN saura maîtriser ces conflits et faire aboutir les réformes annoncées. Agriculteurs et routiers ne sont que des hors-d’œuvres somme toute faciles à digérer. Mais les plats de résistance sont à venir. Ils seront certainement plus coriaces.

Un rapport de forces va donc s’établir entre Mr RAFFARIN dont l’habileté est aujourd’hui démontrée, et la masse énorme qui fait religion des “droits acquis”, masse qui ne manque pas de moyens de pression, voire de rétorsion. Mr JUPPÉ s’y était cassé les dents. Mr RAFFARIN est beaucoup plus subtil que son prédécesseur de l’époque. Ses chances de réussite ne sont pas négligeables même si rien n’est gagné d’avance.

Mr RAFFARIN aura bien besoin du soutien de ses amis de l’UMP et de l’UDF. Mais aussi de l’adhésion de tous ceux qui savent que ces réformes sont devenues incontournables et ont la volonté de les faire aboutir.

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