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dimanche, 22 juin 2003

À PROPOS DE L'ISLAM DE FRANCE

BILLET du 22/6/2003

À peine créé il y a quelques semaines, voici que le Conseil Français du Culte Musulman est déjà en crise avec la montée en puissance des plus radicaux. L’on est en droit de se demander aujourd’hui si Nicolas SARKOZY, qui l’avait fondé avec beaucoup de courage et de volonté, n’a pas joué avec le feu.

S’il est affirmé qu’il y aurait (?) 5 millions de musulmans en France, la majorité d’entr’eux se réclame de l’Islam parce qu’ils sont issus de cultures où celui-ci est dominant. Mais pas plus qu’il n’y a en France 60 millions de croyants qui fréquentent assidûment églises, temples ou synagogues, il n’y a une plus forte proportion de musulmans qui fréquentent les mosquées. Ils respectent surtout certaines fêtes de l’Islam tout comme d’autres, même agnostiques ou athés, respectent Noël, Pâques ou autres fêtes issues de la tradition judéo-chrétienne. Cette faible proportion de musulmans pratiquants pourrait donc relativiser l’ampleur de cette crise.

L’idée - au demeurant fort louable - de Nicolas SARKOZY était surtout que l’Islam ne soit plus une sorte de religion clandestine issue des caves ou des garages mais officiellement représentée comme le sont toutes les autres grandes religions de France. La tournure actuelle de cette représentation ne peut que susciter notre inquiétude : voici que ceux qui deviennent majoritaires dans ce Conseil sont ceux-là mêmes qui, sur la base d’une interprétation - très controversée - du Coran, affirment que celui-ci se place au-dessus des lois de la République. Cet Islam-là s‘arroge désormais une fonction politique outre l’intransigeance de règles resurgies du fond des âges. L’Islam n’est plus seulement une religion mais une autre forme de société qui veut s’imposer à toutes les autres collectivités.

Ne marche-t-on pas un peu sur la tête ? Voici que la France, “fille aînée de l’Église” et si pétrie de la culture chrétienne qui l’a modelée au fil des millénaires, est aujourd’hui le plus ferme opposant à toute référence judéo-chrétienne dans la future Constitution de l’Europe et contre l’avis même de la majorité de nos partenaires. Cette référence ne serait pourtant que la simple reconnaissance d’un fait historique. Cet entêtement de la France n’est ni un acte militant ni la défense de la laïcité. Mais, au même moment, celle-ci déclare que la minorité musulmane doit être entendue dans ses exigences, même si, dans cet extrémisme militant, elle dénie à la République le droit de dire et faire respecter la loi.

Étrange politique que celle-là. On ne peut dénier à Mr SARKOZY son habileté assortie d’une grande fermeté. Mais on laisse cependant beaucoup trop de place aux extrémismes. C’est déjà la même chose en Corse avec un référendum qui n’a pas d’autre but que de faire une fleur à la minorité militante nationaliste en lui donnant une représentativité qu’elle ne peut prétendre avoir. Ces attitudes contradictoires ne peuvent qu’inquiéter.

Un débat va s’ouvrir pour savoir s’il faut écrire une loi nouvelle à propos du port du foulard à l’école de la République. Chacun a une opinion très contrastée sur l’opportunité d’un nouveau texte. Quelles que soient les opinions des uns ou des autres, je crois qu’il faut donner un coup d’arrêt ferme à ces dérives. Cela va très au-delà du débat communautariste : que penser par exemple de ces collectivités qui réservent l’usage de leurs équipements sportifs aux seules femmes musulmanes une demi-journée par semaine ? À quand les demi-journées réservées ensuite aux femmes juives, puis celles aux femmes chrétiennes, ou d’autres encore à on ne sait quel groupe ethnique ? Où nous mène ce communautarisme échevelé ?

Cette prétention de vouloir empiéter sur le domaine de la vie publique doit être stoppée avec fermeté, même si l’Islam proclame que cela est nécessaire : on sait que lorsque certains islamistes affirment que l’Islam peut se réformer, se “laïciser”, ils sont aussitôt taxés d’hérésie. Nous voici loin de l’évangélique “rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu” qui a servi de fondement à notre laïcité, même s’il a fallu de nombreux siècles à la chrétienté pour en tirer les conclusions tant l’imbrication du religieux dans le temporel était, là aussi, demeuré tenace : il a fallu une Révolution pour l’éradiquer.

Les valeurs de la République sont un bien que nous devons défendre. Mais avec cette même foi, cette même ardeur qui ont présidé à sa fondation.

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