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jeudi, 30 juin 2005

À PROPOS D'ADAPTATION

BILLET du 30/6/2005

Au moment où se dessine une autre vision de l’Europe - même si elle est très décriée en France par les toujours mêmes factions - il était intéressant d’entendre la déclaration faite devant le Parlement européen par celui qui semble aujourd’hui l’incarner, à savoir Mr Tony Blair.

On s’attendait à ce qu’il adopte le ton triomphant de celui qui prend désormais le leadership devant l’historique tandem franco-allemand aujourd’hui tombé en panne. Mais nous avons vu paraître à la tribune un homme remarquablement séduisant, tant par le style que par la puissance de son argumentation.

Voici quelqu’un qui pose - enfin ! - de vraies questions, celles que nous ne pouvons plus écarter comme on le fait un peu trop souvent en France, et qui montre aussi sa détermination à leur apporter de solides réponses.

Qu’on partage ou non la philosophie qui les inspire, il est pourtant réconfortant d’entendre quelqu’un qui tient sans détours et avec conviction un langage de vérité. On en avait perdu l’habitude.

Parmi les questions posées par Mr Blair, il y a celle du financement de la PAC (Politique Agricole Commune) par le budget européen : “Face à l’immense défi mondial qu’est l’arrivée des économies asiatiques, outre celles du Japon et des USA, l’Europe peut-elle continuer de consacrer 40% de ses subsides à la PAC quand l’agriculture n’emploie que 5% de sa population et ne produit que 2% de sa richesse, alors que la recherche et l’éducation en perçoivent 7 fois moins ?”. Ce choix politique en vigueur, issu d’un passé qui a beaucoup évolué depuis son concept, est-il encore à la hauteur des vrais enjeux du XXI° siècle ?

C’est un vrai débat de fond. Il est heureux qu’il ait lieu aujourd’hui au sein des nations européennes.

Il est inconcevable de supprimer tout financement de la PAC ; mais il est temps de porter une réflexion approfondie sur un possible rééquilibrage des différents budgets.

Derrière ce débat, à entendre ou lire certains, on pourrait croire qu’il y a deux conceptions de l’Europe qui s’affrontent : d’un côté une Europe libérale et libre-échangiste défendue par Mr Blair et, de l’autre, une Europe “puissance politique” défendue par la France. Cette présentation est tout-à-fait absurde.

Il y a évidemment, face à face, deux modèles européens : mais ils sont parfaitement, l’un comme l’autre, justes et fondés.

D’un côté Mr Blair nous dit qu’il y a aujourd’hui une Europe confrontée aux défis de la mondialisation (Inde, Chine, etc...). Et voilà pourquoi, selon lui, il nous faut désormais davantage investir dans la recherche pour que l’Europe soit mise au service de son adaptation à la mondialisation envahissante. Il ne s’agit pas pour lui d’une politique à seul objet économique mais aussi culturel, politique, social, etc...

L’autre conception, portée par la France et sa tradition républicaine, c’est l’idée que la politique ne peut pas être seulement l’adaptation à la mondialisation, mais de coexistence parallèle - voire aussi de résistance - face à cette globalisation.

Mr Chirac veut entendre dans le discours de Mr Blair une sorte de “collaborationisme” avec la modernité et la mondialisation. Est-il bien fondé à l’affirmer ?

C’est un faux antagonisme.

Est-ce pour autant la résurgence de la lutte des “anciens” contre les “modernes” ? Je ne le crois pas.

Il y a cependant quelque chose de perclus dans la position française, tant par le rôle joué par la C.G.T. que, par ailleurs, le discours d’un Besancenot. La France peut-elle être uniquement porteuse de ce message-là ? A-t’elle, sans se couvrir de ridicule, des leçons à donner sur la base de son modèle social qui l’a conduite à son actuel déclin ?

La position actuelle de Mr Blair est donc particulièrement renforcée : la France, jusqu’ici “moteur” de l’Europe avec l’appui de son allié allemand, est maintenant considérablement affaiblie par son “non”. Et on va en subir de plus en plus les conséquences, car elles ne font que commencer. (Il n’y a dans mon propos aucun triomphalisme du style “on vous l’avait bien dit”). Ce n’est pas de cela dont il s’agit mais de la simple réalité des faits, aussi durs et impitoyables soient-ils.

Il y a aussi, pour conforter encore le discours de Mr Blair, sa réussite économique et sociale exemplaire qui fonde désormais la puissance anglo-saxonne : • moins de 5% de chômeurs quand nous en avons plus de 10% • un endettement de l’ordre de 40% du PIB quand le nôtre approche les 70% • une maîtrise rigoureuse de la dépense publique • la réduction spectaculaire de la pauvreté • le renforcement des services publics • l’amélioration du service de santé • etc....

Enfin et surtout, l’Angleterre a su s’adapter au mondialisme quand nous, français, nous en sommes à surtout nous enfermer dans une sorte de résistance larvée.

Pourtant, quels sont les fruits portés par notre système éducatif, toujours aussi peu adapté ? Quels sont ceux de notre politique de recherche quand nos cerveaux fuient en nombre pour partir travailler à l’étranger ? Peut-on proposer à nos partenaires d’aller vers une Europe dont le modèle serait celui de l’immobilisme imposé chez nous par Mr Thibault ou Mr Besancenot ? Va-t’on apprendre à l’Europe les subtilités de nos grèves hexagonales, lesquelles n’ont nul besoin de raisons pour se déclencher “puisqu’elles sont à elles-mêmes leur propre cause et leur propre fin” (Pascal Bruckner) ? C’est bien cela que nous dit Mr Blair.

Certes, dans son discours, il y a aussi des choses tout-à-fait inacceptables : on ne peut oublier son assujettissement à la politique de Mr Bush dans la crise irakienne, assortie de son mensonge éhonté au peuple britannique. On ne peut approuver non plus sa volonté réaffirmée d’élargir encore l’Europe, notamment vers la Turquie. On est encore frappé par son cynisme quand il refuse qu’on touche à son "chèque", obtenu naguère par Mme Thatcher en une période où la situation économique anglaise était au plus bas. Pourra-t’il longtemps encore jouer les “chevaliers blancs” face à une Europe en crise ?

Les conceptions que j’évoquais plus haut sont donc, toutes deux, à prendre en considération, y compris celle française qui veut que la politique ne se résume pas à une sorte de collaboration servile face à un environnement mondial dominant.

Mais, dans la période actuelle, ce dont nous avons le plus besoin, c’est de bouger, notamment sur la question de la recherche et sur l’adaptation de notre enseignement.

Il nous faut enfin, parallèlement, réformer notre système de protection sociale si nous voulons en conserver ce qu’il a en lui de plus précieux.

Pour autant, il nous faudra éviter de sombrer dans une sorte d’abandon au modèle américain. L’idée sous-jacente, chez Mr Blair, est que l’Europe pourrait devenir une sorte de grande Suisse et que sa politique s’écrirait désormais à la Maison Blanche : cela constituerait une impasse insupportable. Ce d’autant que les échecs politiques US dans le monde ne cessent de s’accumuler.

L’Europe mérite mieux que cela.

samedi, 18 juin 2005

À PROPOS D'UNE FIN DE RÈGNE

BILLET du 18/6/2005

À en juger par l’état de l’opinion et les sondages à propos de Mr Chirac - tous au plus catastrophiques les uns que les autres - tout laisse penser aujourd'hui que nous sommes passés dans une ère de fin de règne.

Va-t-elle s’accélérer ? Ce n’est pas impossible. Se terminera-t-elle par quelque chose de violent ou de spectaculaire ? Pour ma part, j’en doute et je ne le souhaite pas. Mais nul n’en peut écarter l’hypothèse : rien n’est désormais exclu.

La désagrégation de l’État a atteint aujourd’hui de telles proportions que le Président de la République en est, naturellement, considéré comme le premier responsable. Les conséquences ? On observe déjà que l’État est désormais incapable de se faire obéir. Des exemples ? La loi Fillon : une loi déjà contestée par les lycéens est aujourd’hui escamotée par le nouveau Ministre de l’Éducation Nationale. La loi Perben : même sort. La réforme de la Sécurité Sociale : contestée par une partie des médecins qui s’opposent à son application. La loi de modernisation sociale : idem. etc.... Tout ce qu’a tenté de faire le gouvernement de Mr Raffarin est pratiquement remis en cause, ici par la rue, là par les syndicats, ou maintenant par le nouveau gouvernement.

L’État est dans l’incapacité de se faire écouter.

Ceci se double d’une profonde crise politique : le fait que le gouvernement, parce qu’il estime que la voie parlementaire conduirait à l’enlisement et se croit donc obligé de choisir la voie des ordonnances, ce fait en est une preuve évidente. Voici la démocratie française placée sous un régime d’exception : cela nous rappelle les moments les moins glorieux de notre histoire.

Dans une telle situation, dominée par nos problèmes économiques et sociaux - dont celui de l’emploi - on aurait pu souhaiter l’instauration d’un véritable dialogue. Or celui-ci est éconduit, même au Parlement. Vouloir par ailleurs défendre encore le prétendu “modèle français” aboutit à la plus totale cacophonie.

Nous sommes aujourd’hui dans une situation que nous n’avons pas connue depuis la fin de la IVème République. Même s’il n’y pas cette fois-ci, en toile de fond comme en 1958, la guerre d’Algérie.

Face à cette situation, Mr Chirac n’a apparemment qu’un seul souci : rester en place. Est-il d’ailleurs seul à le vouloir ? On parle à l’occasion, ici ou là, de “droits acquis” : on perçoit parfois de certains de nos politiques l’étrange sensation qu’ils défendent eux aussi leurs “droits acquis” - ceux fondés sur la légitimité de leurs mandats - comme le plus banal des salariés le ferait à propos de son propre emploi.

Comment donc expliquer autrement la disgrâce de ce chef d’État qui ne cesse depuis trois ans de perdre chaque élection, puis un référendum qu’il a fait sombrer par tant de maladresses accumulées faute de réelles convictions, et s’accroche aujourd’hui désespérément à un pouvoir qui lui échappe ?

Si gouverner c’est désormais préserver le “statu quo”, il n’y a plus besoin de gouverner.

De surcroît, faute encore de réelles convictions, dès qu’il présente un projet et qu’il y a dans la rue quelques manifestants (toujours les mêmes) défendant ce “statu quo”, il retire aussitôt le projet. Il ne réalise plus que, paradoxalement, chaque fois qu’il procède de cette façon pour, soi-disant, “calmer le jeu”, il fait alors 100% de mécontents : • ceux qui l’ont fait céder n’ont pour autant aucune reconnaissance pour ce retrait, • et ceux qui défendaient ce projet sont profondément déçus. C’est un marché de dupes.

S’il existait un championnat du monde de la “reculade politique”, on collectionnerait les médailles d’or.

On sait, qu’on l’approuve ou non, quelle est la politique de Tony Blair : elle est lisible et cohérente, et avec les progrès sociaux et économiques que l’on observe. On ne sait toujours pas, par contre, quelle est la politique de Mr Chirac. Le roi est nu.

Il n’est d’ailleurs pas seul à l’être : il faut observer que l’opinion l’est aussi. Il n’y a en France qu’un seul mot d’ordre capable de rassembler : “à bas l’abolition du statu quo”. Sur ce point, tout le monde est d’accord, de Mr De Villiers au Parti Socialiste, en passant par Mr Chirac ou les organisations syndicales de tout bord. La société française a si peu confiance en elle-même qu’elle s’accroche désespérément à son passé comme s’il était l’”âge d’or”. Elle a peur du futur comme si celui-ci ne pouvait qu’apporter malheur et aggravation de la situation actuelle. Face à l’Espagne, l’Angleterre, les États-Unis ou maints autres de nos partenaires, un pays qui cultive une telle peur ne peut que jouer perdant dans tous les domaines.

Quel que soit le régime vers lequel l’on s’orientera demain - et parce que le pseudo “modèle social français” s’enfonce inexorablement dans l’abîme de ses échecs, ce sera vraisemblablement avec une bonne dose de libéralisme (tant pis pour les “cocus du non de gauche” qui défendaient le contraire) - nous n’en sortirons pas sans le renouvellement en profondeur du dialogue social.

(Je reviens par ailleurs rapidement sur le “non” du 29 Mai. Outre les “cocus du non de gauche” que j’évoquais plus haut, il y a aussi les autres : a-t-on entendu quiconque proposer la renégociation du projet constitutionnel ? Il n’y a en face rien ni personne. Sauf les tenants habituels du “statu quo”)

Pour dialoguer, il faut donc, pour le moins, être deux. D’un côté, un gouvernement ayant de solides convictions dans le programme qu’il propose et qu’il entend suivre. D’un autre côté, des syndicats cessant de s’enfermer dans le placard de leurs chimères d’un autre âge.

Une des causes de cet immobilisme est encore... Mr Chirac. (Et pourtant je ne veux pas m’acharner sur lui outre mesure).

Dans aucune démocratie moderne au monde on ne voit en effet un tel degré de servilité des ministres face à un Chef de l’État.

Sans évoquer celle aussi du Parlement dont le rôle est pourtant de contrôler l’action de son gouvernement. L’équipe des ministres, loin d’être une force de propositions qui pourrait donner un autre souffle à notre politique, est contrainte d’écouter silencieusement l’oracle présidentiel et d’exécuter ensuite ses directives (on se rappelle du célèbre adage du discours du 14 Juillet 2004 : “j’ordonne, on exécute”). Les ministres sont traités comme des garçonnets en bas âge qui n’ont que le droit de se taire et d’obéir. Nous sommes dans une sorte de dérive monarchique que même l’institution du quinquennat ne peut excuser. J’entendais récemment un de proche du Président - ex-ministre - déclarer que celui-ci pouvait se comporter, quand on tente de l’infléchir, “comme un carnassier n’ayant rien mangé depuis plusieurs jours”. Malgré ses apparences de grand charmeur. Aucune initiative ne pourra jamais s’épanouir dans un tel climat de terreur. Qu’est donc devenue notre démocratie ?

C’est un vrai problème. Quand d’aucuns affirment qu’il faut réformer nos institutions en profondeur, cela est devenu d’une urgente évidence.

vendredi, 10 juin 2005

À PROPOS DE L'APRÈS 29 MAI (Part.2)

BILLET du 10/6/2005 - Part.2

Le non et l'état de la France

Le “non” du 29 Mai au Traité Constitutionnel Européen a eu pour effet, outre le retard considérable qu’il va apporter à la construction de l’Europe, celui plus emblématique d’entraîner la recomposition du paysage politique français.

Conçu comme un référendum censé de rebâtir une légitimité à Mr Chirac, ce scrutin s’est transformé en un vote insurrectionnel, une sorte d’“intifada” démocratique.

Il se traduit par le krach de la représentation nationale, avec un corps social votant à 55% pour le “non” tandis que la classe politique était à 90% pour le “oui”. Et, comme en 2002, les seuls vainqueurs sont les extrêmes.

La première et principale victime de cette débâcle est Mr Chirac : réélu miraculeusement il y a 3 ans avec 82% des voix - mais dans les circonstances que l’on sait - il est aujourd’hui discrédité tant en France qu’en Europe et dans le monde.

Il avait déjà suicidé sa majorité en 1997 avec une dissolution ratée. En 2005, c’est avec la construction européenne que “sa légèreté et son irresponsabilité” (Nicolas Baverez) l’ont poussé à jouer à la roulette russe.

Ce chroniqueur, dans une de ses toute récentes tribunes, écrit encore : “Mr Chirac est à la présidence de la République ce que fut Derrida à la philosophie : le héraut de la déconstruction morale et civique, avec le triomphe de la démagogie et des extrémismes, la déconstruction des institutions avec la dénaturation de la Vème République”. Et de développer ensuite la déconstruction économique, celle sociale ou encore celle diplomatique.

La formulation est peut-être un peu sévère. Mais qui donc peut aujourd’hui prétendre le contraire ?

Pour répondre à ce discrédit, Mr Chirac met donc Mr De Villepin à Matignon, rappelle Mr Sarkozy en numéro deux à l’Intérieur, fait sauter quelques têtes qui n’avaient pourtant pas tant démérité, et se livre au jeu habituel des chaises musicales.

Je l’ai déjà dit plus haut (1ère partie de ce Billet) : on affirme que cet échec “c’est la faute au chômage”. On entend ensuite à la tribune le nouveau Premier Ministre déclarer : “Je vais personnellement mener la bataille pour l’emploi”. Tout comme si le malheureux Jean-Pierre Raffarin s’était tourné les pouces pendant 3 ans !

C’est vrai : le chômage est devenu une “spécialité française”, un peu comme le dit, non sans humour, Patrick Bonazza, “ses bons vins, ses concours de pétanque, ses églises romanes et ses restaurants étoilés”.

Ce n’est pas nouveau : déjà, en Octobre 1975, le Premier Ministre d’alors - Mr Jacques Chirac - à propos d’un chômage qui ne comptait alors qu’un million de chômeurs (contre trois aujourd’hui) affirmait apercevoir “le bout du tunnel”. C’était peut-être aussi une forme d’humour. Les français semblent depuis ne plus du tout apprécier.

Sans nier les éminentes qualités humaines de Mr De Villepin, on peut s’interroger de savoir si, pour répondre à ce problème du chômage, ce brillant diplomate et fin lettré avait le profil nécessaire du médecin appelé à soigner le “malade France”. Même accompagné de cet autre éminent spécialiste, mais ès-sécurité, qu’est Mr Sarkozy.

“Là où il fallait un calculateur, ce furent deux danseurs qui l’obtinrent” (Beaumarchais). À son époque, on ne connaissait pas encore le mot “économiste”....

Mr De Villepin attire certainement à lui beaucoup de sympathie grâce à un discours d’anthologie qui a marqué la tribune des Nations Unies lors de la crise irakienne face à la diplomatie US. Mais cela suffit-il pour rendre confiance aux français ?

Je mets entre parenthèses la question de savoir de combien de ministres Mr De Villepin a le réel appui face à ceux qui soutiennent de leur côté Mr Sarkosy ? Mesquine politicaillerie, dira-t-on. Mais Mr Chirac pouvait-il mettre à leur place Mr Fabius ou Mr Besancenot ?

Ceci étant, quand ensuite on entend encore Mr Chirac dire qu’ “on va défendre le modèle social français”, il y a de quoi faire dresser les cheveux sur la tête. Même sur celle des chauves !

Le “modèle social” français, c’est 1.080 milliards € de dettes - je dis bien euros et pas francs anciens ou nouveaux ! Le “modèle social” français, c’est encore un million d’enfants pauvres, trois millions de chômeurs, un million deux cent mille RMistes. Quand on additionne cela avec les autres dépendants du système, on arrive à un total de plus de six millions de français en situation de totale précarité.

Si la France était une entreprise, elle serait depuis longtemps en liquidation. Et, dans quelques mois, nous devrons être mis sous la tutelle de l’Europe.

Qu’on cesse donc, une fois pour toutes, de nous parler du “modèle social français”, que cela plaise ou non à certains : IL-EST-FI-NI.

Aucun doute n’est plus permis : le “plein emploi”, le “progrès social” sont aujourd’hui anglo-saxons, quand le chômage et la régression sociale sont français. Je l’ai déjà dénoncé à maintes reprises, malgré les cris d’orfraies que j’ai entendus ici ou là.

Le chômage ne diminuera donc pas sans une refonte de ce pseudo-modèle social et la conversion à une forme de libéralisme économique. La droite n’a de choix qu’entre : • ou la sauvegarde du modèle français qui n’est rien d’autre que la dégradation de l’actuel compromis ni social, ni libéral mais malthusien • ou une authentique politique libérale.

Le retour au plein emploi ne sera possible que si l’on débride en France les quatre moteurs de la croissance que sont le travail, la production, l’innovation et les talents. Les types d’expériences menés en Europe et inspirés de ces principes - que ce soit au Royaume-Uni, en Suède, au Danemark, voire même en Espagne - ont réussi à rétablir le plein-emploi, ou à réduire le chômage de façon drastique.

Pour cela, il faudra faire appel à tout le génie français pour convaincre nos compatriotes de cette nécessité de changer de système social pour s’orienter vers un autre de concept plus libéral ; tout en les préservant de certains de ses excès.

Il est aussi, à propos de l’emploi, une autre loi économique qu’on ne peut ignorer : “la conservation de l’emploi maintient le chômage et la destruction d’emplois crée des emplois”. Loin de nous l’idée de laisser faire une pratique brutale de ce principe : il est des garanties sociales qu’il faudra impérativement préserver. Mais cette loi reste immuable : il faudra donc en maîtriser ses effets implacables.

Il faut enfin rompre avec cette hypocrisie qui laisse penser que tout ce qui est advenu a été déterminé par solidarité avec les plus pauvres ou les chômeurs. C’est plutôt le contraire : le référendum a montré que ce ne sont pas les chômeurs qui ont majoritairement voté “non” mais tous ceux qui, aujourd’hui, sont (relativement) “nantis” ou ont un travail et qui craignent de le perdre demain.

Le “non” du 29 Mai n’a donc pas modifié l’ardente obligation où la France se trouve placée aujourd’hui de se réformer en profondeur.

lundi, 06 juin 2005

À PROPOS DE L'APRÈS 29 MAI (Part.1)

BILLET du 6/6/2005- Part.1

Une fois de plus, ce 29 Mai, la droite a perdu la bataille des idées. Cette fois-ci sur la question européenne : pas seulement parce qu’elle a perdu le référendum - alors qu’elle était globalement unie autour du “oui” - mais parce que pour défendre ce projet de Traité Constitutionnel la droite a été obligée d’abandonner toute référence au libéralisme, même le plus tempéré.

Du coup, l’échiquier politique s’est déplacé sensiblement vers la gauche. Bataille perdue des idées, ici sur l’Europe, comme hier sur l’Éducation : il n’y a guère que sur les questions de sécurité que la droite aura marqué quelques points.

On se console - un peu bêtement à mon sens - en contemplant le triste état du Parti Socialiste. L’éviction du P.S. de Mr Fabius est pour la droite, en termes électoraux et tacticiens, une bonne nouvelle : l’élimination de ce présidentiable “historique” rend plus difficile en 2007 l’émergence d’un fédérateur capable de remettre sur pieds ce parti aujourd’hui éclaté.

Je ne crois pas pour autant qu’il y a lieu de trop s’en réjouir : il est préférable d’avoir à gauche un vrai parti démocratique et solide, défenseur de l’idée européenne, plutôt que les autres aventuriers de tous poils qu’on y trouve à côté. La démocratie a besoin d’un face à face de “bons ennemis” responsables.

La droite a donc perdu. Mais, pour autant, la gauche n’a pas gagné.

Il faut s’interroger à présent sur l’Europe. Y a-t-il un “plan B” ? Oui, il y a un “plan B” ! Mais pas du tout celui qu’on imaginait : il y a un “plan B” comme.... Blair !

Que vient-on de faire ce 29 Mai ? La France, qui a “inventé” l’Europe, qui pendant 50 ans s’est battue pour la faire - ce qui lui a permis de beaucoup gagner en prestige comme en économie - la France vient de donner les clefs de l’Europe à Mr Blair. Et pas seulement parce que l’Angleterre prend la présidence tournante de l’Europe dans quelques jours, Mr Blair en a pris, de fait, le leadership moral et politique. Nous venons d’assister, pour une longue période, à la fin de l’idée d’une Europe politique. C’est un succès complet des libéraux atlantistes. La presse anglo-saxonne, des 2 côtés de l’Atlantique, ne cesse d’applaudir : les USA n’ont plus à craindre pour leur domination sur les affaires du monde. Et quand on pense que des gens de gauche ont fait voter “non” pour barrer la route au libéralisme !

Quelle bévue politique !

Si la droite a du abandonner toute référence au libéralisme dans sa bataille d’idées, si la gauche l’a sottement diabolisé, c’est le libéralisme mondial qui, aujourd’hui, triomphe en Europe. Ce n’est pas le moindre paradoxe de ce 29 Mai.

Avec ses 55%, le “non” au projet européen du 29 Mai - le seul dont je parle ici - a été catégorique. Mais, contrairement à ce qu’on entend ici et là, il n’est porteur d’aucun message : il y a le “non” tactique de Fabius, le “non” souverainiste, le “non” d’extrême-droite, le “non” de Besancenot, le “non” de la gauche d’antan. Cette cacophonie des “non” n’est porteuse d’aucun message audible sauf, peut-être, celui d’une certaine haine du libéralisme. Par contre le message du “oui” l’est clairement : il est celui de 45% de français réunis autour d’une même idée de l’Europe, même s’il comporte mélangés des électeurs de gauche ou de droite avec ceux du centre.

Quand donc j’entends dire aujourd’hui qu’il “faut écouter le message des français”, je reste interrogateur : que peut-on percevoir aujourd’hui de ce “non” informe au projet européen qui, bien que majoritaire, ne représente rien ni personne ? On ne peut que constater son émiettement. Les français savent très bien ce qu’ils ne veulent pas, mais ils ne savent pas pour autant ce qu’ils veulent. Déjà Chateaubriand, soulignait cette singularité dans ses Mémoires d’Outre-Tombe.... Qui nous garantit aujourd’hui qu’aux prochaines élections présidentielles le candidat le mieux placé en tête recueillera plus de 10% des voix ? L’enchevêtrement des candidats, de droite comme de gauche, qui, tous, se sentent en charge de la France - comme tous ces précepteurs du 29 Mai qu’on a entendus - laisse prévoir un encombrement sans précédent.

Il n’y a donc pas “un” message du 29 Mai, mais un entrecroisement de messages très différents.

Lorsque, par facilité et parce que c’est la règle en démocratie, on dit que les politiques sont aujourd’hui “dans l’impasse”, ou qu’ils sont “dans la contradiction”, cette contradiction ne reflète-t-elle pas celle d’un pays qui, au fond, fait et dit n’importe quoi plutôt que de regarder l’avenir ? Il y a une sorte de volonté des français de ne rien bouger, comme si le passé, et même le présent, étaient “l’âge d’or” et que tout ce qui peut se produire demain serait une catastrophe. Les français ont l’angoisse de l’avenir.

Les sociologues nous expliquent que les français ont voté “non” parce qu’il y a 10% de chômeurs : il y en a autant en Espagne et, pourtant, on y a très largement voté “oui”. Il y en avait davantage encore au moment de Maastricht quand les français ont aussi voté “oui”. Qu’on cesse de nous raconter des histoires : la France est-elle dans un état tel et au moment le plus malheureux de son histoire depuis un demi-siècle ?

Le problème numéro un du nouveau gouvernement - et celui des politiques - est donc de chercher à comprendre ce qui se passe. Ce n’est pas toujours le cas aujourd’hui : on l’a bien vu lors de ce débat étonnant entre le Président et les jeunes. Manifestement, Mr Chirac ne comprend plus rien à la France.

Mais, une fois que les hommes politiques auront compris - en espérant que cela arrive un jour - leur devoir est-il d’être alors à la remorque de ce qui leur paraît être vaguement majoritaire ou dominant dans l’opinion ? Si Mr Badinter avait suivi les sondages, ou organisé un référendum en 1981, sur la peine de mort, aurait-elle été abolie ? On pourrait donner maints autres exemples sur ce face-à-face du peuple et de la démocratie.

Le rôle des politiques ne peut pas être de confondre la démocratie avec la démagogie. Il faut donc “interpréter” ce scrutin du 29 Mai et non en tirer mécaniquement des leçons contraires à l’intérêt général qui insulteraient l’avenir.

Il faut craindre, à ce propos, que l’idée de référendum soit morte en France pour longtemps. C’est une procédure de la démocratie que les partisans du “non” ont totalement déconsidérée. Quand un responsable politique comme Mr De Villiers - et je cite ici son nom avec regret - a versé dans le sens de la xénophobie, du passéisme, de la haine de l’étranger et quand, pour cela, il a dit “vous avez tous une raison de voter non”, cela veut dire qu’il n’y a plus de démocratie. Parce qu’un référendum c’est une réponse précise à une question donnée, à la différence d’une élection qui est une réponse générale à une situation générale.

Quand on vous parle d’une Constitution et qu’on vient à répondre n’importe quoi et de tout, sauf sur la Constitution, on tue la démocratie.

Messages différents du “non” ai-je dit ? Oui. Mais ici je ne parle que du seul message sur l’Europe.

Celui sur l’état de la France ? Ce sera un autre sujet. (à suivre)