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samedi, 15 mars 2003

À PROPOS DE L'IRAK

BILLET du 15/3/2003

S’exprimer sur les événements qui se déroulent autour de l’Irak est devenu aujourd’hui hasardeux : à peine la plume posée sur la papier et l’encre séchée que déjà tout, ou presque, serait à réécrire tant les choses se déroulent de manière précipitée.

On peut s’interroger cependant pour savoir si la pièce qui se joue actuellement aux Nations Unies a encore un sens. On a l’impression d’être entrés dans une sorte de théâtre d’ombres : Georges BUSH - à ne pas confondre avec cette immense nation amie que sont les États-Unis dans leur diversité - a décidé que, de toutes manières, il ferait la guerre. Face à lui, Jacques CHIRAC a décidé, lui, qu’il essaierait d’imposer la paix.

Au-delà même de cette crise, nous voyons en effet surgir une nouvelle Amérique éloignée de celle  des prédécesseurs de BUSH.

Dans un excellent ouvrage qui vient de paraître - “Washington et le Monde” - ses auteurs expliquent que les stratèges qui conseillent BUSH n’ont rien à voir avec la vieille école qui avait conduit jusqu’ici la diplomatie américaine. En France, ces conseillers-là - les “faucons” - seraient classés à l’extrême-droite de notre échiquier politique.

Les conséquences en sont que BUSH veut la guerre, quels que soient les buts de guerre et quelles qu’en soient les modalités.

En ce qui concerne les buts de guerre, on peut observer d’ailleurs que BUSH en a déjà changé quatre fois : il fallait d’abord “désarmer l’Irak”, puis il fallait “renverser ce régime”, ensuite la survie du régime de Sadam HUSSEIN pouvait “avoir des conséquences sur le Moyen-Orient”. Et maintenant on ne sait plus très bien le but recherché si ce n’est “qu’il faut faire la guerre”. Peut-être aussi imposer la démocratie au bout du fusil dans des contrées de longue tradition patriarcale ?

Et Mr BUSH de déclarer que “pour faire une guerre, le Conseil de Sécurité n’est pas nécessaire”, que la résolution 1441 “se suffirait à elle-même même”. On peut alors s’interroger sur la nécessité de faire voter une seconde résolution. Avec BUSH, nous ne sommes plus à un illogisme près.

Le résultat est que finalement BUSH a mis le monde entier dans une situation impossible, y compris son malheureux allié Tony BLAIR. Tous sont obligés de se conditionner non pas par rapport au camp auquel ils appartiennent mais par rapport à un homme - BUSH - qui n’est en rien un modèle ni de rationalité ni de sagesse. Faut-il rappeler que BUSH, à la suite d’une sorte de révélation mystique qui lui aurait indiqué voici quelques années les voies du "Bien et du Mal" - confesse-t-il lui-même - se croit-il aujourd’hui investi d’une mission sacrée qui en ferait une sorte d’Archange St Michel des temps modernes partant terrasser le dragon ?

Cette crise n’est pas sans conséquences. L’ONU n’en sort pas arrangée tant son autorité est bafouée par l’obstination américaine décidée de passer outre ses recommandations. Paradoxalement aussi, l’obstination française - même s’il est hors de mon propos de ne pas soutenir la volonté de paix de la France - n’arrange pas davantage l’ONU. Ce n’est pas en effet parce Mr BUSH a tort que la France a pour autant raison. Nous avons mis face à Mr BUSH une sorte de harcèlement diplomatique qui, exploité par le formidable pouvoir de manipulation des médias, fait paraître la France plus préoccupée de contrarier Mr BUSH que de faire partir Sadam HUSSEIN.

Même si ces médias sont profondément injustes, nous savons tous qu’en politique l’apparence prime le plus souvent le fond.

Même si Jacques CHIRAC a une attitude qu’approuve toute la classe politique française - de BESANCENOT à LE PEN - était-il pour autant possible de contrer la politique irraisonnée de BUSH avec des moyens autant mesurés que ceux déployés ?

On a pris l’habitude en France de se référer souvent à DE GAULLE. Et de se questionner sur ce qu’aurait été son attitude en pareille circonstance. On se souvient que DE GAULLE faisait parfois des choses apparemment parfaitement déraisonnables. Mais c’était toujours pour envoyer des images fortes et marquer les esprits.

Le discours de Jacques CHIRAC, fort bien fait pour un auditoire français acquis à sa cause, ne manquait-t-il pas de souffle ? Ce discours avait un brin de romantisme comme on les aime en France. Mais donnait-t-il, face à BUSH, un contre-poids politique réel qu’aurait pu être, par exemple, la définition d’une identité européenne forte propre à emmener les indécis ? Et fallait-il violenter pour autant peu avant certains pays européens quand ceux-ci sont eux-mêmes en recherche d’une Europe forte ?

L’affaire irakienne n’a pas défait l’Europe : elle a été seulement le révélateur de ses insuffisances. Elle ne sera pas sans conséquences économiques au moment où l’on doit aborder la phase pratique de son élargissement et les mécanismes de financement.

Les États-Unis n’ont plus aujourd’hui aucune puissance devant eux pour les contre-carrer. La Russie soviétique de jadis s’est évanouie. Et l’Europe, elle, n’existe pas encore. BUSH a donc le champ libre pour décider et faire ce qu’il veut puisque même l’ONU n’a, à ses yeux, qu’un rôle symbolique.

Cessons donc de parler de l’Europe au futur conditionnel. La magie des mots de quelques-uns ne suffit plus à arrêter la guerre. Il faut des actes concrets.

"L'heure n'est plus aux discussions mais aux décisions" (J.Cl.DELEVOYE)

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