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mercredi, 10 septembre 2003

À PROPOS DE LA GRANDE FAILLITE

BILLET du 10/9/2003

La France ne va pas bien. Les chiffres sont implacables : notre dette atteint désormais la somme extravagante de 1.000 milliards d’euros. Les seuls intérêts que nous devons payer chaque année sont équivalents au budget de notre défense nationale.

C’est la première fois, depuis un demi-siècle, que la situation de la France est aussi grave. Mais ce qui est le plus préoccupant est cette difficulté d’obtenir des français une large adhésion pour entreprendre la réforme en profondeur d’un système qui nous a amenés dans ce gouffre abyssal qui ne cesse de se creuser. Les français ne semblent pas réaliser qu’à force de dépenser 20% de plus que ce que l’État n’a de recettes, c’est l’indépendance même de la France qui est en danger. C’est aussi toute l’Europe qui est menacée. C’est l’avenir des générations à suivre qui est en péril, celles-là qui devront payer cette dette pendant des décennies d’efforts inouïs avec le risque d’éclatement social de toute notre société.

Le gouvernement de Mr RAFFARIN porte une responsabilité certaine dans cet état d’inconscience où nous baignons. Il y a un an déjà, il nous annonçait une croissance de 2,7% pour justifier un budget risqué : on estime qu’elle n’en est plus qu’à 0,5%, et encore en espérant que ce ne sera pas en dessous de 0%. Aujourd’hui, le budget 2004 ne serait en déficit “que de” 4%, en tenant compte d’un taux de croissance prévu de 1,7%. Or rien n’est moins certain que ce taux. On joue au poker avec l’avenir des français.

Oui, bien sur, Mr RAFFARIN a commencé une réforme des retraites : mais il s’est bien gardé de toucher aux injustices criantes des régimes spéciaux. La réforme entreprise est importante ; mais elle reste inachevée. Et le malaise demeure. Il y a aussi le déficit de la Sécurité Sociale qui devient vertigineux : 10 milliards € en 2003, 15 milliards annoncés pour 2004. Etc....

La France, encore, compte 30% d’emplois non productifs de plus que la moyenne de ses voisins et compétiteurs. Et elle a, par contre, 30% d’emplois productifs (“marchands”) en moins qu’eux. On se souvient qu’il y a un an on projetait alors de diminuer le nombre de fonctionnaires d’un peu plus de 900.000 agents pour rapprocher le nombre de ceux-ci de la moyenne européenne. Et on prévoyait un plan de réduction de l’ordre de 30.000 agents par an, soit un délai prudent de 30 ans pour nous mettre aux normes. Or, en 2004, l’on prévoit une diminution de moins de 5.000 agents au lieu des 30.000 envisagés. À ce train, il nous faudra attendre plus de 190 ans pour atteindre l’indispensable objectif. Oui, c’est mieux qu’augmenter les effectifs comme le faisaient les socialo-communistes. Mais c’est très insuffisant.

Enfin, le français travaille environ 25% de moins que les travailleurs des autres pays industrialisés (merci, Mme AUBRY, pour votre loi délirante des 35 heures !). Nous allons ainsi gaiement vers la faillite de l’État, c’est-à-dire la faillite de chacun d’entre nous sans aucune exception de catégories sociales.

Vient alors la question de la baisse des impôts. Les socialo-communistes - et d’autres - nous ont entraînés dans une spirale qui fait de la France la championne mondiale des prélèvements obligatoires. Ils sont devenus insupportables et tuent emplois et croissance. Il était urgent de réagir. Mais le choix de réduire le seul impôt sur le revenu - qui touche moins d’un français sur deux - n’est pas de ceux qui peuvent stimuler cette croissance dont nous avons tant besoin. Mais le plus grave : réduire les impôts sans réduire la dépense et sans remettre les français au travail pour augmenter notre productivité est une attitude irresponsable. La question du jour férié qui deviendrait travaillé est anecdotique : c’est une excellente initiative s’il s’agit de booster un peu plus notre productivité. Mais de là à financer par cette mesure l’immense besoin de nos maisons de retraite ou de santé, il y a parfaite inadéquation. C’est un gadget.

La France est un pays qui aime peu qu’on lui dise la vérité. Et la dire est trop souvent une sorte de suicide politique. De Gaulle, à droite, Mendès-France, à gauche, Raymond Barre, au centre, ont ce point en commun qu’ils ont eu des carrières chaotiques parce qu’ils avaient le tort de dire souvent la vérité. Nos gouvernants d’aujourd’hui ont retenu la leçon. Lucides, ils doivent l’être certainement. Même à gauche il doit s’en trouver aussi quelques-uns. Mais de là à avoir le courage de dire la vérité aux français, il y a un pas que nul n’ose franchir.

Silence : la France se meurt. Mais c’est dans une douce inconscience où on la berce. Chut !

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