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mercredi, 05 février 2003

À PROPOS DE LA GRANDE DÉSUNION

Nous avons, ces derniers jours, assisté à une belle cérémonie franco-allemande qui marquait l’anniversaire de la signature du traité signé par Charles DE GAULLE et Konrad ADENAUER. C’était il y a 40 ans, alors que les pays de l’Europe naissante se comptaient sur les doigts de la main. L’Allemagne d’ADENAUER voyait renaître sa toute-puissance économique et la France de DE GAULLE renouait avec la vertu, sa grandeur et son rayonnement retrouvés.

Mais, 40 ans après, alors que de nombreux pays ont émergé, notamment ceux de l’Est européen après la chute du mur de Berlin, croire que l’on peut réécrire cette même page sur le même mode impérial, a un côté irréel qui a été ressenti par nos partenaires européens comme une bravade d’un autre temps. Entendre à cette occasion notre flamboyant Ministre des Affaires Étrangères - par ailleurs homme très sympathique et respectable - dire que l’Allemagne et la France allait “représenter l’Europe unie” a un côté agressif qui a fait souffler le vent de la révolte chez nos partenaires, tous refusant d’être ainsi rangés au niveau de simples féaux de ces deux-là. D’autres ont alors eu beau jeu d’évoquer la “vieille Europe”. Une façon de vouloir nous humilier.

L’Italie, l’Espagne, la Grande-Bretagne, le Portugal, le Danemark, la Pologne, la Hongrie, la Tchéquie, rejoints ensuite par quelques-autres non moins européens, ont donc décidé de répliquer et de soutenir ouvertement les États-Unis, et leur Président-prêcheur cow-boy des temps modernes, dans leur volonté aventuriste d’en découdre avec l’Irak, même si l’Europe s’expose sans le chercher à de redoutables conséquences économiques et sécuritaires. Ils désavouent ainsi sévèrement  l’Allemagne et la France dans leurs prétentions.

Alors, au-delà des grand-messes et des beaux discours où l’on parle plus de l’Europe au conditionnel ou au futur (très éloigné), les États-Unis ont beau jeu de constater qu’une fois de plus ils ont eu raison de l’Europe et lui ont imposé leurs propres choix. C’est une victoire diplomatique à l’échelle mondiale.

Peut-on imaginer désormais que, seules, la France et l’Allemagne vont donc pouvoir durablement rester à l’écart de ce conflit imposé ? Faut-il croire que, sous une forme ou une autre, elles ne finiront pas par envoyer leurs propres troupes près de celles de cette grande coalition habilement montée par les USA ?

La France aura pourtant courageusement défendu sa conception du droit international. Elle aura même laissé planer la menace d’un droit de veto (illusoire) aux Nations-Unies pour empêcher l’irréparable. Nous savons tous déjà que, hélas, ce ne sera que chiffon de papier face à la toute-puissance américaine, aidée de ses alliés européens - avec ou sans l’Allemagne et la France - et avec la complicité de la très opportuniste Russie de POUTINE.

Victoire diplomatique des USA mais aussi victoire économique. On sait l’hostilité américaine face à un euro qui pourrait menacer l’hégémonie du dollar. Les anglais, qui sont en Europe le cheval de Troie des américains, font tout pour que l’Europe devienne davantage une zone de libre-échange plutôt qu’une nouvelle puissance non seulement démographique mais aussi économique, politique, militaire ou encore diplomatique. Ils sont en voie de réussir. Les polonais, dès leur entrée dans l’Union Européenne - et dont ils accepteront cependant le financement de leur agriculture - ont préféré, face à l’inconsistance de la politique militaire de l’Europe, un avion américain à un autre européen, celui-là ni plus avantageux ni techniquement ni économiquement que celui-ci, mais doté d’un vrai soutien logistique,

L’immense majorité des pays européens jugent que les USA sont plus crédibles que cette Europe qui ne cesse de se chercher au milieu de ses hésitations, de ses palinodies sans fin, de ses étroits égoïsmes nationaux, ses atermoiements, ses frilosités ou ses ankyloses.

Le dernier épisode tragi-comique de la présidence de l’Europe, suite à un pseudo ”accord” franco-allemand, n’est pas fait davantage pour donner plus de crédibilité à notre Europe. Alors que nous n’avons pas été capables de doter encore cette dernière d’une vraie Constitution avant de faire rentrer de nouveaux pays - ce qui handicape les chances que celle en préparation puisse un jour être adoptée par tous - le poids des opinions publiques est devenu tel que la France et l’Allemagne voulaient avancer sur cette idée d’un Président qui représenterait l’Europe aux yeux du monde entier et parlerait à parité égale face au Président cow-boy US. Mais l’Allemagne voulait que ce Président de l’Europe soit élu sur une assise plus large, le Parlement européen. La France, elle, préférait un Président plus docile élu par les seuls chefs d’État ou de gouvernement. Et comme aucun ne voulait concéder quoique ce soit, un “accord” inattendu a été trouvé : il y aurait 2 Présidents de l’Europe, chacun étant élu par l’une et l’autre de ces instances. C’est une farce tragique. Et déjà toutes les chancelleries de supputer sur la personnalité de celui qui sera le “vrai” Président et de l’autre qui sera le Président-dindon. Il s’est même trouvé certains de se réjouir de cet “accord” : à défaut de Président, mieux vaut, disent-ils, en élire 2 ; il en restera au moins un !

Est-ce ainsi que l’on redonnera confiance à l’Europe, à ses états, à ses peuples ? Est-ce là toute la vision et l’ambition que l’on veut donner à l’Europe ?

Je suis de ceux qui croient que l’Allemagne et la France sont - et doivent être - un des piliers essentiels de l’Europe. Mais encore faut-il qu’elles en aient les moyens, à défaut d’une réelle volonté, voire d’une réelle vision. Or la France et l’Allemagne sont aujourd'hui deux piliers très affaiblis.

L’une, la France, plombée par le poids d’années de gabegie socialo-communiste, s’est doté d’un budget dont on sait aujourd’hui les faiblesses, basé qu’il est sur un taux de croissance illusoire. J’ai été de ceux qui, ici, l’avaient dénoncé l’automne dernier en parlant d’”insincérité”, Mais aussi, la France montre une médiocre volonté de réduire le train de vie de l’État. Elle a fait l’objet à ce sujet d’une sévère mise en garde.

Cependant, dès hier, le gouvernement de Mr RAFFARIN a eu le courage méritoire de geler 4 milliards d’euros pour respecter nos engagements. Mais 4 milliards ainsi gelés, c’est 4 milliards d’attentes déçues, de projets reportés, de promesses renvoyées vers on ne sait quelles calendes. Mr FILLON doit geler 22% des crédits destinés à la politique de l’emploi. Mr DE ROBIEN doit geler 19% des crédits d’investissement des transports. La recherche, c’est 17% en moins, la Santé et la Solidarité, près de 30%, l’Enseignement Supérieur plus de 25%, la Culture 11%, etc....

Quant à l’Allemagne, pis encore, c’est un blâme qu’elle a reçu des autorités monétaires. Comment y entreprendre le nécessaire redressement quand elle a un gouvernement si mal élu et déjà contesté par les électeurs ce dernier week-end qui le condamne aux compromissions.

Quand deux pays sont confrontés à une situation aussi difficile, ils devraient être plus prudents dans leur prétention de vouloir régenter l’Europe entière. Les USA ont su profiter habilement de cette situation pour prendre le risque de faire exploser les belles apparences de l’Europe unie.

Et face à la nécessité d’avoir une politique européenne de la défense, l’Allemagne est contrainte de réduire de façon drastique ses dépenses militaires. La France, de son côté, a réduit son armée dans les proportions que l’on sait. Comment éviter alors que les USA soient la seule puissance militaire mondiale ?

Face encore à la nécessité d’avoir une politique étrangère commune, l’on tourne en rond autour des institutions européennes. La politique étrangère sera-t-elle plus crédible avec 2 Présidents qu’avec un seul ? On peut en douter.

Nous payons aujourd’hui très cher notre absence d’Europe.

Il n’est pas trop tard pour réagir. Mais le temps nous est terriblement compté pour réussir.

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