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mardi, 05 novembre 2002

À PROPOS DE L'EUROPE

BILLET du 5/11/2002

Je reviens sur le sujet de l’Europe.

       Lors du dernier sommet de Bruxelles, l’on pourrait croire que tout est arrangé quant à la pérennité de l’Europe par l’accord-surprise intervenu entre la France et l’Allemagne sur la PAC (Politique Agricole Commune), PAC si chère à la France, mais par ailleurs si chère financièrement à l’Europe.

       Un hebdomadaire a qualifié récemment l’Europe politique d’”ectoplasme” et ce avant même leur intégration dans l’”Union Européenne” de 10 nouveaux pays. Qu’en sera-t-il après si rien n’est entrepris auparavant ? C’est une masse qui nous tombe dessus alors même que le logiciel qui devrait permettre de faire fonctionner l’Europe des 15 est complètement obsolète.

       Nous sommes actuellement dominés par la menace d’une guerre des USA contre l’Irak. La France de Jacques CHIRAC a pu jouer un rôle particulièrement actif et fécond pour tenter de dénouer cette crise. Mais une fois encore, l’Europe n’a joué aucun rôle. Pas même l’Allemagne, empêtrée il est vrai dans ses élections. Mais il est assez paradoxal de constater que les succès de la diplomatie française ont plutôt fait reculer un peu plus l’idée européenne.

       Nous superposons désormais les crises. Il y a notamment celle financière, aggravée par les égoïsmes qui s’affrontent sans aucun esprit européen : les français ne pensent qu’à sauver la PAC, les espagnols ne songent qu’aux fonds structurels, les allemands qu’à payer un peu moins, les anglais à avoir les ristournes, etc..... Rien n’est réglé sur le fond. Tout au plus a-t-on reporté certaines échéances sans que cela résolve quoique ce soit.

       Il y a bien sur la commission présidée par Valéry GISCARD d’ESTAING. Mais n’a-t-on pas mis la charrue avant les bœufs ? Si déjà cette commission avait mis un mode de régulation des problèmes politiques en place, nous aurions pu alors accueillir nos 10 nouveaux partenaires dans de bien meilleures conditions. Mais comme rien n’est décidé à propos de nos institutions, nous accueillons ces 10 pays dans une zone de "libre échange". Et comme elle leur est plus favorable, ces nouveaux pays y tiendront ferme. Il est d’ailleurs paradoxal, si ce n’est révélateur, que le projet concocté par cette Commission prévoit les modalités.... de sortie de nos pays de l’Union Européenne. Prudence face aux difficultés annoncées ?

       Nous avons observé jusqu’ici une ascension de l’Europe depuis sa création par SCHUMANN et jusque tout récemment. Nous atteignons aujourd’hui le “point de rebroussement” de l’Europe, surtout depuis le calamiteux traité de NICE.

       Il était indispensable de créer d’abord une Europe politique. Déjà, à 15, ce n’était pas facile. On aurait pu cependant commencer à la construire entre les états qui la veulent, notamment les 2 piliers que sont la France et l’Allemagne. Mais si tant est que la France et l’Allemagne la veulent réellement ! D’autres - Italie, Espagne, Benelux - auraient vraisemblablement suivi. Car rien ne peut fonctionner sans la relance du cœur politique de l’Europe que constituent la France et l’Allemagne.

       Il n’est cependant pas assuré, à l’évidence, que la France veuille réellement de cette Europe politique. Ce qui réjouit beaucoup les anglais tant ils considèrent que la politique de la France, au-delà des rhétoriques de façade, se rapproche de plus en plus de la politique thatchérienne de libre échange, cramponnée qu’elle est, au national, à l’Europe des Nations. (L’actuelle fâcherie entre BLAIR et CHIRAC ne doit tromper personne : elle n’est guère qu’une lutte pour le leadership en Europe). Les anglais sentent qu’ils sont à la veille de remporter une grande victoire sur cette Europe qu’ils rejettent viscéralement, si la France continue de son côté d’être leur alliée de fait en matière de politique européenne.

       Quant à l’Allemagne, elle est entraînée par le pacifisme de ses verts, puis toujours confrontée aux énormes problèmes de sa réunification. L’Allemagne ne va pas bien. Elle commence à mettre en œuvre le redressement de ses finances publiques. En France, nous n’en sommes pas encore là, hélas !

       Les moteurs de la construction européenne que doivent être l’Allemagne et la France sont donc en panne.

       L’Europe, c’était le défi admirable de faire un ensemble d’abord économique, puis ensuite politique par les moyens de la négociation. Or les forces d’égoïsme national sont en train de prendre le dessus. Et, dans ce concert discordant, la France joue un rôle considérable : elle veut paraître souhaiter une Europe puissante et en même temps tout faire pour désintégrer la cohésion européenne. Les dirigeants successifs que la France a eus, hier les socialistes, aujourd’hui la droite, ne sont pas des européens convaincus. Nous sommes loins des couples KOHL-MITTERAND ou DE GAULLE-ADENAUER. Nous renions aujourd’hui tout ce qui a été fait depuis 50 ans et ce dans l’indifférence complète.

       Donc, ce que nous ne pourrons construire à 15, jamais nous ne le ferons à 25.

       Enfin, il y a le problème de l’identité européenne. Je ne sais par suite de quelle pudeur nous n’osons dire que l’Europe doit être d’abord une communauté culturelle et traditionnelle dans ses diversités. Nous n’osons pas dire que l’Europe est et doit rester la réunion de pays majoritairement imprégnés de la culture judéo-chrétienne. Cette culture est le ciment de l’Europe. Elle doit le rester. Ce doit être son gage de paix.

       Quand on voit aujourd’hui que certains s’apprêtent à accueillir au sein de cette Europe chrétienne la Turquie, de culture et de tradition musulmanes, l’on a toutes raisons d’être inquiets. La pseudo-laïcité de ses nouveaux gouvernants ne doit tromper personne : la Turquie ne fait d’abord pas partie de l’Europe. L’Europe ne peut donc l’intégrer sans le risque de se désintégrer elle-même.

       Ce qui n’exclut pas que la Turquie peut rester un lien très fort - notamment militaire - entre l’Europe et le Moyen-Orient dont elle fait partie intégrante. Et nous pouvons avoir avec elle de forts accords économiques dont elle peut avoit besoin.

       Ce lien est d’autant indispensable lorsque l’on voit en Israël la droite la plus extrémiste, celle qui couvre les innombrables crimes contre l’humanité qui y sont perpétrés au nom d’une identité raciale, y prendre un peu plus le pouvoir. Au-delà de la menace de guerre entre les USA et l’Irak, ce conflit racial en Israël est la plus grande menace immédiate qui guette l’Europe.

       Et là l’on peut mesurer encore plus l’inexistence de l’Europe. Elle est tout-à-fait dramatique.

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