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jeudi, 12 janvier 2006

CONTRIBUTION au CONGRÈS UDF

"UN CENTRE INDÉPENDANT EST UN BESOIN
DONNONS-LUI UNE RÉALITÉ
"

par Philippe De LONGEVIALLE
Président de l'UDF de l'Isère
et François VAN DE VILLE
Membre du Bureau Politique National de l'UDF

L'UDF est à la croisée des chemins. Son choix d'une indépendance totale tant vis-à-vis de l'UMP que du PS est aujourd'hui irréversible, sauf à disparaître rapidement, absorbée par l'un ou l'autre des 2 grands partis qui dominent la vie politique française, avec les dégâts que l'on connaît.

Ce choix d'indépendance est raisonné et raisonnable :
• raisonné car il tire les leçons de l'échec patent et aux conséquences lourdes de 25 ans de "cogestion en alternance" PS-RPR des affaires du pays
• raisonnable car il correspond à une évolution des français, prêts, au moins intellectuellement pour l'instant, à explorer d'autres voies que la gauche marxiste ou la droite conservatrice, qui ont toutes les 2 échoué à réformer le pays et assurer une vraie justice sociale sans laquelle il ne peut y avoir de projet collectif.

Un système politique et social  décadent :

À la tête de l'Etat, l'affrontement entre le Premier Ministre et son Ministre d'Etat, sous le regard absent et de toutes façons impuissant du Président de la République, achève de détruire mois après mois ce qui reste du socle institutionnel, déjà réduit à peu de chose par le 21 Avril 2002 et 30 ans d'échecs répétés.

L'UMP cherche sans succès à solder 10 ans de chiraquisme à l'échec patent.

Dans l'opposition, l'extrême gauche a retrouvé ses accents révolutionnaires sur fond "d'Internationale", tandis que le PS, pour une impossible synthèse, a renoncé à toute rénovation et à ses idéaux, allant même jusqu'à confier son projet européen à des partisans du non au référendum.

Le système politique rongé par l'irresponsabilité collective, et donc individuelle, offre le spectacle affligeant d'élus nationaux incapables d'assumer chez eux leurs votes au Parlement, de syndicats archaïques qui ont pour la plupart depuis longtemps cessé de se projeter dans l'avenir pour s'arc-bouter sur des avantages acquis, pourtant largement devenus virtuels, et une gestion paritaire des prestations sociales qui relève davantage du covoiturage en limousine entre syndicats que d'une véritable préservation à long terme des droits sociaux fondamentaux.

  Un Centre assumé et conquérant :

Paradoxalement, en créant le "parti unique" et en niant à l'UDF le droit même à l'existence, l'UMP a elle même tué d'entrée en 2002 la majorité Présidentielle et créé les conditions de l'existence d'un centre autonome.

Abandonnant l'illusion d'une majorité qui, depuis 2002, n'est que le faux nez du parti unique aux visées hégémoniques, l'UDF se donne enfin, par son indépendance, les moyens de constituer une majorité alternative, fondée sur des valeurs et un projet et non sur la perpétuation d'un système décadent, injuste et inefficace. En ne votant pas le budget (comment aurait elle pu voter un budget insincère, injuste et inefficace ?), l'UDF a fondé son existence autonome, premier pas vers un centre politique structuré, idéologiquement cohérent et abandonnant le "ni-ni" (ni droite ni gauche) pour incarner un vrai projet de rupture, reposant sur des majorités d'idées et non sur des alliances de circonstances ou de convenance.

Ce faisant, et à condition d'aller au bout de sa logique, l'UDF créera les conditions d'une véritable recomposition du paysage politique, en ouvrant un nouvel espace et en créant de fait de nouvelles perspectives.

Pour cela, le Centre doit tordre le coup à l'image d'indécision qui lui est accolée depuis 30 ans. Il doit s'affirmer comme une entité à part entière de la vie politique au discours ferme et aux actes clairs, reposant sur des convictions, des valeurs et un projet, mais aussi des propositions concrètes, en phase avec le mal de vivre croissant de nombreux français, mais pour autant sans démagogie et sans angélisme, et en tenant compte des réalités économiques et de la situation mondiale. Nous devons rendre à chaque français sa fierté en permettant à chacun de vivre de son travail, de faire et assumer ses choix de vie fondamentaux en toute liberté, et de retrouver une ambition collective compatible avec la dignité humaine, l'amour des siens et la solidarité qui fonde les grandes civilisations.

Le fait est qu'aujourd'hui, nous le constatons sur le terrain, l'UDF n'incarne pas encore véritablement ce Centre pour de nombreux français. L'image de l'UDF est encore trouble, et cela a de multiples raisons :
• l'assimilation à l'UMP
• la difficulté médiatique à sortir du bipartisme
• une stratégie peu lisible, ramenant pour certains l'image de l'UDF à celle d'un "centre mou" prêt à s'allier au gré des circonstances
• la faiblesse de nos relais et de la diversité de notre expression
• l'audace que constitue la création d'une nouvelle offre politique, et qui suscite, chez certains électeurs de droite comme de gauche, interrogations et crainte de l'inconnu

L'UDF doit tirer les conséquences de cette situation et se transformer.

L'UDF doit quitter son habit de petit parti assiégé en lutte pour sa survie, pour incarner une force politique en devenir, ouverte et attractive.

Sa cohérence idéologique affirmée ne doit pas en faire un parti replié et centré sur lui-même, par crainte des divisions ou des trahisons qui ont été son lot par le passé, et qui ont fait peser sur lui de lourdes menaces. Nous sommes nombreux, dans le sillage de François BAYROU, à avoir payé comme lui au prix fort notre indépendance. Cela nous a aguerris, mais a pu aussi nous rendre méfiants et peut, si nous n'y prenons garde, nous pousser vers la tentation du repli  dans la crainte de nouvelles trahisons. La cohérence politique n'est pas incompatible avec des sensibilités différentes. Elle doit au contraire en traduire toute la richesse.

  Assumer notre diversité tant au niveau des idées qu'au niveau local :

L'UDF doit incarner ce qui a fait longtemps sa force et son attractivité, c'est-à-dire sa diversité et sa tolérance, dans le respect ferme et nécessaire des choix collectifs issus d'une démocratie interne rénovée et qui passe aussi, davantage qu'aujourd'hui, par ses fédérations départementales.

Ce Congrès doit être l'occasion de clarifier une bonne fois pour toutes nos choix politiques et notre stratégie d'indépendance maintes fois affirmée, afin que ne subsiste nul doute sur notre détermination. Il doit être aussi l'occasion de débattre du fond, c'est-à-dire de notre capacité à nous ouvrir, au-delà des appartenances à tel ou tel courant issu des amitiés ou des inimitiés des uns ou des autres, de nos origines politiques dans le sillage de tel ou tel.

L'UDF, parti de la décentralisation, doit aussi comme les autres partis, sortir de son parisianisme pour épouser dans son fonctionnement et ses idées la diversité de la "France d'en bas", fut-ce au prix parfois de quelques contradictions, qui sont le lot de toute structure en phase avec la vie des gens, par nature contradictoire.

Pour notre part, comme pour la grande majorité des militants, nous voulons une UDF libre, forte et courageuse, mais aussi ouverte, diverse et attentive aux préoccupations quotidiennes locales, sans idéologie ou dogmatisme, et donc avec pragmatisme, fut-ce sur des questions touchant à nos choix fondamentaux.

L'UDF doit devenir, tant dans ses ambitions que ses structures, et avant tout dans sa tête, un grand parti, c'est-à-dire capable d'assumer sans complexes à la fois efficacité, diversité mais aussi, nous y sommes tous attachés, convivialité.

10:55 Publié dans DÉBATS | Lien permanent | Commentaires (0)

vendredi, 06 janvier 2006

À PROPOS DE LA DETTE

BILLET du 6/01/2006

Ne nous trompons pas : la dette de la France n’est pas une affaire de “gros sous” mais surtout une affaire de volonté et de courage politique.

La commission Pébereau - composée de personnalités venues de tous les horizons - vient de publier son rapport. Il est édifiant : pendant les 14 années où il fut au pouvoir, Mr Mitterrand a fait passer la dette de la France de ±100 M€ (milliards d’euros) à ±500 M€, soit une hausse de ±400 M€. On aurait pu croire que, face à une situation devenue déjà alarmante, l’arrivée d’une autre majorité aurait redressé cette situation. Non : sur les 10 années de mandat de Mr Chirac, la dette s’est alourdie de ±600 M€ supplémentaires pour arriver au chiffre abyssal de ≥1.100 M€. Soit aujourd’hui une dette de ≥18.000 € par français, du nouveau-né au vieillard. Et encore faut-il ajouter à cela ±900 M€ pour les retraites des fonctionnaires qui sont à financer dans leur intégralité. Vertigineux !

Même si l’on doit considérer que Mr Chirac, pendant les périodes de cohabitation, n’a pas eu la conduite des choix politiques, il faut observer que l’endettement s’est pourtant fortement accéléré pendant les deux années (95-97) du gouvernement Juppé, puis de nouveau dès l’arrivée, en 2002, de Mr Raffarin.

On entend aujourd’hui des discours - dits avec grand talent - dénonçant le “déclinisme” et la déprime ambiantes. Il est paradoxal d’entendre accuser les indicateurs qui traduisent tous la mauvaise santé de la France plutôt que d’avoir le courage de dire la vérité aux français. Et leur promettre, en guise de diagnostic, qu’on ne touchera pas.... à leurs “droits acquis” !

Dans l’état où aujourd’hui se trouve la France, ce qui est plus préoccupant est que cette dette attaque désormais le lien social, lien pourtant fondamental dans toute société : • la rareté de l’argent public ne fait qu’exacerber les corporatismes : les uns et les autres demandent, de façon souvent justifiée, des aides de sauvegarde. Faute de moyens, on ne peut plus leur accorder grand-chose. • plus grave : le lien social est aussi rompu avec les générations à suivre puisque nous laissons à nos enfants - y compris ceux à naître pendant plusieurs années - une situation intolérable qui va leur coûter très cher et handicaper leur devenir.

Autre conséquence : l’État, qui a trop dépensé, est devenu impuissant. Quand il n’y a plus d’argent dans les caisses, chaque fois qu’on veut faire quelque chose d’utile (recherche, éducation, grands travaux, lien social, etc....), face à l’urgence et comme on n’a plus les moyens pour le faire, on recreuse un peu plus la dette. Et cela pèse plus lourd encore sur l’emploi et sur les générations à venir. Cercle vicieux par excellence.

Il est inutile de “tourner autour du pot” : il y a deux principaux moyens pour réduire la dette • le premier est de diminuer le train de vie de l’État et le nombre de fonctionnaires ; ce qui est très difficile. Et non de faire croire qu’il suffit de faire la “chasse au gaspi” • l’autre moyen est de travailler plus, y compris dans la fonction publique. Çà ne sera pas apprécié puisque cela fait vingt ans qu’on dit et qu’on fait le contraire. Mais si, au-delà des opinions, on ne s’attaque pas à ces deux citadelles, nous ne ferons que nous enliser davantage.

Sur un plan plus général, il faut observer la préférence française pour la dépense : quand il y a un problème, on dit souvent “il n’y a qu’à” mettre de l’argent pour donner des moyens. Et on juge souvent un ministre à sa capacité de dépenser plus que son prédécesseur et qui a, pour ce faire, un budget en augmentation. Cela fait partie d’une certaine mentalité en vogue. Or un bon ministre devrait être celui qui obtient des résultats avec le minimum de moyens possibles.

On s’aperçoit pourtant que, même lorsqu’on donne des moyens importants, çà ne suffit pas : pour exemple, dans le phénomène des banlieues que nous avons récemment observé, on constate qu’il y a eu beaucoup d’argent déjà dépensé depuis 20 ans. On a vu ce que cela a donné. Même si on avait mis le double d’argent, le résultat aurait été le même. Il ne faut pas se faire d’illusions sur ce point.

Si, quand on verse de l’argent, où et à qui que ce soit, on ne met pas parallèlement en place une méthode pour le dépenser, si on ne fixe pas des objectifs impératifs et précis à atteindre, c’est “jeter l’argent par la fenêtre”. C’est inutile.

Autre leçon du rapport Pébereau et qui tue une doctrine bien implantée en France : la-dette-de-l’État-ne-crée-pas-de-croissance. Jamais nous n’avons été autant endettés et, rarement, la croissance n’a été durablement aussi faible. Dans nombre de pays étrangers plus “vertueux”, on en a fait la démonstration : la-réduction-de-la-dette-relance-la-croissance. Il faut tuer cette théorie trompeuse qui prétend qu’il suffit de relancer la croissance pour réduire la dette.

Face à ces réalités, on entend un brillant discours de Mr De Villepin pour nous dire “on va s’y attaquer en 2007” ! Pourquoi pas tout de suite ? Et, pour mieux reculer toute décision, on crée une “n’ième” commission (il y en avait déjà huit en place avec des objectifs parallèles). Surréaliste !

Et, pendant ce temps, la dette se creuse un peu plus chaque jour.

Mais réduire le nombre de fonctionnaires (en ne remplaçant qu’un départ à la retraite sur 2, voire 1 sur 3) ; inviter les français à travailler plus (notamment par le renoncement - inévitable - aux 35 heures qui ont déjà contribué pour ±400 M€ au creusement de notre dette, font perdre la compétitivité de nos produits sur les marchés avec, pour conséquence, le déficit de notre balance commerciale qui est tombée dans le gouffre le plus profond jamais atteint depuis 1983) ; et encore par l’allongement au-delà de 60 ans de l’activité professionnelle.

Tout cela n’est pas très populaire. Or, en 2007, il y a des élections. Face au risque que l’on peut deviner, il est aujourd’hui devenu urgent, pour nos gouvernants..., de ne rien faire qui soit électoralement suicidaire.

Essaie-t-on pour autant de commencer à convaincre les français - qui sont quand même capables de lucidité - qu’aussi longtemps le creusement de la dette compromet l’avenir de leur emploi et handicape celui de leurs enfants sur plusieurs générations à venir ? Non. Pas un mot : non seulement les politiques au pouvoir n’ont pas le courage de prendre les mesures nécessaires, ils n’ont pas davantage, dans leur grande majorité, celui de dire la vérité aux français.

La morosité des français, qu’on peut en effet déplorer, cessera dès lors qu’on leur fixera le cap clair du redressement, qu’on leur parlera sans maquillages ou artifices, qu’ils auront le sentiment d’une volonté de réformes rapides et en profondeur pour réduire les déficits qui génèrent notre endettement et ses conséquences sur l’emploi et la croissance. Ce jour-là, les “déclinologues” disparaîtront d’eux-mêmes et la France se remettra en marche. Tous les autres discours ne sont qu’écrans de fumée.