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vendredi, 06 janvier 2006

À PROPOS DE LA DETTE

BILLET du 6/01/2006

Ne nous trompons pas : la dette de la France n’est pas une affaire de “gros sous” mais surtout une affaire de volonté et de courage politique.

La commission Pébereau - composée de personnalités venues de tous les horizons - vient de publier son rapport. Il est édifiant : pendant les 14 années où il fut au pouvoir, Mr Mitterrand a fait passer la dette de la France de ±100 M€ (milliards d’euros) à ±500 M€, soit une hausse de ±400 M€. On aurait pu croire que, face à une situation devenue déjà alarmante, l’arrivée d’une autre majorité aurait redressé cette situation. Non : sur les 10 années de mandat de Mr Chirac, la dette s’est alourdie de ±600 M€ supplémentaires pour arriver au chiffre abyssal de ≥1.100 M€. Soit aujourd’hui une dette de ≥18.000 € par français, du nouveau-né au vieillard. Et encore faut-il ajouter à cela ±900 M€ pour les retraites des fonctionnaires qui sont à financer dans leur intégralité. Vertigineux !

Même si l’on doit considérer que Mr Chirac, pendant les périodes de cohabitation, n’a pas eu la conduite des choix politiques, il faut observer que l’endettement s’est pourtant fortement accéléré pendant les deux années (95-97) du gouvernement Juppé, puis de nouveau dès l’arrivée, en 2002, de Mr Raffarin.

On entend aujourd’hui des discours - dits avec grand talent - dénonçant le “déclinisme” et la déprime ambiantes. Il est paradoxal d’entendre accuser les indicateurs qui traduisent tous la mauvaise santé de la France plutôt que d’avoir le courage de dire la vérité aux français. Et leur promettre, en guise de diagnostic, qu’on ne touchera pas.... à leurs “droits acquis” !

Dans l’état où aujourd’hui se trouve la France, ce qui est plus préoccupant est que cette dette attaque désormais le lien social, lien pourtant fondamental dans toute société : • la rareté de l’argent public ne fait qu’exacerber les corporatismes : les uns et les autres demandent, de façon souvent justifiée, des aides de sauvegarde. Faute de moyens, on ne peut plus leur accorder grand-chose. • plus grave : le lien social est aussi rompu avec les générations à suivre puisque nous laissons à nos enfants - y compris ceux à naître pendant plusieurs années - une situation intolérable qui va leur coûter très cher et handicaper leur devenir.

Autre conséquence : l’État, qui a trop dépensé, est devenu impuissant. Quand il n’y a plus d’argent dans les caisses, chaque fois qu’on veut faire quelque chose d’utile (recherche, éducation, grands travaux, lien social, etc....), face à l’urgence et comme on n’a plus les moyens pour le faire, on recreuse un peu plus la dette. Et cela pèse plus lourd encore sur l’emploi et sur les générations à venir. Cercle vicieux par excellence.

Il est inutile de “tourner autour du pot” : il y a deux principaux moyens pour réduire la dette • le premier est de diminuer le train de vie de l’État et le nombre de fonctionnaires ; ce qui est très difficile. Et non de faire croire qu’il suffit de faire la “chasse au gaspi” • l’autre moyen est de travailler plus, y compris dans la fonction publique. Çà ne sera pas apprécié puisque cela fait vingt ans qu’on dit et qu’on fait le contraire. Mais si, au-delà des opinions, on ne s’attaque pas à ces deux citadelles, nous ne ferons que nous enliser davantage.

Sur un plan plus général, il faut observer la préférence française pour la dépense : quand il y a un problème, on dit souvent “il n’y a qu’à” mettre de l’argent pour donner des moyens. Et on juge souvent un ministre à sa capacité de dépenser plus que son prédécesseur et qui a, pour ce faire, un budget en augmentation. Cela fait partie d’une certaine mentalité en vogue. Or un bon ministre devrait être celui qui obtient des résultats avec le minimum de moyens possibles.

On s’aperçoit pourtant que, même lorsqu’on donne des moyens importants, çà ne suffit pas : pour exemple, dans le phénomène des banlieues que nous avons récemment observé, on constate qu’il y a eu beaucoup d’argent déjà dépensé depuis 20 ans. On a vu ce que cela a donné. Même si on avait mis le double d’argent, le résultat aurait été le même. Il ne faut pas se faire d’illusions sur ce point.

Si, quand on verse de l’argent, où et à qui que ce soit, on ne met pas parallèlement en place une méthode pour le dépenser, si on ne fixe pas des objectifs impératifs et précis à atteindre, c’est “jeter l’argent par la fenêtre”. C’est inutile.

Autre leçon du rapport Pébereau et qui tue une doctrine bien implantée en France : la-dette-de-l’État-ne-crée-pas-de-croissance. Jamais nous n’avons été autant endettés et, rarement, la croissance n’a été durablement aussi faible. Dans nombre de pays étrangers plus “vertueux”, on en a fait la démonstration : la-réduction-de-la-dette-relance-la-croissance. Il faut tuer cette théorie trompeuse qui prétend qu’il suffit de relancer la croissance pour réduire la dette.

Face à ces réalités, on entend un brillant discours de Mr De Villepin pour nous dire “on va s’y attaquer en 2007” ! Pourquoi pas tout de suite ? Et, pour mieux reculer toute décision, on crée une “n’ième” commission (il y en avait déjà huit en place avec des objectifs parallèles). Surréaliste !

Et, pendant ce temps, la dette se creuse un peu plus chaque jour.

Mais réduire le nombre de fonctionnaires (en ne remplaçant qu’un départ à la retraite sur 2, voire 1 sur 3) ; inviter les français à travailler plus (notamment par le renoncement - inévitable - aux 35 heures qui ont déjà contribué pour ±400 M€ au creusement de notre dette, font perdre la compétitivité de nos produits sur les marchés avec, pour conséquence, le déficit de notre balance commerciale qui est tombée dans le gouffre le plus profond jamais atteint depuis 1983) ; et encore par l’allongement au-delà de 60 ans de l’activité professionnelle.

Tout cela n’est pas très populaire. Or, en 2007, il y a des élections. Face au risque que l’on peut deviner, il est aujourd’hui devenu urgent, pour nos gouvernants..., de ne rien faire qui soit électoralement suicidaire.

Essaie-t-on pour autant de commencer à convaincre les français - qui sont quand même capables de lucidité - qu’aussi longtemps le creusement de la dette compromet l’avenir de leur emploi et handicape celui de leurs enfants sur plusieurs générations à venir ? Non. Pas un mot : non seulement les politiques au pouvoir n’ont pas le courage de prendre les mesures nécessaires, ils n’ont pas davantage, dans leur grande majorité, celui de dire la vérité aux français.

La morosité des français, qu’on peut en effet déplorer, cessera dès lors qu’on leur fixera le cap clair du redressement, qu’on leur parlera sans maquillages ou artifices, qu’ils auront le sentiment d’une volonté de réformes rapides et en profondeur pour réduire les déficits qui génèrent notre endettement et ses conséquences sur l’emploi et la croissance. Ce jour-là, les “déclinologues” disparaîtront d’eux-mêmes et la France se remettra en marche. Tous les autres discours ne sont qu’écrans de fumée.

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